l'autre LIVRE

Nos revendications

Le 18 mai 2020

UN PLAN D’URGENCE 

ET UN NOUVEL ÉLAN POUR LE LIVRE EN FRANCE

 

La crise que nous traversons réclame des idées nouvelles et des mesures nouvelles.

Nous soumettons au débat nos propositions pour un Plan d’urgence en faveur du livre.

Ce qui est en cause, c’est non seulement la survie de la filière du livre et de nos entreprises (maisons d’édition et librairies), c’est plus largement le monde dans lequel nous voulons vivre.

Nous ne voulons pas d’un monde sans contacts, un monde d’apartheid où la culture (comme la santé) serait réservée à une petite minorité, préservée dans sa bulle, alors que la grande majorité sera délaissée, livrée au chômage et à la précarité, avec les écrans pour seul exutoire.

La grande leçon que nous tirons de la pandémie, c’est que devant les nouveaux défis auxquels l’humanité est confrontée, la logique économique traditionnelle, celle de la calculette à profits, ne suffit pas. Nous avons besoin de solidarité et d’entraide, besoin de politiques publiques pour garantir à tous des conditions d’existence décentes. Et le droit à la culture fait partie des conditions élémentaires d’une vie digne et de qualité.

 

Nous demandons que le livre soit remis au centre des politiques culturelles. 

Il en va de la maîtrise partagée de la langue. Un peuple privé de sa langue est un peuple dépossédé et aliéné. Or la maîtrise de la langue est liée à la diffusion de la lecture, à la qualité du rapport que l’oralité entretient avec la langue écrite, à la vitalité de la littérature et à la familiarité que l’on cultive avec les livres.

C’est aussi une question de démocratie. 

Dans un moment où chacun s’interroge sur son devenir personnel mais aussi sur le devenir de l’humanité, sur la fin d’un monde et peut-être le début d’un autre, le livre est un outil essentiel non seulement pour l’accès à la connaissance, mais pour la réflexion, la pensée, l’imagination. Si nous voulons être capables de comprendre et de rêver « le monde d’après », il nous faut préserver cet héritage précieux qu’est l’objet livre, ce réceptacle de la culture et ce tremplin de l’imaginaire dont l’usage par le plus grand nombre est aujourd’hui menacé.

De plus, parce qu’il n’y a pas de livre véritable sans auteur, et parce que les livres (en tout cas ceux que nous aimons et essayons de défendre) ne peuvent vivre que de la rencontre effective avec les lecteurs, le livre est et demeure le moyen d’une vie culturelle à échelle humaine, faite de contacts, de plaisir partagé et d’échanges qui se prolongent. Le bonheur qu’un livre procure, quand c’est un bon livre, ne se résout pas à sa consommation ; il perdure à sa lecture et vit longtemps en nous. 

 

L’édition française a des atouts variés. A côté des grands groupes à dimension multinationale, qui sont liés à l’industrie, à la finance et aux médias, existent des centaines d’éditeurs indépendants, nés de l’initiative de femmes et d’hommes qui se sont engagés dans ce métier et qui persévèrent malgré les obstacles parce qu’ils sont passionnés.

Le travail qu’ils font, dans de nombreux domaines, est essentiel. Que serait par exemple l’édition de poésie en France sans eux ? De même pour la nouvelle, la philosophie, les sciences sociales, la mémoire ouvrière, l’histoire régionale, la traduction de nombreuses œuvres étrangères…

Or aujourd’hui, des maisons d’édition indépendantes sont menacées dans leur existence même. 

 

Au-delà des mesures immédiates et indispensables qui ont été prises (chômage partiel, prêts garantis par l’État…) auxquelles la plupart de ces éditeurs ne peuvent pas prétendre, il faut un plan global pour la filière livre qui prenne en considération ce vivier que représente l’édition indépendante. 

Nous avons fait plusieurs propositions que nous souhaitons aujourd’hui préciser et soumettre au débat général ainsi qu’à la réflexion des pouvoirs publics. 

 

Il y a d’abord trois mesures immédiates :

 

1 – le tarif livre.

C’est aujourd’hui une revendication largement partagée, qui fait consensus parmi les acteurs de la profession (des auteurs aux lecteurs, en passant par les éditeurs, les diffuseurs et les libraires). De nombreuses associations se sont prononcées en sa faveur et elle est d’une grande actualité. Les tarifs postaux, qui ont été encore alourdis au début de cette année, pénalisent notre activité, comme l’activité des libraires. L’accès au tarif « livres et brochures », qui ne permettait que des envois à l’étranger, a même été récemment restreint.

Le livre doit bénéficier d’un tarif postal préférentiel à l’instar de ce qui existe pour la presse et, dans d’autres pays d’Europe, aussi pour le livre. 

Il n’est pas acceptable que les grandes plateformes de vente par correspondance bénéficient de conditions dérogatoires et que ceux qui font vivre l’édition, dans sa diversité, comme le commerce de proximité du livre, soient handicapés dans leur activité quotidienne par des tarifs postaux prohibitifs. C’est une question d’équité et d’efficacité. La Poste non seulement devrait satisfaire à cette exigence culturelle mais elle aurait probablement tout à gagner à la plus grande circulation des livres que cela favoriserait.

 

2 – relations commerciales avec les libraires et les grandes enseignes.

Des éditeurs et des distributeurs ont pris l’initiative de proroger les dépôts de livres et de retarder certaines échéances des libraires. Mais nous avons des raisons de craindre une forte vague de retours en provenance des libraires, et particulièrement des grandes enseignes (FNAC et autres…), qui risquent de déstabiliser gravement nos maisons d’édition. Nous souhaitons que le Ministère de la culture et les organismes professionnels de la libraire et de l’édition se concertent et interviennent pour éviter qu’il en soit ainsi.

