l'autre LIVRE

L'Autre Lettre

Nous, tels que je les vois…

 

Nous, tels que je les vois, et qui lisent, écrivent, publient ces objets-là que l’on nomme livres, dans la plus belle des obstinations – langue et corps au travail – et dans la plus belle des préoccupations : faire vivre cet objet-là, que l’on nomme livre donc, en partage.

Je nomme partage ce mouvement qui déplace le livre.

J’appelle avec le livre la lecture – à voix haute, à voix basse, intime ou publique.

J’appelle avec la lecture le geste : assis, couché, accroupi, quoi qu’il fasse le lecteur est toujours debout.

Simplement : le livre est aussi le non-livre – qui accueille ce qu’il n’est pas, qui appelle ce qui le dépasse.

Nous, je les attends – les espère. Dans ce désordre dont il me plaît de (me) faire un monde. Et mauvais sang, et si beau songe.

Par exemple : le livre dont je rêve ne joue pas (à) l’économie de marché. Car le livre (réel) fait bon marché de l’économie.

Il ne regarde pas à la dépense.

Ce n’est pas affaire de regard, vous qui passez…

C’est affaire de geste.

Et c’est le geste qui rassemble – nous – tels que je les vois – ceux-là qui marchent décidément, et jamais ne se résignent et jamais ne se ploient.

A chacun son geste, et à eux tous la danse.

Dans ce monde où rien ne va plus, comment peut-on encore jeter les dés ?

Alors –

Il faut déclarer la guerre.

A tout ce qui détourne les yeux et les mains du lecteur, à tout ce qui réduit, ramène, rabougrit au marché, à l’utilité, aux seconds couteaux, aux premières pierres et aux dernières demeures, aux palmes, à l’utilité, au chronomètre, à la pendule, à l’utilité… à tout ce qui détourne les yeux et les mains de qui lit, de qui écrit, de qui publie, à tout ce qui détourne de lire, d’écrire et de publier, à tout ce qui réduit, ramène et rabougrit, il faut déclarer la guerre.

Il faut déclarer la guerre disais-je, mais avant tout la faire : dans les livres et les non-livres, dans la parole et dans le geste, dans la présence comme dans l’absence – oui – la belle à faire.

La guerre – précisément.

Nous – tels que je les vois.

Mieux vaut remplir le tableau des pertes que celui des profits.

Alors la guerre oui – jusqu’au bout – parce qu’il n’y en a pas, que le geste n’a pas de fin, voyez l’hélice encore de l’escalier d’Ulysse…

L’attente, le livre, l’écoute… autant de gestes de l’ARRET à l’envers de la circulation marchande.

L’arrêt : le plus simple désordre.

L’attente, le livre, l’écoute : le plus simple appareil.

Du plus simple désordre et du plus simple appareil, faire œuvre.

Dans l’invitation, le partage, la controverse, les contradictions, les oppositions.

Dans le détournement et la déconstruction du rapport marchand.

Dans la contamination généralisée qu’opère constamment ce rapport marchand.

Et dans le constant travail critique de la technique, Nous, tels que je les vois, qui taillent inlassablement les silex – et pour la flèche – et pour l’étincelle.

 

Éric Maclos

 

(Ce texte a été publié pour la première fois par Laurent Cauwet, in « Res Poetica », juin 2007)

 

Les projets de mutualisation : un autre aspect de « L’Autre Livre »

 

La vie associative est aussi riche de ses projets que des difficultés à les mettre en œuvre. Mais « L’Autre Livre » avance. Sans doute pas assez vite, et de façon inégale selon les sujets, mais avance. La question qui nous occupe – dite de la mutualisation – pourrait se formuler ainsi : comment – en dehors de notre Salon annuel, qui a tenu sa dixième session en novembre 2012 aux Blancs Manteaux – comment défendre d’une façon permanente l’édition indépendante, comment aider à sa vie et à sa visibilité ? Pour ce faire, quels outils l’Association peut-elle mettre en place et proposer à ses adhérents ?

Les tentatives de réponses à ces questions provoquent, on s’en doute, des débats passionnés – et quelquefois houleux – au cours desquels une réponse est aussitôt relativisée par d’autres nécessairement plus urgentes, par la priorité absolue qui devrait être donnée au Salon, par la difficulté de trouver des financements, et j’en passe… Enfin, nous avons avancé, en sachant que nous n’avons pas la prétention – ni les moyens – de régler à nous seuls tous les problèmes de l’édition indépendante.

Le Conseil d’Administration de « L’Autre Livre », avec ses commissions, a travaillé sur plusieurs projets :

  1. Créer un nouveau site de l’association, site dans lequel le visiteur pourra trouver un « Annuaire de l’édition indépendante », constitué par le fichier de nos adhérents, actualisé de façon permanente, et à partir duquel sera réalisé, le moment venu, le catalogue du Salon. Un lien permettra aussi de visiter le site de chacun des éditeurs présents dans cet annuaire.

