l'autre LIVRE

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Quel a été, quel est, quel sera l’impact de la crise sanitaire sur les maisons d’édition indépendantes

Quel est l'impact de la crise sanitaire sur les éditeurs indépendants, quand on sait que :
  1.  53 % n'ont que l'édition comme source de revenus ; 
  2. 47 % déclarent un CA annuel inférieur à 25 000 € ; 
  3. 27 % craignent une baisse du CA de 50 à 80 %, et 47 % une baisse de 25 à 50 % ; 
  4. 40 % n'ont pas de budget com' (autrement dit, ils réseautent pour promouvoir leurs livres) ; 
  5. et 87 % ne remplissent pas les conditions d'accessibilité aux aides gouvernementales, et que sur les 13 % qui peuvent en faire la demande, seulement 13 % encore les ont obtenues

Résultats du sondage LA POSTE ET VOUS

L'autre LIVRE a mené une enquête auprès de ses adhérents pour mesurer l’impact de La Poste sur leur activité.
Près de 50 % des éditeurs indépendants expédient plus de 300 livres en un an, à destination de particuliers aussi bien que de professionnels. Le budget annuel est, pour les deux tiers d’entre eux, inférieur à 2000 € ; pour 17 %, compris entre 2000 et 3000 € ; et pour 17 % encore, supérieur à 3000 €.
Pourtant, les frais d’envoi facturés représentent moins de 50 % des dépenses. Et la différence se répercute lourdement sur les recettes des ventes à distance : entre 10 et 30 %.
Il apparaît aussi que tous les éditeurs ne sont pas informés des produits postaux susceptibles de réduire le coût des envois. Je vous invite donc à visiter la page « Boîte à outils » du site de l’autreLIVRE, où sont présentées les offres Livre et Brochures, sacs de livres, Coliship, Fréquenceo éditeurs, etc. Des guides sont également disponibles en téléchargement pour ceux qui le souhaitent.
Il semblerait enfin que les postiers ne soient pas non plus au fait des produits disponibles, à en croire 45 % des éditeurs interrogés... C’est beaucoup trop !

[Plan de Relance] Appel pour un tarif postal du livre

Comment agir pour l'instauration d'un tarif postal livre en France, pour tous ?

 

Depuis 5 ans, la question du tarif postal du livre pour les envois en France demeure essentielle pour les éditeurs, les libraires et les lecteurs. Depuis la mise en vigueur d’un nouveau tarif par la Poste en janvier 2015, tout envoi dépassant 3 cm d’épaisseur doit être expédié au tarif Colissimo. Le livre étant soumis aux mêmes règles que n’importe quel bien, contrairement aux tarifs postaux internationaux qui prévoient des conditions avantageuses pour les livres et brochures.

Ce nouveau tarif freine le développement des vente en ligne des libraires indépendants, en particulier face à la concurrence des grandes plateformes numériques dont la logistique permet des frais de port réduits. C’est également un enjeu majeur pour les éditeurs auto-distribués qui souvent n’ont d’autres choix que d’expédier les commandes des libraires par colis postal.

L’association des Éditeurs des Hauts-de-France lance un appel pour l’instauration d’un tarif postal spécifique pour le livre en France, qui ne dépendrait ni de la qualité de l’expéditeur ni de celle du destinataire, mais de l’objet envoyé – le livre -, et qui serait aligné sur l’offre « Livres et brochures » en vigueur pour les envois à l’étranger.

Dans le cadre du plan de relance économique de la filière suite à la crise sanitaire, l’association souhaite porter à l’attention des ministres de l’Économie et de la Culture le caractère pertinent d’une telle mesure.

>>  Pour en savoir plus, consulter le site internet dédié : www.tarifpostallivrefrance.org

>>  Soutenir en signant la pétition sur Change.org

Source : Fill

 

Communiqué du 6 mai 2020

 

En réaction au plan d’aide pour la culture dévoilé ce jour par Emmanuel Macron, le président de l’autre LIVRE, Francis Combes, a rédigé un communiqué que vous pouvez lire ci-dessous dans son intégralité :

 

Communiqué du 6 mai 2020

Aujourd’hui le Président de la République devait faire des annonces concernant le soutien à la culture. Certaines de ces mesures, concernant par exemple la situation très difficile des intermittents, étaient évidemment très attendues.