 

3 – banques et finances publiques

Manifestement aucune indication n’a été donnée par le Ministère de l’économie et des finances au secteur bancaire pour favoriser l’accès des éditeurs que nous sommes aux prêts garantis, ni même pour accorder des facilités de caisse dans cette période. 

De même il conviendrait que la Trésorerie des Finances publiques prenne en compte la situation de nos entreprises, par exemple pour accélérer les remboursements de TVA.

 

 

Au-delà, de ces mesures immédiates, nous proposons de mettre en chantier une réflexion plus globale sur la filière livre. Avec trois axes principaux :

 

1 – l’aide publique au livre

Le livre est une marchandise mais il n’est pas qu’une marchandise.

Le livre ne peut pas relever exclusivement de la loi du marché. A la fois en raison de son importance culturelle mais aussi parce qu’a contrario des grandes industries culturelles qui tirent profit de la distraction de masse (quand il ne s’agit pas de pur et simple abêtissement) le livre est un secteur peu ou pas rentable qui a besoin du soutien public pour exister.

Des mécanismes existent fort heureusement, au plan national avec le CNL, ou en régions, 

en matière d’aide aux auteurs et à la création.

Mais il faut les réformer et les renforcer. Et prolonger ces aides par une aide à la diffusion et à la lecture.

Beaucoup pourrait être fait, par exemple, par des commandes publiques pour aider à la diffusion du livre et à l’incitation à la lecture (via les bibliothèques publiques, mais aussi les collectivités locales, en direction des salariés, les personnes âgées, la jeunesse).

Il y a des pays (par exemple parmi les pays du Nord) où quand un livre de littérature ou de poésie paraît, l’éditeur sait qu’il pourra compter sur un certain nombre de commandes publiques. Ce n’est pas le cas ici.

Aujourd’hui, du fait des crédits insuffisants et de la lourdeur des procédures administratives comme les appels d’offres qui favorisent les grossistes, nos maisons d’édition sont en général écartées des commandes publiques. 

Pour accroître les moyens consacrés à la politique publique en faveur du livre nous réitérons notre proposition :

Outre les produits de la taxe sur la reprographie et les dotations budgétaires, nous proposons :

  • d’instaurer une contribution de 1% sur les livres tombés dans le domaine public (et pour lesquels les éditeurs, par exemple dans le domaine du livre de poche, ne paient pas de droits d’auteur) afin d’abonder un fonds de solidarité du livre, qui bénéficierait aux auteurs et à la création éditoriale.

  • Nous demandons de plus que soient mises à contribution les grandes plateformes internationales du livre, à travers l’impôt sur leurs activités en France, pour qu’elles participent au soutien de la politique du livre.

 

Dans le même temps nous avons formulé des propositions pour une refonte démocratique du CNL, (et des agences régionales du livre) afin d’éviter que ces organismes puissent s’ériger ou être perçus comme de super-éditeurs et veiller au bon respect du pluralisme. Il conviendrait notamment de compenser certains travers liés à la pratique générale de la cooptation et au manque de collégialité dans les décisions, qui contribuent à des effets de mode et d’académisme, (pour ne pas dire d’art officiel), en mettant en place des formes d’aides qui ne se substituent pas aux éditeurs pour ce qui est du libre choix des livres et de leur responsabilité éditoriale mais qui soutiennent le fonctionnement des structures (comme cela se fait au Québec).

 

2 – repenser la distribution et la diffusion du livre

 

Chacun sait que l’organisation actuelle de la distribution et de la diffusion du livre en France est fondée sur des mécanismes inégalitaires et à terme dangereux pour l’économie et l’existence même de toute la profession.

Le système de l’office par exemple, dominé par les grands éditeurs, aboutit à une situation absurde de « cavalerie généralisée » qui fait financer la grande édition par la librairie et qui pousse à la multiplication des nouveautés pour compenser les retours… Cette inflation des titres qui se fait au détriment de la qualité aboutit à ce que la plupart des livres se vendent aujourd’hui à moins de 1000 exemplaires, pendant que quelques-uns captent l’essentiel du marché. Le souci de la qualité de la production, qui suppose une certaine lenteur, devrait au contraire inciter à décélérer la production et à réduire le nombre des nouveautés pour mieux entretenir le fond. Ce qui devient un problème crucial en matière de mémoire et de transmission culturelle.

La loi sur le prix unique du livre a permis d’éviter la disparition d’un réseau important et diversifié de librairies indépendantes qui fait la qualité et la force de l’édition française, en comparaison d’autres pays. 

Mais bien d’autres mesures seraient nécessaires pour préserver l’existence des libraires, notamment pour aider à l’installation de nouvelles librairies ou contrecarrer les effets de la spéculation immobilière. C’est évidemment aux associations de libraires d’avancer les mesures qu’il conviendrait de prendre. Nous sommes prêts à les soutenir dans ce but. Dans la mesure évidemment où les libraires indépendants auront aussi à cœur de défendre l’édition indépendante. (Nous avions d’ailleurs demandé que la prise en compte de cet aspect figure parmi les critères pour l’attribution du label de librairie indépendante de référence).

Mais la question centrale, aujourd’hui occultée, est celle de la distribution et de la diffusion. C’est dans une large mesure par la distribution que s’effectue le pilotage de l’édition par l’aval, par le marché, avec les effets négatifs que nous connaissons. Et c’est aussi par la distribution que passe le processus de la concentration éditoriale.

Alors qu’il y a plus de 2000 éditeurs dans ce pays, il y a moins de 100 distributeurs ; les plus importants étant liés aux principaux groupes qui dominent la profession.

Les distributeurs-diffuseurs, même indépendants, pris par la logique du marché ne sont pas intéressés à distribuer et diffuser les éditeurs dont les ouvrages sont de faible diffusion, qu’il s’agisse de poésie, de théâtre, d’essais ou d’œuvres de fiction.

