l'autre LIVRE

Actualités

Faire son marché sans aller au marché

Vous comptiez acquérir du Dessert de Lune lors du marché de la poésie de St-Sulpice en juin ? Ce ne sera pas possible cette fois-ci et vous savez pourquoi.

Alors l'équipe du Marché de la poésie propose d'aller voir les livres des éditeurs sur leur site internet  (c'est là) et — si vous désirez toujours acquérir des livres, notamment les dernières parutions du Dessert de Lune, — d'y faire votre marché comme si vous étiez à St-Sulpice et que le soleil était là et que les livres vous faisaient vachement envie.
?
Votre commande passée, ce sera le facteur qui vous les apportera.

Faire son marché sans aller au marché

Vous comptiez acquérir du Dessert de Lune lors du marché de la poésie de St-Sulpice en juin ? Ce ne sera pas possible cette fois-ci et vous savez pourquoi.

Alors l'équipe du Marché de la poésie propose d'aller voir les livres des éditeurs sur leur site internet  (c'est là) et — si vous désirez toujours acquérir des livres, notamment les dernières parutions du Dessert de Lune, — d'y faire votre marché comme si vous étiez à St-Sulpice et que le soleil était là et que les livres vous faisaient vachement envie.

Votre commande passée, ce sera le facteur qui vous les apportera.

Faire son marché sans aller au marché

Vous comptiez acquérir du Dessert de Lune lors du marché de la poésie de St-Sulpice en juin ? Ce ne sera pas possible cette fois-ci et vous savez pourquoi.

Alors l'équipe du Marché de la poésie propose d'aller voir les livres des éditeurs sur leur site internet  (c'est là) et — si vous désirez toujours acquérir des livres, notamment les dernières parutions du Dessert de Lune, — d'y faire votre marché comme si vous étiez à St-Sulpice et que le soleil était là et que les livres vous faisaient vachement envie.

Votre commande passée, ce sera le facteur qui vous les apportera.

Presse pour "Sans Abuelo petite

Il serait incomplet l’univers de Cécile Guivarch si je me contentais de ne présenter que ce qui était à l’époque qu’une partie de sa vie, de son monde et paysage mental. Car des paysages autres, à chaque été, avec ses parents / une partie d’elle retrouvait pays et payses, plein de cousins, un pays en elle, La Galice. Et à travers cette région, c’est l’éloge chantée par moment d’une celtitude (d’une terre-d’une attitude qui court dans ses veines, son sang). Et de ce que pour elle est une frontière / Un mélange de vent d’océan dans les branches [...]’est une montagne qui nous monte sur la langue. Elle se fait lourde et puis légère. Coule dans les rivières se déverse dans l’Atlantique sans faire de vagues / C’est ainsi avec Cécile Guivarch, elle dit (la) une frontière avec ce qui la constitue, caractérise, avec ce qu’elle est / le naturel qui la borde, la fonde. Des séquences qu’elle dévoile dans Sans Abuelo Petite avec la même agilité qu’on lui reconnaît entremêlant les Temps et les absences et les présences, abolissant les frontières. De même ce livre paru en 2017 ne reflète sans doute pas son actualité certes mais là n’est pas mon propos, ne souhaitant en fait qu’en rappelant ce titre / donner une petite idée du mobile, de l’entité en équilibre que ses deux parutions m’offrent à entrevoir. A noter que les notes de lectures diverses parfois remarquables, (je pense à celle de Pierre Levis, à celle d’Isabelle Levesque, à celle de Patricia Cottron-Daubigné...) qui ont salué ce titre à sa sortie ont dit l’essentiel de ce qui s’y trouve / aussi y ajouter une note supplémentaire je crois n’apportera rien à ce qui a déjà été dit et magnifiquement redit. La belle préface de Luce Guilbaud rassemble à elle seule ce que chacun j’en suis sûr nous éprouvons à la lire. La citer / « Cécile fait revivre les absents, pleine de tendresse par ces vies labourées par l’Histoire. Elle témoigne avec des mots simples comme une visionnaire capable de redonner des battements de cœur à ceux qui n’en n’ont plus[…] » pour ma part j’écrirais / en médium. Cécile Guivarch nous est passerelle, ce corps-passerelle, c’est ainsi que je la vois, que je le sens. Elle assemble, rassemble et si partie manquante il y a, elle l’invente / l’habite avec ce qu’elle en devine, par elle / en elle (de) d’une (l’) empreinte laissée... C’est à mon avis ce qui est poignant dans cette vie arquée à ne rien laisser sans voix, sans lien avec un Tout, un grand Tout, constamment à la recherche du chaînon manquant, comme pour cet homme, ce grand-père contraint à se séparer des siens. A ce moment d’elle, elle a 9 ans lorsqu’elle le découvre cela « La rage du silence » / je me demande comment on peut vivre avec une branche en moins dans son arbre / Quelques années plus tard la branche manquante est restituée, (les lecteurs pourront s’en donner une idée en écoutant en écho Atahualpa Yupanqui La rabia del silencio). Probablement aussi porte-elle les traces de divers abandons, déracinements, une mémoire ainsi déchirée par endroit appelant réparation, remaillage par l’écriture, c’est je crois ainsi qu’elle va, qu’elle avance... 
Nature hébergeante, elle les accueille les vies présentes et passées, elle écrit une Ligne de Vie. En quête d’origine certainement, même d’une Origine qui l’attendrait devant, la renseignerait sur ce quelle est /        cela l’apaise autant que cela la questionne. Lui laisser les dernières lignes / je me suis peut-être tout inventé / m’as-tu imaginée ?  Et cette phrase superbe sur l’exil / à défaut d’une terre natale, offrant parfum d’un lieu où :  Tu viens de l’abandon / et de la distance / à l’ombre de ton pays / tu reviens parfois. Cécile Guivarch bien que puisant dans sa vie intime, (d’un par le corps, d’un hors le corps) écrit d’un / plus loin, plus grand qu’elle-même / à l’ombre du Soi / elle va libre, elle devient, elle le devient.