Pour notre part, en tant qu’association représentative d’éditeurs indépendants, nous tenons à dire notre étonnement devant l’absence d’annonces concernant la filière du livre.

Alors qu’au début du confinement, le même président invitait les Français à profiter de cette période pour renouer avec la lecture, il semble qu’aujourd’hui le livre ne figure pas parmi les priorités.

Nous pensons quant à nous qu’un plan de relance s’impose. Il faut des mesures d’urgence pour aider les acteurs de la filière à traverser ce moment très difficile et dangereux pour nos structures (que nous soyons éditeurs ou libraires).

Mais, au-delà, c’est un chantier qu’il faut ouvrir pour remettre le livre au cœur de la politique culturelle du pays. C’est vital pour le rayonnement de notre culture et aussi pour la démocratie.

Nous avons des propositions d’ensemble à faire que nous entendons soumettre prochainement au débat public.

Dans l’immédiat, outre les allégements de charges et les aides économiques ponctuelles envisagées, nous sommes nombreux à demander que soit instauré un tarif postal en faveur du livre, à l’image de ce qui existe pour la presse. C’est une revendication largement partagée par des éditeurs, petits et grands, mais elle concerne aussi les libraires, les distributeurs, les bibliothécaires, les auteurs et les lecteurs.

Plusieurs milliers de signataires ont déjà soutenu cette idée. En accord, notamment avec des associations régionales d’éditeurs, et devant l’absence pour l’instant de réponse concrète, nous proposons la constitution d’un Collectif national de coordination sur ce sujet pour poursuivre et amplifier notre action.

 

pour l’autre LIVRE

Francis Combes, président

le 6/V/2020

Coronavirus : pour trouver des nouveautés en librairies il faudra un peu attendre... On vous explique pourquoi

 

Les lecteurs devront encore faire preuve de patience pour découvrir des nouveautés en librairies, qui paraîtront, au mieux, le 20 mai.

 

Les programmes de parution des nouveautés littéraires ont été réduits de 25% à 50% selon les éditeurs. (SVEN HOPPE / DPA)

La plupart des librairies rouvriront le 11 mai. Mais les programmes de parution ont été réduits de 25% à 50% selon les éditeurs afin d'éviter un embouteillage massif de livres sur les étals des libraires, à la demande de ces derniers, particulièrement fragilisés après deux mois de fermeture forcée.

 

Réduire les programmes de parution pour éviter de noyer les finances des librairies

En général, les libraires doivent payer les nouveautés qui leur sont envoyées d'office par les éditeurs, avec la possibilité de renvoyer et de se faire rembourser les invendus au bout d'un certain délai. Une avalanche de parutions menacerait donc de faire fondre la trésorerie des libraires et les inciterait à retourner le plus tôt possible les exemplaires non écoulés.

Pour Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française (SLF), l'épidémie de Covid-19 "a mis en évidence le poids d'Amazon, la fragilité de la librairie et de l'édition indépendantes. C'est tout le modèle qui doit être questionné".

 

Pour faire revenir les lecteurs en librairie, priorité aux futurs best-sellers

Pour faire revenir les lecteurs dans les librairies, les professionnels comptent sur quelques "locomotives". L'une des toutes premières nouveautés proposées aux lecteurs après des semaines de confinement sera La Vallée (XO), le huitième roman d'un des maîtres du thriller français, Bernard Minier, qui sera disponible à partir du 20 mai. "Je suis heureux d'offrir ce divertissement à des lecteurs qui en ont bien besoin et d'accompagner nos amis libraires dans l'indispensable reprise de leur activité", a commenté le romancier.

Le 26 mai, les lecteurs pourront se précipiter sur le roman de Guillaume MussoLa vie est un roman (Calmann-Lévy) avant de découvrir, le lendemain, le nouveau livre du Suisse Joël Dicker, L'énigme de la chambre 627 (éditions de Fallois). Le 28 mai, ils pourront se régaler avec Retour de service (Seuil), le grand roman sur le Brexit du Britannique John le Carré.

Initialement prévue le 7 mai, la parution du nouveau roman de Franck Thilliez, Il était deux fois (Fleuve), a été quant à elle déplacée au 4 juin. 