Or c’est évidemment très grave pour ces domaines de la création et pour le pluralisme.

Nous aurions grand besoin dans ce pays d’un service public de distribution du livre assurant un traitement potentiellement égalitaire, en tout point du territoire, à tous les livres répondant aux critères professionnels de qualité.

Dans l’état actuel des choses, en attendant la nationalisation des activités de distribution du groupe Hachette (qui serait nécessaire et avait été envisagée en 1981… et qui pourrait aujourd’hui aussi concerner le groupe Editis), nous proposons trois pistes de réforme immédiate :

- au minimum, que l’État favorise les initiatives de regroupement des éditeurs indépendants qui souhaiteraient s’associer pour développer une activité de distribution et de diffusion du livre (comptoirs de vente communs, mutualisation des moyens pour la diffusion des catalogues , création de sites, participation à des salons, etc.) 

- que le CNL mette en œuvre le projet, qui a fait l’objet de nombreuses discussions mais n’a pas pour l’instant abouti, de création d’un site de diffusion des éditeurs de poésie.

- surtout, que les distributeurs existant et ayant les moyens d’un travail professionnel de qualité se voient confiés des missions de service public dans ce domaine, notamment en accueillant des éditeurs indépendants, et en permettant la mise à disposition et le suivi de dépôts de livres chez les libraires afin d’échapper à la logique de l’office).

 

 

3 – garantir le pluralisme dans les médias

 

Actuellement, la presse écrite nationale et régionale fait de temps en temps écho aux livres que nous publions… Mais nous savons que la règle est bien souvent celle du copinage et des renvois d’ascenseur.

De plus, les grands médias audiovisuels, sauf très rare exception, ne font aucune place à nos livres. Chacun d’entre nous essaye de compenser cette difficulté d’accès aux grands médias par un travail sur les réseaux sociaux et par l’effort individuel et irremplaçable pour créer son propre lectorat.

Mais la situation actuelle n’est pas normale.

Nous proposons là aussi plusieurs pistes pour un changement :

  • que les grandes chaînes de télévision et de radio qui ont des émissions littéraires fassent une place à la production des éditeurs indépendants et à leurs auteurs. C’est d’abord la personnalité et la qualité d’un auteur ou d’une autrice qui doit être prise en considération plutôt que la notoriété supposée de son éditeur. (Nous savons pour notre part que le rôle de l’éditeur est modeste. Il consiste à mettre des œuvres à disposition des lecteurs… Qui se souvient, hors les spécialistes, du nom des éditeurs de Hugo, Baudelaire ou Verlaine, qui furent souvent des « grands éditeurs » en leur temps ?)

  • Le CSA devrait intégrer cette exigence dans les critères des missions de service public audio-visuel

  • que soit créée, au moins sur une chaîne de télévision nationale, une émission régulière consacrée à la poésie. L’absence d’une telle émission constitue en soi un acte de censure d’un genre pourtant essentiel à la vie de la langue. 

(On pourrait imaginer bien d’autres initiatives, comme la lecture quotidienne de poèmes à l’antenne… le succès de la diffusion des poèmes sur les réseaux sociaux pendant le confinement montre que cela correspond à un besoin beaucoup plus largement partagé que ne l’imaginent ceux qui ont décrété unilatéralement que la poésie n’intéressait qu’une poignée d’initiés). 

  • Nous souhaitons de même que les chaînes régionales accordent une place aux éditeurs en région, à leur production et à leurs actions culturelles. Là aussi, l’idée « écologique » de circuit court pourrait prendre sens et permettrait aux médias locaux de rapprocher livres, auteurs, éditeurs et lecteurs.

 

Enfin, constatant que la réalité de l’édition indépendante est rarement prise en considération dans les politiques publiques, il nous semble indispensable qu’à tous les niveaux (au Ministère de la culture, au CNL, dans les directions régionales du livre) les éditeurs indépendants puissent compter sur un interlocuteur qui aurait particulièrement à charge de suivre leurs problématiques.

Dans le même esprit, compte tenu de l’existence aujourd’hui d’associations nationales et régionales réellement représentatives des éditeurs indépendants, nous souhaitons que se constitue auprès du Syndicat national de l’édition un groupe de travail dédié à l’édition indépendante et dans lequel nous sommes prêts à participer, aux côtés d’autres. 

 

Ces mesures que nous proposons (et dont nous ne prétendons pas qu’elles soient les seules possibles et nécessaires) contribueraient à faire du livre et de la lecture la cause nationale qui s’impose.

 

l’autre LIVRE

le 18 mai 2020

 


 

En réaction au plan d’aide pour la culture dévoilé ce jour par Emmanuel Macron, le président de l’autre LIVRE, Francis Combes, a rédigé un communiqué que vous pouvez lire ci-dessous dans son intégralité :

 

Communiqué du 6 mai 2020

Aujourd’hui le Président de la République devait faire des annonces concernant le soutien à la culture. Certaines de ces mesures, concernant par exemple la situation très difficile des intermittents, étaient évidemment très attendues.

Pour notre part, en tant qu’association représentative d’éditeurs indépendants, nous tenons à dire notre étonnement devant l’absence d’annonces concernant la filière du livre.

Alors qu’au début du confinement, le même président invitait les Français à profiter de cette période pour renouer avec la lecture, il semble qu’aujourd’hui le livre ne figure pas parmi les priorités.

Nous pensons quant à nous qu’un plan de relance s’impose. Il faut des mesures d’urgence pour aider les acteurs de la filière à traverser ce moment très difficile et dangereux pour nos structures (que nous soyons éditeurs ou libraires).

Mais, au-delà, c’est un chantier qu’il faut ouvrir pour remettre le livre au cœur de la politique culturelle du pays. C’est vital pour le rayonnement de notre culture et aussi pour la démocratie.