Et ce nouveau site sera bien sûr le lieu d’expression privilégié de « L’Autre Livre ».

  1. Créer un lieu dans Paris, un « Hôtel de L’Autre Livre », qui devra accueillir, tout au long de l’année, un « salon permanent » et permettre d’organiser, avec les éditeurs concernés, des évènements autour d’une thématique, des lectures, des rencontres, signatures, etc. … et permettre à ceux de nos adhérents qui le souhaitent d’y entretenir un dépôt permanent.
  2. Créer un  lien privilégié entre nos adhérents et notre attaché de presse, Marc Viellard, qui intervient pour « L’Autre Livre » depuis la préparation du Salon 2012, et qui se propose de valoriser auprès des médias, tout au long de l’année, l’identité, la ligne éditoriale et des sélections de nouveautés publiées par nos adhérents.

Un lieu et des liens : deux petits mots, de la vie… et beaucoup de travail. D’autant que, si nous avons avancé sur les trois projets résumés plus haut, d’autres idées ont été retenues qui doivent aussi faire l’objet d’une réflexion plus approfondie.

Ainsi, la mise en place d’une mutualisation pour ceux de nos adhérents qui participent à d’autres salons que celui de « L’Autre Livre » (acheminement des livres, co-voiturage, etc.).

Ainsi, la réservation par l’Association d’hébergements hôteliers pour les exposants, en essayant d’obtenir, donc, une diminution de ces frais annexes pour chacun.

Ainsi – et cette idée a encore été exposée lors de notre dernière Assemblée Générale – l’appui que « L’Autre Livre » pourrait donner à une initiative collective (salon, exposition, etc.) organisée par un de ses adhérents, non seulement par une labellisation, mais par une aide au travail que cette initiative implique.

Des lieux, des liens : entre singulier et pluriel, deux petits mots toujours, et de la vie encore.

 

Eric Maclos

Chargé de Mission

 

 

Nous sommes 150 éditeurs indépendants à présenter nos livres du 15 au 17 novembre aux Blancs Manteaux.

Qui sommes-nous ?

 

Des éditeurs qui acceptent de vivre en grande partie dans la précarité, par nécessité, passion, engagement philosophique.

 

Pendant que nous nous efforçons avec peu de moyens d’être des passeurs d’imaginaire, d’idées, de mots, susceptibles de découverte, de connaissance, de poésie, d’indignation… d’autres – des financiers – ont bien compris que le livre, avec ce qu’il représente d’émotions, peut avoir une valeur marchande avec laquelle il est possible de faire du profit.

 

L’industrie du livre aux mains de ces groupes financiers pratique les recettes habituelles de monopole de distribution et de vente, de réseau médiatique et de déferlement publicitaire, et fait perdre ainsi le rôle essentiel du livre : son lien social, son rôle d’émancipation culturelle.

 

Bien sûr ces profits faits sur le livre passent par l’exploitation des salariés de ces groupes, sous-traitants et collaborateurs qui, eux, ont le plus souvent gardé l’amour du livre, permettant ainsi, sans en être conscients, de présenter l’industrie du livre sous un visage pseudo culturel.

 

Mais, de fait aujourd’hui la valeur d’un livre est uniquement fonction de son retour sur investissement et non de son contenu.

 

Bien sûr beaucoup d’entre nous, éditeurs indépendants, sont embarqués dans cet engrenage de vente à tout prix par la simple obligation d’être présents pour nos lecteurs dans les points de vente, qu’ils soient matériels ou immatériels.

 

Mais nous, éditeurs indépendants présents aux Blancs Manteaux du 15 au 17 novembre, nous ne pouvons nous résoudre à une démocratisation de la culture qui se fait par le bas avec un appauvrissement et une uniformisation des idées, voire des cerveaux, par le flux d’informations numériques et de simples clics sous le contrôle de firmes internationales.

 

Nous, éditeurs indépendants, tenons à ce que nos livres soient avant tout un lien social et poétique avec le lecteur. Même dans ces plus simples aspects de plaisir et de divertissement, nous tenons à ce que nos livres restent entourés de l’Humain.

 

Nous, éditeurs indépendants, rejetons consciemment ou inconsciemment, de par notre obstination à faire des livres papier, le modèle de société que l’on nous propose entre écrans et grandes surfaces sous le contrôle de big brother.

 

Bien sûr les éditeurs indépendants ne sont pas les seuls à défendre les valeurs que porte le livre, nous pensons à certains libraires, bibliothécaires, voire imprimeurs, mais avant tout aux lecteurs que nous invitons à nous rejoindre ces 15, 16 et 17 novembre pour prouver qu’un autre monde est possible.

 

« Vous avez voulu le superflu

Vous perdrez l’essentiel. »

Proudhon

 

Gérard Cherbonnier, président de « L’Autre Livre »

 

Protéger la diversité, c'est protéger la liberté.

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