 

Certains éditeurs ne publieront aucune nouveauté avant le mois de juin

Plusieurs éditeurs, dont Gallimard, Grasset, Albin Michel ou encore JC Lattès ne publieront aucune nouveauté avant juin. Gallimard souhaite dans un premier temps privilégier les livres sortis en mars, juste avant le confinement, et qui n'ont pu bénéficier de tout le succès espéré. C'est le cas notamment du dernier livre de la lauréate du prix Goncourt Leila Slimani, Le pays des autres, sorti le 5 mars, quinze jours avant le confinement, ou encore Chanson bretonne du prix Nobel de littérature J.M.G. Le Clézio, paru le 12 mars.

Il faudra attendre le 9 juin pour découvrir La vie mensongère des adultes,le nouveau roman de l'Italienne Elena Ferrante.

 

Ne pas charger les programmes de sorties pour sauver les livres publiés avant le confinement, "en coma" depuis huit semaines

Beaucoup de livres qui seront publiés en juin étaient initialement programmés pour mars et avril. C'est le cas notamment de Et ne durent que les moments doux (Fayard) de la romancière à succès Virginie Grimaldi, qui sortira seulement le 17 juin.

JC Lattès a programmé pour le 3 juin le premier roman de la chanteuse Olivia Ruiz, La commode aux tiroirs de couleurs tandis qu'Albin Michel proposera le 4 juin Le jour des cendres de l'auteur à succès Jean-Christophe Grangé.

Actes Sud ne publiera aucune nouveauté française avant août. Bertrand Py, directeur éditorial d'Actes Sud, a justifié sa décision en expliquant vouloir "laisser un peu de temps pour survivre" aux livres parus au premier trimestre et qui "auront vécu en librairie un coma de huit semaines". L'éditeur affirme aussi avoir entendu "l'injonction des libraires de ne pas charger les programmes, d'éviter un empilement absurde qui aggraverait une situation de longue date fragile".

Les lecteurs francophones devront patienter jusqu'en septembre pour lire Wuhan, ville close (Stock), témoignage (censuré en Chine) tenu pendant 60 jours par l'écrivaine Fang Fang, originaire de la région épicentre de la pandémie.

 

La situation pourrait ne pas revenir à la normale avant le mois de septembre

Pour les libraires et les éditeurs, le Covid-19 a provoqué une crise économique sans précédent. A la cinquième semaine de confinement, les ventes de livres ne se situaient plus qu'à un tiers de leur niveau de 2019, selon une étude de l'institut GfK publiée vendredi par le magazine professionnel Livres Hebdo.

En un an, la chute de l'activité a baissé de 68,9% en valeur. Le retour à la normale s'annonce très lent. "Pas avant septembre", estime Vincent Monadé, président du Centre national du livre (CNL).

Éditeurs : “zéro vente de livres”, ou presque, résume la situation

Dès le début de la crise sanitaire, la structure régionale pour le livre en Pays de la Loire, Mobilis, a lancé une enquête auprès des acteurs du livre pour connaître les conséquences de l'épidémie sur le secteur. À partir des résultats de cette enquête, le Coll.LIBRIS a analysé les données chiffrées mais aussi qualitatives : les 41 maisons d'édition de différentes formes (sociétés, microentreprises, associations), de tailles diverses et aux lignes éditoriales variées (littérature, jeunesse, art, sciences humaines, écologie, voyage etc.) expriment ici leurs inquiétudes et leurs souhaits pour sortir de cette crise sanitaire.

 

Pas de méprise. La crise actuelle va avoir des conséquences sur l’ensemble de l’économie nationale et mondiale. Elle va toucher tous les secteurs d’activité, les professions et les métiers. L’art et la culture vont en sortir très affectés, le monde du livre pareillement. On sait que les métiers de la « chaîne » du livre sont particulièrement interdépendants, et les difficultés vont autant toucher les libraires, les diffuseurs, les distributeurs, les imprimeurs... Et, très directement, les créateurs, auteurs, illustrateurs… Dans le présent article, il s’agit de porter un regard ciblé sur les inquiétudes propres au métier d’éditeur dans un système globalement fragilisé.

À l’initiative de Mobilis, pôle régional du livre et de la lecture dans les Pays de la Loire, les professionnels ont été amenés à répondre à un questionnaire pour mieux analyser la problématique de la filière dans le contexte de la crise. Lancé immédiatement après le début du confinement, il visait à rendre compte de la perte immédiate et d’estimer celles à venir. Parmi l’ensemble des répondants, 36 éditeurs, dont 26 membres du Collectif des éditeurs en Pays de la Loire (Coll.LIBRIS).