Nous avons des propositions d’ensemble à faire que nous entendons soumettre prochainement au débat public.

Dans l’immédiat, outre les allégements de charges et les aides économiques ponctuelles envisagées, nous sommes nombreux à demander que soit instauré un tarif postal en faveur du livre, à l’image de ce qui existe pour la presse. C’est une revendication largement partagée par des éditeurs, petits et grands, mais elle concerne aussi les libraires, les distributeurs, les bibliothécaires, les auteurs et les lecteurs.

Plusieurs milliers de signataires ont déjà soutenu cette idée. En accord, notamment avec des associations régionales d’éditeurs, et devant l’absence pour l’instant de réponse concrète, nous proposons la constitution d’un Collectif national de coordination sur ce sujet pour poursuivre et amplifier notre action.

 

pour l’autre LIVRE

Francis Combes, président

le 6/V/2020

 


Lettre ouverte au ministre de la Culture

Paris, le 27 avril 2020

 

Monsieur le Ministre,

 

Vous avez annoncé que vous alliez rendre public, dans les jours qui viennent, un ensemble de mesures concernant la filière du livre.

Nous avons de sérieuses raisons de redouter les conséquences de la période que nous traversons sur la vie et l’activité de l’ensemble des acteurs de la chaîne du livre. 

La fermeture des librairies (qui met de nombreux libraires indépendants dans une situation délicate) a aussi un effet immédiat et direct sur nos maisons d’édition. Nous craignons qu’un certain nombre d’éditeurs d’indépendants n’y survivent pas. 

S’ils disparaissent, ce sont des catalogues qui vont disparaître des rayons des librairies. C’est avant tout la capacité de création éditoriale, la diversité et le pluralisme culturel de notre pays qui seront abimés. Dans certains domaines, en particulier ceux qui sont jugés non commerciaux, les petits éditeurs, les éditeurs indépendants qui sont animés avant tout par la passion du livre, jouent un rôle de création essentiel. C’est le cas notamment pour la poésie, la nouvelle, la philosophie, l’essai, la traduction, l’histoire régionale et sociale, le livre jeunesse… 

Parmi les mesures qui nous paraissent indispensables, il y en a une à propos de laquelle nous vous avons écrit dès les premiers jours du confinement et sur laquelle vous nous permettrez de vous relancer.

Les circonstances actuelles rendent en effet urgent la mise en œuvre d’un tarif postal préférentiel pour le livre, à l’image de ce qui existe pour la presse. 

Actuellement les tarifs postaux qui nous sont imposés quand nous envoyons nos livres aux libraires, aux bibliothécaires, aux lecteurs, pèsent très lourd dans l’économie de nos maisons.

Cette revendication qui est aujourd’hui soutenue par plus de vingt associations d’éditeurs, nationales et régionales, n’est pas une revendication catégorielle, voire « corporatiste ». Elle répond à une nécessité pour tous les acteurs de la filière du livre : qu’ils soient auteurs, éditeurs, distributeurs, libraires, bibliothécaires, lecteurs.

Elle a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs pétitions dont celle qu’avait lancée notre association et qui avait recueilli plus de 4 000 signatures.

D’autre pays européens, comme vous le savez, pratiquent une tarification spéciale. 

En France, il existe un tarif postal particulier, dit « livres et brochures » qui n’est appliqué que pour les envois à l’étranger, afin d’aider à la promotion de la culture française à l’étranger. 

Mais aujourd’hui, c’est ici même et maintenant qu’il faut soutenir la diffusion de la culture. 

Nous pensons donc qu’il faudrait sans tarder généraliser ce tarif aux envois de livres en France et dans les TOM-DOM. 

Il n’est pas dit qu’un tel tarif entraîne un manque à gagner pour la Poste, car il pourrait favoriser en retour une plus grande circulation postale des livres.

Ne pas donner droit à cette revendication serait par contre favoriser les géants du commerce en ligne qui risquent fort de profiter de la crise actuelle, au détriment des autres acteurs de la filière.

Vous remerciant par avance de l’attention que vous porterez à notre demande, nous sommes à votre disposition pour toute concertation et vous prions de croire en l’assurance de notre considération.

 

Francis Combes

président de l’Association l’Autre livre*

 

* L’Autre livre réunit actuellement 175 éditeurs indépendants.



Lettre ouverte au ministre de l'Économie et des Finances

 

Paris, le 20 avril 2020

Copie à M. Franck Riester, ministre de la Culture

 

Monsieur le Ministre,

 

Je me permets de reproduire ici les mots qu'une de nos adhérentes nous a demandé de porter à votre attention, mots qui font écho aux inquiétudes de bon nombre d'éditeurs indépendants, représentés parl'autreLIVRE :

 

« Nous sommes bien sûr tous préoccupés par nos personnels de santé qui sont au front pour lutter contre le Covid-19 et nous exprimons notre solidarité en restant confinés.

Cela étant dit, bien des secteurs de l'économie sont en souffrance, et nombre d'entreprises, particulièrement de petite taille, ne s'en relèveront pas. C'est le cas du monde du livre, car la « chaîne du livre » est aujourd'hui complètement à l'arrêt. Les libraires indépendants, les éditeurs indépendants, les auteurs, mais aussi les grands groupes d'édition sont en danger. À moins que...


Notre président, M. Francis Combes, a écrit, au nom de l'association et des 250 éditeurs indépendants qu'elle représente, une lettre à votre collègue de la Culture, M. Franck Riester, pour lui proposer une mesure très concrète et très simple pour nous aider maintenant et demain : aligner les tarifs postaux du livre sur ceux de la presse, et supprimer la tranche maximale de 3 cm pour l'envoi d'un livre. Cette solution nous permettrait à nous, libraires et éditeurs, de continuer à travailler en vendant les livres par correspondance sans subir de plein fouet la concurrence d'Amazon, qui ne s'est pas gêné pour profiter de la situation (Amazon impose ses diktats aux éditeurs, viole les lois de notre pays, tant en matière sociale que fiscale, ce qui lui a permis d'acquérir une position dominante au détriment de la librairie française).