Bruno Normand. © Terreaciel, avril 2020.

 

Si vous souhaitez lire des extraits de ce livre et peut-être l'acquérir, rendez-vous sur https://www.dessertdelune.be/store/p830/Sans_Abuelo_Petite_%2F%2F_C%C3%A9cile_Guivarch.html

 

La Tétralogie

La Tétralogie de Daniel Fano

Cette très belle note de lecture à propos de la Tétralogie de Daniel Fano, récemment rééditée aux Carnets du Dessert de Lune.

Le tirage numéroté a été de 48 exemplaires sous étui accompagné d'un livret numéroté et signé par Jean-François Octave. Sont encore disponibles les exemplaires N°31 à 48 au prix de 60 €.

https://www.dessertdelune.be/store/p887/La_T%C3%A9tralogie._Daniel_Fano%2FGraziella_Federico_et_%22Daniel_Fano_une_aventure_de_Freddy_Tremmel%2F_Freddy_Tremmel_une_aventure_de_Daniel_Fano%22_par_Jean-Fran%C3%A7ois_Octave.html
 

Daniel FANO : La Tétralogie (Les Carnets du Dessert de Lune éd., 2020), 4 volumes de 106, 120, 116 et 160 pages avec un supplément de 24 pages en tirage limité de J.F. Octave , 60 euros l’ensemble sous coffret, 67 rue de Venise – B 1050 Bruxelles ou dessertlune@gmail.com .

Avec ce coffret de quatre livres, il se peut que Jean-Louis Massot lance le bouquet final de son aventure éditoriale de 25 ans. Fidèle à ses auteurs, il met un point d’honneur à rééditer les quatre volets d’une œuvre originale de Daniel Fano, son ami disparu l’an dernier. De 2004 à 2009, Massot avait déjà fait paraître ces livres. Cette nouvelle édition, sobrement illustrée par sa compagne Graziela Federico est complétée par une originale réalisation de Jean-François Octave : Daniel Fano, une aventure de Freddy Tremmel. En 24 pages en feuillets sous couverture à rabats, ce fascicule tiré à 48 exemplaires numérotés est un petit bijou éditorial.

Daniel Fano demeurera ce poète atypique d’une époque où la poésie hyperréaliste l’avait propulsé très jeune (à 17 ans) sur le devant d’une scène où se sont croisées de multiples tendances : culture pop, BD., poésie réaliste, polar, actualité marginale,… Daniel Fano n’ayant jamais cherché à théoriser sa démarche, s’est contenté de creuser son sillon.

Impossible de citer le moindre passage de ces livres qui doivent se lire comme ils ont été écrits, c’est-à-dire à la vitesse grand V, avec des fusées qui filent dans tous les sens dans une fragmentation de la réalité. Chacun / chacune se laissera entraîner dans ce tourbillon où les réalités se télescopent dans des fulgurances débridées.