Qui dit éditeur indépendant en région, dit extrême diversité des situations et de statut – et de genre, puisque la littérature, l’art, la bande dessinée, la jeunesse, le voyage, l’écologie, le régionalisme sont représentés. L’appréhension des événements ne peut pas être perçue de la même façon par une association (10), une entreprise (22) ou une micro-entreprise (4). Il faudra distinguer alors ce qui relève de la pérennité de la structure et de la pérennité des emplois.

Comprendre aussi que certaines structures sont tenues par des bénévoles, des retraités ou des personnes ayant une autre activité, que d’autres encore sont tenues par des personnes seules non salariées (17), et que peu finalement sont des entreprises avec des salariés. Parmi les répondants, seules 3 structures ont plus de 2 salariés. Ce qui explique des chiffres d’affaires très variables et plutôt modestes : 19 structures ont moins de 50 000 euros de CA annuel, 10 ont entre 50 000 et 100 000 euros, et 7 déclarent un CA annuel de plus de 100 000.
  

Le « zéro vente » résume le moment 


S’il fallait résumer en une formule l’ensemble de la situation, ce serait « zéro vente ». Depuis le début du confinement jusqu’à la fin prévue à ce jour le 11 mai 2020, soit deux mois, aucune vente n’est ou n’a été possible, ou à de très rares exceptions. Or, on sait que la période de mars à juin, 2 dans une année normale, est l’une des plus prolifiques pour des éditeurs de cette taille, au contraire de ceux, plus importants, qui tablent sur les rentrées littéraires de septembre et de janvier.

Quelle que soit la source de ventes - en librairies, en salons, lors de manifestations culturelles diverses, en ligne – quasiment rien ne s’est vendu, ni ne se vendra avant la reprise.

 

Les librairies et lieux de vente du livre indépendants ont fermé, ont respecté de façon solidaire les recommandations et décisions gouvernementales, et c’est de façon très marginale que certains ont pu effectuer quelques livraisons lors du premier mois de confinement. Les distributeurs ont, quant à eux, stoppé tous les offices programmés.

La liste des salons annulés est longue et s’énumère douloureusement : Paris (Livre Paris, L’autre livre, Marché de la poésie), Laval, Montaigu, Rennes, Le Pouliguen… Ainsi que les lectures en bibliothèque, les conférences, les dédicaces, les rencontres, les spectacles... Et, de façon solidaire, la quasi-totalité des éditeurs n’envoie pas par la Poste les livres commandés sur leur site marchand. Ces envois sont certes reportés, mais d’une manière générale, les commandes ont chuté. Bref, nous sommes proches du zéro vente et tous les projets éditoriaux ont été mis en attente.

Quand on fait le compte des événements annulés, certains éditeurs avancent le chiffre de 15 à 20 manifestations le plus souvent annulées, rarement reportées, d’ici la mi-juillet.
  

Les pires craintes


Les éditeurs ne sont pas très optimistes pour l’avenir des livres arrivés en librairie entre fin février et début mars. Avec une stratégie promotionnelle abandonnée par la force des choses, des sorties difficilement reportables, et des placements plus ou moins en nombre sur les tables des libraires, ces ouvrages ont peu de chance de trouver le lectorat espéré, même après les réouvertures annoncées.

Même inquiétude pour les éditeurs qui avaient prévu des réimpressions, parce que la demande était forte : une revue d’animation sur le cinéma, qui a connu un gros succès ces derniers mois, se retrouve du jour au lendemain sans lecteur et sans commandes, en tout cas en trop petit nombre pour justifier la réimpression.

 

Quant aux sorties prévues fin mars et avril, elles sont bloquées, sans savoir si elles vont réellement avoir lieu après le confinement, nous y reviendrons. Pas de ventes donc, blocage de toute la chaîne du livre, et un effet immédiat, les trésoreries se vident très rapidement et il devient difficile voire impossible de payer les fournisseurs et les auteurs.