Savez-vous, monsieur le Ministre, que pour envoyer par La Poste un livre de 250 pages (qui pèse environ 300 g), il en coûte 5,83 € en lettre verte, soit plus d'un quart du prix du livre (sauf à le vendre à un tarif indécent) ? Savez-vous que pour envoyer un livre qui dépasse 3 cm d'épaisseur, il faut le faire par Colissimo, au prix de 7,14 € HT ? Et ces tarifs augmentent chaque année, alors que le prix du livre, lui, est fixe. Savez-vous que ces frais d'envoi ne peuvent pas être répercutés par le libraire sur les lecteurs ? Pensez-vous que nous, éditeurs, puissions prendre à notre charge de telles sommes ? Pensez-vous que les libraires puissent prendre à leur charge de telles sommes ? Non, bien sûr. En tant que ministre de l’Économie et des Finances, vos relations avec La Poste sont étroites. Si vous voulez nous aider, aider la diffusion du livre en France et dans les territoires d'outre-mer, si vous voulez cultiver la bibliodiversité, alors plaidez notre cause auprès de La Poste pour que les tarifs préférentiels, jusque-là réservés à la presse, s'appliquent au secteur du livre. »

 

Il ne s'agit pas seulement de relancer la chaîne du livre, mais aussi de s'assurer de sa pérennité, en tenant compte des besoins réels des petites maisons d'édition (moins de 10 parutions par an), éternelles oubliées du secteur et au chiffre d'affaire trop bas pour bénéficier des aides mises en place. Et quoi de mieux, pour aider les librairies, que de faire en sorte qu'elles puissent proposer à leur clientèle une offre riche et variée, cette bibliodiversité qui garantit l'exception culturelle française dont nous nous enorgueillissons tous ?

 

 

Je vous prie de croire, monsieur le Ministre, en l'expression de ma considération.

 

Pascale Goze

Secrétaire générale de l'autre LIVRE, association internationale des éditeurs indépendants

 


Lettre ouverte au ministre de la Culture

à M. Franck Riester, Ministre de la Culture

Paris le 20/03/2020

 

Monsieur le Ministre,

 

En tant que président de l’association L’Autre livre qui réunit 248 éditeurs indépendants, je m’adresse à vous pour attirer votre attention sur la situation du livre et de nos maisons d’édition.

Comme l’ensemble des citoyens, les éditeurs et les auteurs participent aux mesures de confinement dont nous espérons qu’elles se révéleront utiles pour contrer l’épidémie actuelle.

Mais à l’inquiétude créée par la crise sanitaire s’ajoute une préoccupation de caractère économique.

Du fait de la fermeture des librairies et de l’annulation des salons et manifestations publiques autour du livre, nos maisons d’édition voient leurs ventes réduites quasiment à néant.

La solution ne consiste sans doute pas à autoriser la réouverture des librairies avant que le confinement ait pris fin.

Par contre plusieurs dispositions nous semblent nécessaires.

Tout d’abord nous voulons nous assurer que les petites maisons d’édition, qui sont des éditeurs indépendants, pourront bénéficier des mesures générales annoncées par le gouvernement (report des charges et des impôts, indemnité de 1500 euros pour ceux qui ont perdu leur chiffre d’affaires, fonds d’aide et facilités de trésorerie). Les modalités concrètes d’application de ces mesures ne semblent pas toutes opérationnelles et beaucoup d’éditeurs ne sont pas informés des démarches à suivre pour en bénéficier.

Nous sommes prêts pour notre part à relayer les informations utiles auprès de nos adhérents.

Ensuite, comme beaucoup de libraires et d’acteurs de la profession, nous nous inquiétons de voir que certains géants du commerce en ligne, (notamment Amazon) profitent de la situation d’une manière éhontée. Non seulement ils occupent largement le marché des commandes de livres, mais ils font pression sur leurs salariés et paraissent au-dessus des lois (tant en matière de fiscalité que de droit du travail et de respect des mesures d’urgence sanitaire).

Outre le nécessaire rappel à l’ordre que cela suppose, nous attirons votre attention sur le fait que la vente par correspondance n’est pas et ne doit pas être l’apanage exclusif de ces groupes. De nombreux libraires, des distributeurs et des éditeurs tentent aussi d’y avoir recours.

Dans ces circonstances, au moment où le président de la République invite les Français à renouer avec la lecture, il serait urgent de faire droit à une revendication maintes fois réaffirmée par notre association : que le livre bénéficie, à l’instar de la presse depuis la Libération, de tarifs préférentiels en matière postale. Car la lourdeur des tarifs postaux est une charge tout à fait importante pour les différents acteurs de la chaîne du livre et une entrave à la lecture.

Nous demandons aussi que le gouvernement intervienne auprès des banques afin que celles-ci tiennent compte de la situation actuelle et fassent preuve de souplesse concernant la gestion des comptes professionnels des éditeurs indépendants et leurs autorisations de découvert.

Les sommes considérables que l’État va débloquer pour garantir les emprunts bancaires ne doivent pas aller à la spéculation mais à l’aide à l’activité réelle, y compris dans le secteur culturel et du livre.

Enfin, par-delà cette crise dont nous espérons tous que nous parviendrons rapidement à la surmonter, il nous semble qu’il faut remettre en chantier une réflexion collective sur la politique publique de la lecture. Celle-ci ne peut pas être un plaisir et une source de connaissance et de réflexion réservés à une petite minorité.

Nous sommes pour notre part disponibles pour participer à ce chantier.