Sa singularité déborde sur les rives mouvantes du rire et de l’angoisse. Ses textes percutants peuvent être apparentés à des micro-fictions où réel et imaginaire jouent à cache-texte, se recouvrent, fusionnent et se séparent. Fano apporte sa vison d’un monde brutal et trépidant dans un brouillage voulu des lieux et des époques. © Georges Cathalo

Pour libérer l'envoi des livres: le tarif postal dédié aux livres

 

 

Face aux difficultés du secteur du livre, un collectif d'associations d'éditeurs et de libraires propose une solution que défendent auteurs, éditeurs, diffuseurs, libraires et lecteurs: le tarif postal spécifique à l’objet livre, pour aider à « atteindre chaque lecteur où qu’il soit ». Ce serait là un « signe brillant, positif, résilient », sans quoi « nous risquons d’abandonner le commerce du livre aux grandes plateformes du web qui pratiquent une concurrence déloyale ».

Il existe une mesure simple, innovante et juste qui est demandée depuis plusieurs années par l’ensemble des acteurs de la filière : auteurs, éditeurs, diffuseurs, libraires... et lecteurs. C’est la création d’un tarif postal qui soit dédié au livre sur le territoire national.

Le livre est un objet irremplaçable. Pendant le confinement, nous avons multiplié les connexions numériques avec le monde extérieur et ressenti simultanément leur absence de relief. Après l’état de saisissement provoqué par ce flot de sensations inédites, c’est vers nos interfaces de papier que nous sommes souvent retournés. Le livre est cet objet qui active les sens humains, du toucher au regard pour saisir et méditer les textes et les images qui nous parviennent page après page. C’est cet objet fin et subtil, composé par l’auteur ou par l’artiste, choisi et mis en page par l’éditeur, vendu et transmis aux lecteurs par les libraires... C’est cet objet qui est le cadeau le plus offert aux fêtes de fin d’année, et à tous les anniversaires.

Et pourtant, expédier ou recevoir un ouvrage, partager le plaisir de lire avec un destinataire éloigné devient de plus en plus difficile. En 2015, la Poste a ajouté une strate supplémentaire au prix déjà élevé de l’envoi. Tout colis de plus de 3 cm d’épaisseur est désormais soumis au tarif Colissimo : entre 6,35 et 8 €, cela représente en moyenne 3 à 4 fois la rémunération de l’auteur et davantage que la marge du libraire ! Qui, dans la chaîne du livre peut encore prendre en charge ce supplément ? Le lecteur, le libraire, l’éditeur ? Personne n’en a plus les moyens, et nous risquons d’abandonner le commerce du livre aux grandes plateformes du web qui pratiquent une concurrence déloyale en proposant la livraison à 1 centime.

La situation de crise actuelle ajoute des tensions considérables sur chaque maillon de la chaîne du livre brusquement ralentie. La réouverture des librairies est complexe avec l’obligation de distanciation physique, de désinfection des ouvrages... Les libraires vont devoir réinventer leur métier, alterner entre présence physique et numérique, multiplier les expériences pour maintenir le lien avec leurs clients lecteurs. Pendant longtemps, il n’y aura plus de festivalset salons, ni d’événements en librairies, qui permettent de véritables rencontres avec les auteurs et les éditeurs.

Tous les acteurs du livre vont devoir imaginer, créer de nouvelles relations. Le mouvement est lancé. Des initiatives collectives apparaissent en ces temps d’adaptation en action. Mais seul un acte fort, nécessaire à la fois comme mesure d’urgence et défense structurelle, est à même de soutenir cet ensemble : le tarif postal spécifique à l’objet livre. Aligné sur l’offre “Livre et brochures” actuellement réservée aux envois vers l’étranger, il permettra d’alléger les charges des professionnels et, surtout, de développer à nouveau l’achat des livres, sans aucune défiance, dans tous les endroits de France. Cette solution de bon sens existe déjà dans des pays voisins : en Allemagne, par exemple, l’envoi d’un livre sur le territoire national coûte 2 €.

Avec cette mesure, nous encouragerons l’échange et la circulation fluide des idées à travers tout le pays, en nous appuyant sur le service public de la Poste. Atteindre chaque lecteur où qu’il soit, avec cet objet si précieux, le livre, sera un signe brillant, positif, résilient, une libération de l’envoi, une ouverture qui profitera à tous.