Pour résumer, citons cette jeune maison d’édition jeunesse créée en 2019 :
 

Nous avions parié sur l’année 2020 pour nous faire connaître, en démarchant massivement les librairies et en participant à une bonne dizaine d’événements dont 5 rien qu’au mois de mars (Bruxelles, Bologne, Montaigu, Rennes, Vivre autrement). Sur ces 5 salons et foires, 3 sont annulés, 1 reporté (mais sans certitude) et 1 a donné lieu à une fréquentation catastrophique. En terme de visibilité, c’est donc épouvantable pour nous. De même pour la librairie, puisque nous avions 3 nouveautés à paraître le 27 mars, dont l’office est reporté à une date indéfinie.  


Certains tentent d’ores et déjà d’évaluer les pertes financières. Même s’il est difficile d’estimer si les ventes non faites vont se reporter sur les mois qui viennent ou s’annuler (dans le modèle actuel des nouveautés qui se succèdent, un livre non vendu à un moment T est un livre perdu), c’est 30 à 50 % du chiffre d’affaires annuel qui va être perdu. Peu se font des illusions. À la question de savoir si la situation met en danger la pérennité de la structure, 12 disent oui à court 3 terme, 11 à moyen terme. Quant à la perte d’emploi définitive, les premiers chiffres énoncés tournent autour de 25, dont 7 pour une seule structure.
  

Des aides certes, mais pas toujours adaptées 


Il est un peu trop tôt pour savoir si les éditeurs ont pu bénéficier des aides proposées par les pouvoirs publics. Pour les structures les plus importantes, l’aide au chômage partiel (une dizaine de salariés concernés) et au report des charges a été demandée et obtenue.

Pour les autres, beaucoup pouvaient espérer prétendre à la subvention défiscalisée du fonds de solidarité (1500 euros), mais le comparatif du chiffre d’affaires mars 2019/mars 2020 avec une perte de 50 % a posé problème. D’une part, mars 2020 ne comprenait que 15 jours de perte sèche, d’autre part, les éditeurs ont reçu encore des paiements au mois mars sur les ventes effectuées au premier trimestre.

C’est bien à 60, voire à 90 jours, que la perte se fera sentir. Beaucoup auraient préféré mesurer la perte sur un CA lissé dans le temps et non sur une période aussi courte. La demande pourra être renouvelée au mois d’avril, peut-être avec un peu plus de succès. D’après les retours reçus, seules 5 structures ont déclaré l’avoir obtenue.

Le Centre national du livre (CNL) a, de son côté, proposé de venir en aide aux structures qui n’ont pas bénéficié des mesures du fonds de solidarité après en avoir fait la demande. Initiative intéressante, mais là encore, les critères sont très restrictifs pour que tous les éditeurs concernés puissent en bénéficier. Une des particularités de l’éditeur indépendant est de diversifier au maximum ses canaux de vente, au contraire de l’édition traditionnelle qui concentre son CA sur les ventes en librairies. Or, un des critères exigés par le CNL est d’effectuer 50% de ses ventes en librairies.

Le statut (rien pour les associations), la réalité de trésorerie et des échéances de paiement, la réalité économique du milieu, font que les aides proposées ne sont pas accessibles à tous. Un effort supplémentaire est unanimement demandé.
  

La librairie au coeur de la relance 


La période de confinement levée, certains secteurs économiques ne dépendront que d’euxmêmes pour redémarrer. Pas les éditeurs. Ces derniers ne revendront de livres que si les libraires rouvrent, si les diffuseurs et distributeurs reprennent leur activité, et si, plus généralement, les manifestations culturelles redémarrent. Et si les lecteurs sont de nouveau présents.

Cette dépendance est fragilisante. Les salons de mai-juin-juillet sont définitivement annulés. Ceux d’août et septembre seront difficilement tenables, ou maintenus au prix de précautions sanitaires lourdes et indispensables. Un espoir à partir d’octobre ? Rien n’est sûr. Attendons. Mêmes incertitudes concernant les animations, lectures, spectacles, rencontres ; il est fort à parier que personne ne se précipitera ou que, si rencontres programmées il y a, elles seront limitées en nombre de présents. Dans un premier temps, ce n’est donc pas sur ça que les éditeurs peuvent compter.

 

Il ne faut pas se cacher la réalité. En cette période difficile de reprise, les éditeurs vont dépendre très fortement des libraires et de leurs réactions. Plus que d’habitude probablement ; et c’est un paradoxe, parce que la concurrence avec les éditeurs plus conséquents va être féroce. Il ne s’agira pas de tuer Goliath, mais David devra montrer qu’il existe, et qu’il a les moyens d’exister.