 

Je vous prie de croire, monsieur le Ministre, en l’expression de ma considération,

 

Francis Combes
Président de l’autre LIVRE

www.lautrelivre.fr

 


L’heure du livre

Les mesures prises pour tenter de juguler l’épidémie de coronavirus (et dont nous ne pouvons qu’espérer qu’elles soient efficaces) ont de nombreuses conséquences sur la vie quotidienne, la vie sociale, la vie économique et culturelle.

Alors que nous sommes incités à rester confinés chez nous, nous voulons lancer un appel à faire que ce repli obligé puisse être transformé en moment de culture et de plaisir. Ne nous laissons évidemment pas aller à la peur. Ne vivons pas seulement au jour le jour, sous l’injonction des chiffres de victimes et de l’information en continu. Ne restons pas cloîtrés chez nous sous l’emprise de la télévision et des écrans…

Essayons d’en profiter pour prendre un peu de recul, pour penser et imaginer. Profitons-en pour retrouver le temps de lire, ce temps si précieux qui nous manque si souvent… Rêvons que beaucoup de nos concitoyens retrouvent dans ces circonstances et parfois même découvrent le beau plaisir de lire.

L’annulation de nombreux événements culturels, (par exemple du Printemps des poètes) ; l’annulation des salons, (comme Livre Paris et l’autre SALON que nous organisons et qui réunit de nombreux éditeurs indépendants), la décision unilatérale qui vient d’être prise par le gouvernement de fermer les librairies (car elles ne seraient pas des commerces de première nécessité) ne sont évidemment pas favorables au livre.

Or le livre est un bien de première nécessité culturelle. Dans une situation comme celle que nos vivons, nous avons bien besoin de cette nourriture spirituelle.

Au moment même où nous aurions grand besoin de ces amis précieux que peuvent être les livres, la diffusion du livre risque de se trouver quasiment arrêtée.

Cela va mettre en grande difficulté de nombreux libraires, mais aussi beaucoup d’éditeurs, notamment de petits éditeurs et des éditeurs indépendants.

Les mesures annoncées en matière de report des charges ou de chômage partiel (qui peuvent être importantes pour certaines entreprises) concernent très peu la plupart de nos maisons d’édition.

Va-t-on voir les géants du commerce en ligne, comme Amazon, tirer avantage de cette situation pour asseoir leur domination ?

Or, des distributeurs professionnels du livre, des libraires et aussi des éditeurs tentent aussi d’entretenir des liens avec les lecteurs par les moyens d’Internet, de leurs sites et des réseaux sociaux. Ils développent comme ils le peuvent des formes de vente par correspondance qui peuvent s’avérer essentielles aujourd’hui.

Dans ces conditions le gouvernement serait bien inspiré de répondre positivement à la revendication de notre association qui réclame depuis longtemps l’adoption d’un tarif postal préférentiel pour le livre, comparable à ce qui a été mis en place pour la presse après la Libération.

Et espérons que nous pourrons, aussi rapidement que possible, renouer avec la joie de nous rencontrer à nouveau, autour des livres, à l’occasion des vraies rencontres humaines, conviviales et vivantes.

 

Francis Combes
Président de l’autre LIVRE

www.lautrelivre.fr

 


 

TARIFS POSTAUX : LE TIMBRE NOUS MET SUR LES DENTS

La Poste vient d’annoncer une augmentation importante du « prix du timbre » et, en fait, de l’ensemble de ses tarifs colis et courriers.

La Direction de l’Entreprise argue de la diminution des volumes (d’objets acheminés) au profit d’Internet pour justifier cette augmentation, qui n’est pourtant pas la première depuis l’irruption massive des NTIC dans notre vie quotidienne, et semble vouloir ignorer que l’augmentation des tarifs postaux peut elle aussi engendrer une baisse des volumes…

Pour ce qui concerne le livre, la position de notre association est simple : « Vous voulez du volume ?... c’est possible ! »

Il faut pour cela créer un tarif spécifique pour les envois de livres, que ces envois soient le fait de professionnels – éditeurs, auteurs, libraires… - ou de « simples » lecteurs. En bref, un tarif étudié, le plus bas possible, réservé à l’objet transporté – exception culturelle oblige – plutôt qu’à une catégorie d’utilisateurs, un tarif accessible à tous les usagers.

Pour ce qui concerne l’édition indépendante, nous soulignons ici que cette augmentation ne peut manquer d’avoir de lourdes conséquences pour des petites structures déjà fragilisées comme les nôtres.

 

 

 

 

Pour faire suite aux contacts de L’Autre Livre avec l’ADML (Association de Défense des Métiers du Livre) et notamment à notre participation, à ses côtés, à sa rencontre avec la Commission des finances de l’Assemblée Nationale, nous portons à votre connaissance le communiqué de presse et autres documents de l’ADML et de la Fédération des industries du livre, du papier et de la communication CGT.

Documents à télécharger :

 

 

 

  • Comment conforter la chaîne du livre et par quoi est-elle menacée??
  • Le « Plan Livre » bientôt à l'assemblée

    Par Aymeric Monville

     

    En 1981, la loi dite Lang sur le prix unique du livre (de fait une loi Jérôme Lindon) avait rassemblé les métiers du livre contre ce qu'elle avait clairement perçu comme une menace : la « Fédération Nationale d'Achat des Cadres » et les « grandes enseignes » qui s'emparaient alors des « produits culturels ». La réplique démocratique des métiers du livre fut si efficace que, trente ans après, la spécialiste du livre au New York Times observait que le pays de l'étatisme jacobin faisait mondialement figure de « pays de cocagne » de la librairie, et donc de la diversité et de la qualité du livre et de la lecture. En trente ans le marché du livre et sa distribution ont évolué. Les prédateurs de jadis sont devenus les victimes de plus gros et plus avides, plus cyniques aussi, et bien plus efficacement destructeurs : chaque emploi de précaire sous-qualifié créé dans « l'amas zone » et ses émules détruit vingt postes qualifiés et gratifiant en librairie[1].