Signataires :

AMEB maisons d’édition de Bretagne, 
Éditeurs associés de l’Est, 
Éditeurs des Hauts-de-France, 
coll. libris éditeurs en Pays de la Loire, 
N2L éditeurs de Normandie, 
Éditeurs de Nouvelle-Aquitaine, 
ERO éditeurs de la région Occitanie, 
Éditeurs du Sud – Provence-Alpes-Côte d’Azur, 
EIRA éditeurs en Rhône-Alpes et Auvergne, 
AETI éditeurs de Tahiti et des îles, 
Jedi Paca, France Photo Book, 
Les Éditeurs associés, 
L’autre livre, 

UEVI éditeurs de voyage indépendants, 
SEA Syndicat des Éditeurs Alternatifs, 
SLF Syndicat de la Librairie Française, 
LILE libraires de l’Est, alip libraires en Pays de la Loire, 
ARLL Mayotte, Libraires en Normandie, 
LINA libraires de Nouvelle-Aquitaine, 
Librairies Initiales, 
Libraires Ensemble, 
Comité Quartier Latin, 
CIL Confédération de l’Illustration et du Livre, 
MEL Maison des Écrivains et de la Littérature, 
Pen club français, 
FILL Fédération Interrégionale des agences du Livre et de la Lecture

 

Tribune parue sur le site Médiapart le 20 mai 2020

 

Coronavirus : les éditeurs, affaiblis, appellent à un sursaut

 

 

Selon une étude du syndicat national du secteur, les maisons d’édition voient fondre leur trésorerie et pourraient perdre de 20 à 40 % de leur chiffre d’affaires en 2020.

 

Par Nicole Vulser

 

Une crise sans précédent dans l’édition. Les premiers résultats d’une étude du Syndicat national de l’édition (SNE) rendue publique mardi 19 mai en témoignent. Les dispositifs d’aide et de soutien sont« jugés insuffisants et trop restrictifs », si bien que « bon nombre d’éditeurs sont confrontés à de graves difficultés qui vont, au minimum, affecter leur activité à court et moyen terme », explique le SNE.

Après des mois de mars et d’avril catastrophiques, la moitié des éditeurs sondés estime que leur chiffre d’affaires devrait baisser de 20 % à 40 % en 2020, et un quart d’entre eux table sur une chute de 40 %, selon ce sondage auquel ont répondu, entre le 27 avril et le 6 mai, 132 structures, représentant environ 250 maisons d’édition de toutes tailles (dont une moitié de très petites, au chiffre d’affaires annuel inférieur à 500 000 euros). Le risque de tensions sur la trésorerie est mis en avant par 57 % des répondants. Et ce alors que 18 maisons évoquent « un possible risque de fermeture ».

Pour passer l’épreuve du confinement et la quasi-totale mise en sommeil de la chaîne du livre, près des trois quarts des maisons (72 %) ont pris des mesures d’activité partielle. Certaines continuent d’y recourir. De plus, une maison d’édition sur cinq a demandé à bénéficier du fonds de solidarité nationale de l’Etat (l’aide de 1 500 euros réservée aux TPE). Seuls 25 % des éditeurs déclarent n’avoir sollicité « aucun dispositif mis en place par le gouvernement ». Pour la grande majorité qui y a eu recours, les reports des échéances sociales et le prêt garanti par l’Etat ont été privilégiés. L’aide exceptionnelle du Centre national du livre (CNL) destinée aux maisons d’édition indépendantes fragiles a été assez peu sollicitée, « en raison de critères d’éligibilité jugés trop restrictifs ».

 

Créer « un choc de la demande »

Sans grande surprise, l’étude évoque aussi « quelques frictions dans les relations avec les banques mais aussi avec les libraires » pendant cette période du confinement. Très rare note d’optimisme dans ce marasme, les sondés ont noté « une hausse des ventes de livres numériques et une légère augmentation des ventes de livres audio » depuis mi-mars. Un épiphénomène loin de compenser la dégradation de leur chiffre d’affaires.

Pour éviter de cannibaliser leurs propres sorties de livres en noyant les libraires sous des monceaux de nouveautés, les éditeurs ont en moyenne, prévu « d’annuler ou de reporter 18 % de leurs nouveautés initialement prévues en 2020 ».