    À terme, en considérant la compulsion numérico-nihiliste des bibliothèques publiques et la stratégie revendiquée au nom du redressement productif (« les licenciements d'aujourd'hui sont les emplois précaires de demain ») ce sont les 200 000 emplois de la filière livre qui sont menacés aussi bien que la diversité éditoriale qu'elle rend possible.

    Face à cette évolution inquiétante, la puissance publique, toutes orientations politiques confondues, manifeste (là comme ailleurs) sa parfaite impotence. La dernière « mesure phare » en date étant l'annonce d'une nouvelle sinécure bureaucratique (aux frais du contribuable) : la création d'un « médiateur du livre ». En France « l'exception culturelle » se manifesterait donc par la nécessité d'appointer des médiateurs … pour faire respecter la loi !

    Pourtant chacun (et tout particulièrement les ex-libraires de Virgin, Chapitre et bientôt .. la FNAC) a parfaitement compris que le problème vient notoirement des « agitateurs culturels » dématérialisés, délocalisés et défiscalisés (et pourtant subventionnés), et que la raison pour laquelle chaque mois des librairies indépendantes disparaissent ou licencient, c'est l'absurde politique d'achats publics (18% du marché de la librairie). Le «?livre?» numérique ne correspond pourtant à aucune demande réelle du public (1,8?% du marché français, soutenu « à bout de bras » par 80?% de commandes publiques?!)

    Huit mois après avoir alerté le président du Centre national du livre, la ministre de la Culture et le Syndicat de la librairie française (SLF), au fil de brochures argumentées qui circulent désormais dans toutes les librairies[2], une Association de défense des métiers du livre (ADML) s’est constituée. Elle a immédiatement proposé un «?plan livre?» à la mission mandatée par l’Inspection générale des affaires culturelles[3], puis à la commission des Finances de l’Assemblée nationale, visant d'abord et au titre de premières mesures d'urgence, permettant de rétablir des conditions commerciales et d'exploitation pérennes pour les librairies indépendantes, débouché essentiel de la diversité éditoriale :

    - Rétablir la « compétitivité » concurrentielle par la qualité de service et valoriser le service et la fréquentation des librairies. Grâce à un comptoir national des libraires, fédérant toutes les librairies indépendantes et les éditeurs indépendants de France, sous forme de coopérative d’intérêt public, permettant à chacun de ces libraires et éditeurs de proposer à ses clients, au même prix unique du livre, le service «?demain chez votre libraire?», qui garantira aux lecteurs de disposer en vingt-quatre heures du livre de leur choix (dans la librairie qu’ils auront géolocalisée sur le site du comptoir)? ;

    - compléter et préciser la loi sur le prix unique du livre, notamment pour interdire les remises déguisées (frais de port gratuits pratiqués sur Internet)? ;

    - refondre démocratiquement les modalités des marchés publics des bibliothèques pour mettre un terme aux dérives qui, depuis quelques années, ont conduit au désastreux monopole clientéliste qui, partout, détruit les librairies indépendantes bien plus sûrement que les majorations de taux de TVA, en imposant le critère de proximité comme seul susceptible de discriminer les soumissionnaires en dehors du prix.

    En quelques mois l'ADML et son « Plan Livre » ont rallié les élus locaux ( Pascal Cherki et Danièle Pourtaud) de l'arrondissement parisien où ils virent le jour[4], la commission des finances de l'Assemblée Nationale, la Fédération des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication (Filpac) de la CGT, l'association des éditeurs indépendants « l'autre livre », qui ont rejoint les auteurs, éditeurs, libraires, lecteurs, traducteurs, correcteurs, imprimeurs, papetiers, commerciaux, transporteurs, magasiniers, typographes, artistes, etc. qui constituèrent l'association.

    La ministre de la Culture, déjà interpellée par Jean-Marie Beffara, rapporteur spécial de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, peut d'autant moins éluder le «?plan livre?» de l’ADML, que les mesures urgentes qu'il préconise  font désormais l'objet d'une proposition de projet de loi initiée par le député Pascal Cherki et instruite par l’ADML, et que cette proposition risque fort de devenir un projet soutenu par le groupe socialiste puisque elle sera l'objet de la réunion suscitée le 2 octobre prochain à l'Assemblée nationale par Bruno Le Roux (président du groupe socialiste à l'assemblée) , avec le groupe socialiste, Pacal Cherki et une délégation de l'ADML.

     

    [1]    Voir En Amazonie de Jean-Baptiste Mallet, Fayard 2013.

    [2]    Voir Correspondance avec la classe dirigeante sur la destruction du livre et de ses métiers, de Dominique Mazuet, Éditions Delga, juillet?2012 et tout dernièrement Critique de la raison numérique Delga 2013.

    [3]    Notifié fin octobre 2012 au cabinet de la ministre par le rapport de la DGIC qu'elle a mandaté dès sa prise de fonction.

    [4]    Le XIVe arrondissement est actuellement le quartier de Paris ou le livre et la lecture sont les plus fortement soutenus par les élus qui y maintiennent les manifestations populaires que sont la « fureur des mots » et la « nuit des libraires » dont la candidate socialiste à la mairie, Anne Hidalgo, est décidée à s'inspirer.

     

     

    Tout le monde le sait : « le XXIe siècle sera numérique ou ne sera pas » comme le disait si bien Malraux.       (par Charles Mérigot)

     

    Une fois ce credo énoncé, nous pourrions peut-être examiner les choses de manière moins … religieuse.  Et nous demander si  « les livres numériques » sont l’avenir de l’homme. (Un de plus !)

     

    Il est parfaitement vraisemblable que dans les décennies à venir, une bonne partie de ce qui aujourd’hui s’imprime, s’édite et se vend sous forme de livres, sera transmis par les moyens de communications actuels, ou  à venir, d’un bout à l’autre de la planète.

     

     Je dirais même que ce peut-être parfaitement souhaitable dans certains cas. Le chef-d’œuvre du mois « Comment j’ai perdu ou gagné la campagne électorale de 2022» (par exemple) n’encombrera plus les poubelles et les étagères ?  Est-ce un mal ?

     

    Donc, réjouissons-nous, le XXIe siècle sera numérique et il sera.

     

    Je ne vois d’ailleurs pas comment nous pourrions nous y opposer, ni même qu’il soit nécessaire de s’y opposer. Trop de forces, trop d’argent sont en jeu pour que quelques individus, un peu isolés à vrai dire, et de plus, peu enclins par nature à hurler avec la meute ou à bêler avec le troupeau, puissent s’opposer à un mouvement d’une telle ampleur.

     

    La « révolution numérique » nous en profitons tous, nous l’aimons bien et nous la pratiquons depuis une bonne trentaine d’année, nous en sommes mêmes les pionniers, depuis que nous envoyons des fichiers, numériques donc, à nos imprimeurs afin qu’ils les couchent sur du papier.

     

    Vivent donc les livres « numériques » que nous fréquentons depuis trente ans.

     

    Maintenant est-ce notre métier que de fournir à des professionnels de l’informatique (très puissants et très riches) des fichiers informatiques rebaptisés pour la circonstance « livres » pour qu’ils en fassent ce qu’ils veulent, qu’ils les mettent ou non en ligne, qu’ils les placent sur un site qui ne vend pas ou au contraire en pleine lumière, bien en vue ? Je croyais qu’être éditeur c’était surtout faire la promotion des textes que nous jugions intéressants. Que c’était cela notre cœur de métier. Pas d’être sous-traitants de sociétés de communication.

     

    Il est d’autre part vraisemblable que ces mêmes professionnels de la haute technologie, dans quelques années, fourniront (contre paiement bien sûr) à tout un chacun une imprimante dernier cri, permettant, quand le lecteur le souhaitera, d’imprimer et de mettre en page le « livre numérique » qu’il souhaite conserver sous forme de « livre-papier ».

     

    La boucle sera bouclée. Et la consommation de papier partira en flèche.

     

    J’ai  connu l’époque (1980) où il était prévu de voir très vite « le bureau sans papier », j’ai eu le temps de constater que, depuis cette époque, chaque famille française s’est  dotée d’une imprimante et consomme des ramettes de papier, des cartouches d’encre, …  chaque mois.  Je me fais donc devin et je crois pouvoir annoncer que « le livre dématérialisé » donnera naissance, lui aussi à une profusion de « livres-papier », mais… édités, mis en page et imprimés par chacun de nous. Pour le plus grand profit de quelques-uns…  c’est-à-dire pour les actionnaires principaux des principales sociétés informatiques et de communication et des fabricants d’imprimantes qui sauront nous vendre également des cartouches de colle pour la reliure.

     

    Nous nous trouverons donc avec plusieurs cas de figure : le texte que le particulier lira sur un écran et qu’il effacera,  s’il le veut, après lecture ou dont il se déconnectera, le texte qu’il conservera sur un support informatique et celui qu’il imprimera.

     

    Simplement, ceux qui vivront de ce commerce, ne seront plus les mêmes et nous, les éditeurs, n’en feront pas partie. Et simplement aussi, ceux qui jugeront qu’un texte mérite les honneurs de la une seront surtout les actionnaires principaux des principales sociétés technologiques. C’est là que le bât blesse. C’est cela dont on ne parle pas.

    Le phénomène que l’on voit dans la presse et à la télévision où certains sujets ne sont pas abordés (ou si mal) parce qu’ils ne plaisent pas aux annonceurs, s’étendra à tous les textes.

     

    Bien entendu, il restera toujours la « liberté » de mettre sur un site que personne ne va voir, un texte subversif ou simplement original, ou simplement éloigné de la pensée unique. Condition essentielle pour que la « démocratie » soit respectée… dans les formes.

     

    Comme je le disais, nous ne pouvons (ce n’est d’ailleurs à mon avis pas souhaitable), nous opposer à ce mouvement irrésistible.

     

    Mais devons-nous y participer, l’aider, et proclamer partout que nous devons mourir en même temps que les libraires et tous les prétendus passéistes que nous serions parait-il ?

    Je ne le crois pas.

    Laissons les informaticiens faire leur métier, laissons les actionnaires décider de ce qui est le mieux pour leurs sociétés  de haute technologie innovante, et faisons notre métier : produire des livres comme toujours, organisons-nous pour les faire connaître et les vendre : ils le méritent.

     

    Lorsque le « grand public » sera lassé de consommer à l’écran des produits industriels et insipides, élevés en batterie,  « en provenance de divers pays de la communauté culturelle », produits sans matière grasse, sans sel, sans sodium, sans gluten, sans beurre d’arachide, sans huile de palme … sans rien, alors le « grand public » reprendra le chemin des « éditeurs bio » ou des « coopératives de producteurs de livres » et il retrouvera nos livres. Alors essayons de les faire bien et de mettre en avant des produits de qualité. L’avenir est à nous !

     

    Nous aurons sans doute perdu ceux parmi nos lecteurs qui rêvent de pouvoir conserver « définitivement » le même texte sous forme de cartes perforées, de bandes magnétiques, de cassettes magnétiques, de disquettes 5 pouces 1/4 , de disquettes 3 pouces et demi, de CD, de DVD, de mp3, de pdf, d’epub, et des autres formats ou moyens de stockage à venir tout aussi « universels » et « définitifs ». (Je plains les archivistes du futur !)

     

    Quant à moi pour lire et conserver le texte de « D

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