Comment envisager désormais une relance du secteur ? Les éditeurs redoutent un « difficile redémarrage des librairies et des points de vente ». Ils craignent notamment une « baisse de la demande des lecteurs » et soulignent que le soutien à la librairie est « fondamental », tout comme « la solidarité de l’ensemble de la filière » (éditeurs, auteurs, libraires, diffuseurs, imprimeurs…) pour accompagner la sortie de crise et maintenir la diversité. De façon générale, ils estiment « insuffisantes » les ressources financières destinées à soutenir la reprise.

Pour sa part, le SNE plaide pour un plan « qui aille largement au-delà des 180 millions d’euros évoqués par le ministère de la culture » et propose une kyrielle de mesures destinées à soutenir l’offre, grâce à des subventions, des prêts, des exonérations de charges sociales et de taxes, l’adoption d’un tarif postal propre au livre… Mais aussi à créer « un choc de la demande avec le lancement d’une grande campagne nationale de communication, des commandes publiques massives de livres pour les bibliothèques, un déploiement d’opérations telles que le Pass culture ou encore l’attribution de chèques-lire ».

 

Article paru dans Le Monde du 19 mai 2020

 

Francis Combes : "Nous demandons que le livre bénéficie d’un tarif préférentiel"

 

 

Par Nicolas Dutent

Publié le 14/05/2020

 

Francis Combes, poète, président de l'association l'Autre Livre et éditeur qui a fait grandir la maison d'édition française Le Temps des Cerises, revient pour Marianne sur une bataille majeure mais encore trop méconnue dans le secteur du livre : la revendication collective, par les éditeurs indépendants, d'une tarification postale plus juste.

Marianne : Vous venez d'être réélu président de l'association l'Autre Livre qui regroupe quelques 200 éditeurs indépendants. Comment pouvez-vous et prévoyez-vous d'aider ou d'accompagner l'édition indépendante dans cette période contraignante ?

Francis Combes : On peut craindre que la situation actuelle pousse des éditeurs, à mettre la clef sous la porte. C’est une loi du capitalisme malheureusement toujours vérifiée que les crises sont l’occasion d’aggraver la concentration. L’édition française est déjà très concentrée puisque deux groupes multinationaux (liés à la grande industrie et à la finance) contrôlent plus de 50% du chiffre d’affaires de la profession. Mais l’une des particularités de notre pays c’est, qu’en amont d’un fort réseau de libraires (plus important que dans la plupart des pays d’Europe), existe encore un vrai vivier d’éditeurs. 2.000 éditeurs dont la majorité sont des indépendants, petits et moyens. L’édition indépendante (qui n’est quasiment jamais considérée en tant que telle dans les politiques publiques) joue un rôle important et précieux. La plupart de ceux qui se lancent dans l’aventure de créer une maison le font parce qu’ils sont passionnés ; ils le font donc avec passion, malgré tous les obstacles, et souvent avec beaucoup de talent.

Dans certains domaines de la création, leur rôle est essentiel. C’est évident en poésie, mais c’est vrai aussi pour d’autres genres littéraires, réputés peu commerciaux, dans le domaine des traductions, dans l’édition régionale, en histoire sociale, en philosophie, par exemple… Notre association, qui existe depuis maintenant dix-huit ans, s’est fixée dès l’origine l’objectif non seulement de défendre les éditeurs indépendants, mais aussi la place du livre dans la société et le pluralisme culturel. Quand le président de la République a annoncé son plan pour la culture, à côté de mesures évidemment nécessaires comme celles qui concernent les intermittents, nous avons noté l’absence voyante du livre. Alors que le même président, au tout début du confinement, avait invité les Français à en profiter pour lire ! Nous attendons donc, avec un peu d’impatience, le plan pour la filière livre dont on nous a dit qu’il était en préparation.

L'une des batailles méconnues dans le secteur du livre dont les enjeux sont pourtant majeurs, portée activement par les éditeurs des Hauts de France et fédérant un peu partout sur le territoire, concerne la tarification postale. Pouvez-vous nous expliquer la nature et les raisons de ce combat ? En quoi la réduction du coût d'expédition pour les éditeurs est-elle une mesure juste et justifiée ?

C’est une revendication que nous défendons depuis longtemps. Elle était déjà au centre des États généraux des éditeurs indépendants que nous avions organisés il y a douze ans. Nous avions d’ailleurs initiée une pétition qui avait réuni quelques 4.000 signatures. Aujourd’hui le mouvement reprend de plus belle et de nombreuses associations régionales en effet la portent. Nous en sommes évidemment partie prenante.

Nous demandons simplement que le livre bénéficie d’un tarif préférentiel, à l’instar de ce qui avait été décidé pour soutenir la presse après la Libération. Imaginez qu’aujourd’hui, quand un éditeur envoie, à un libraire ou à qui que ce soit, un livre dont le prix public est par exemple de 20 euros, si celui-ci à un dos de plus de 3 cm, il devra payer plus de six euros ! En comptant les 2 euros de droits d’auteur, les 6 ou 8 euros pour le libraire, les 3 à 5 euros pour l’imprimeur… vous voyez ce qui reste !

Alors que dans le même temps les grandes plateformes de vente directe bénéficient de frais de port de quelques centimes ! En avançant cette idée, nous ne défendons pas un intérêt « de boutique ». Tous les acteurs de la chaîne du livre, de l’auteur au lecteur, en passant par le libraire ont à y gagner. Et qu’on ne me dise pas que ce serait d’un coût terrible pour la Poste. Elle pourrait au contraire bénéficier d’une plus grande circulation des livres. D’ailleurs, dans d’autres pays d’Europe, comme l’Allemagne, l’Espagne ou la Grèce, envoyer un livre par la Poste coûte beaucoup moins cher, souvent aux alentours de 2 euros !

Vous avez récemment plaidé cette cause auprès du gouvernement et du ministère de la culture. Votre revendication collective a-t-elle été entendue ? Qui sont vos amis et vos ennemis ici ? Quels sont les obstacles et les opportunités rencontrés au cours de cette mobilisation ?

Nous avons eu des contacts avec des membres des équipes ministérielles qui nous ont dit que le sujet était à l’étude et que la proposition paraissait sérieuse…

Chez les éditeurs le consensus est en train de se faire, comme le confirme la prise de position d’Antoine Gallimard.

Reste à savoir si les lobbies et les financiers n’auront pas le dernier mot. En tout cas, nous ne comptons pas en rester là. Par-delà cette revendication, nous pensons qu’il faut remettre le livre au cœur de la politique culturelle. Ce qui est en jeu, c’est la maîtrise partagée de la langue, les conditions d’exercice de la pensée critique, du pluralisme et de la liberté, mais aussi de la capacité à imaginer vraiment le « monde d’après », selon la formule en vogue aujourd’hui.

 

Retrouvez l'entretien complet sur Marianne.net

Quel a été, quel est, quel sera l’impact de la crise sanitaire sur les maisons d’édition indépendantes

Quel est l'impact de la crise sanitaire sur les éditeurs indépendants, quand on sait que :
  1.  53 % n'ont que l'édition comme source de revenus ; 
  2. 47 % déclarent un CA annuel inférieur à 25 000 € ; 
  3. 27 % craignent une baisse du CA de 50 à 80 %, et 47 % une baisse de 25 à 50 % ; 
  4. 40 % n'ont pas de budget com' (autrement dit, ils réseautent pour promouvoir leurs livres) ; 
  5. et 87 % ne remplissent pas les conditions d'accessibilité aux aides gouvernementales, et que sur les 13 % qui peuvent en faire la demande, seulement 13 % encore les ont obtenues

Résultats du sondage LA POSTE ET VOUS

L'autre LIVRE a mené une enquête auprès de ses adhérents pour mesurer l’impact de La Poste sur leur activité.
Près de 50 % des éditeurs indépendants expédient plus de 300 livres en un an, à destination de particuliers aussi bien que de professionnels. Le budget annuel est, pour les deux tiers d’entre eux, inférieur à 2000 € ; pour 17 %, compris entre 2000 et 3000 € ; et pour 17 % encore, supérieur à 3000 €.
Pourtant, les frais d’envoi facturés représentent moins de 50 % des dépenses. Et la différence se répercute lourdement sur les recettes des ventes à distance : entre 10 et 30 %.
Il apparaît aussi que tous les éditeurs ne sont pas informés des produits postaux susceptibles de réduire le coût des envois. Je vous invite donc à visiter la page « Boîte à outils » du site de l’autreLIVRE, où sont présentées les offres Livre et Brochures, sacs de livres, Coliship, Fréquenceo éditeurs, etc. Des guides sont également disponibles en téléchargement pour ceux qui le souhaitent.
Il semblerait enfin que les postiers ne soient pas non plus au fait des produits disponibles, à en croire 45 % des éditeurs interrogés... C’est beaucoup trop !

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13