Quels choix les libraires vont-ils opérer dans une situation économique tout aussi complexe et difficile pour eux ? Une trésorerie en baisse n’aura-t-elle pas pour conséquence de diminuer les achats ? N’y aura-t-il pas une tendance légitime chez eux à privilégier les titres « à fort potentiel », la plupart issus des grandes maisons ?

Comment vont-ils faire face à un encombrement inéluctable, au moins jusqu’à la fin de l’année ? Face à un afflux de livres, dans un monde déjà en surproduction, les retours, pas forcément dès la réouverture puisque les réapprovisionnements ne vont pas être immédiats, mais dans les mois qui viennent, ne vont-ils pas être plus importants, et les fonds existants, notamment ceux des éditeurs indépendants de la région, sacrifiés ?

Le Syndicat de la librairie française (SLF) demande « aux fournisseurs de limiter très fortement leurs prochains offices de nouveautés et de ne les lancer qu'à partir de juin ».

Le Coll.LIBRIS que nous représentons a tissé des liens étroits avec l’Association régionale des librairies indépendantes (Alip). Depuis plusieurs années, les libraires de l’association soutiennent la production locale et ont créé des affinités fortes avec certains éditeurs proches de leurs goûts et valeurs. Nous ne doutons pas que ce soutien se poursuive, mais nous sommes bien conscients que les libraires auront également besoin d’un grand appui pour poursuivre leur travail et véhiculer leurs valeurs.

Dans ce contexte, c’est la stratégie de programmation que les éditeurs vont devoir repenser. Ralentir les sorties dans les mois qui viennent pour mieux l’envisager en 2021. Abandonner l’idée de sortir les titres qui devaient l’être au printemps et cet été. Tous l’évoquent et ne vont pas oser sortir des livres en fin d’année. Il est certain alors que le CA diminuera de 30 à 50 %. Les plus optimistes penseront que c’est un mal pour un bien, il s’agira de mieux se projeter sur l’année prochaine.

Une forte dépendance Makassar, Serendip, Hobo, Pollen, … des distributeurs qui soutiennent l’édition indépendante, mais qui vivent aussi sur une économie tendue. Malgré les aides et le recours au chômage partiel, leur trésorerie résistera-t-elle dans les mois qui viennent après deux mois d’inactivité totale ? Par expérience subie par des collègues, on sait que la disparition d’un distributeur pour un éditeur est une catastrophe dont il a du mal se remettre. De la solidité des distributeurs dépend aussi notre résistance.

Et puis cette question, loin d’être anodine : les lecteurs seront-ils au rendez-vous ? Dans cette reprise économique qui, on le sait tous, sera progressive, la grande inconnue est la capacité des individus à mobiliser leur pouvoir d’achat au sortir de la situation actuelle. Il y aura bien sûr autant de lecteurs, autant de gens qui veulent découvrir, connaître, savoir, s’émouvoir, mais leur premier réflexe sera-t-il de se précipiter en librairie (comme au cinéma, au musée, dans les expositions, au spectacle…) ? Les nouvelles habitudes de consommation du produit culturel, au moins à moyen terme, devront être finement analysées. De cela aussi dépend notre devenir qui pourrait entraîner des ajustements de production.
  

Le Coll.LIBRIS exprime des demandes concrètes 


Le Coll.LIBRIS exprime des demandes concrètes permettant de poser les premières briques d’une filière du livre plus vertueuse. On le voit, nombre d’incertitudes ont de quoi inquiéter le futur de l’édition indépendante. Et en attendant que la situation se décante, que les choses 5 évoluent, que la librairie rouvre, les éditeurs proposent des mesures complémentaires simples à mettre en oeuvre rapidement et qui favoriseraient la diversité des pratiques de la filière.

Au niveau national, outre une politique de relance globale de la culture, il pourrait être réitéré une demande trop longtemps restée en suspens : l’élargissement du tarif Livres et brochures de La Poste à l’étranger sur le territoire français. Cela favoriserait l’envoi de livres, tant par les particuliers que par les acteurs du livre. Des pétitions nombreuses ont déjà circulé sur le sujet, mais qui sont restées lettre morte. Nous pensons que les circonstances sont réunies pour concrétiser cette idée qui serait un grand soulagement pour l’édition et la librairie indépendante. Elle pourrait être relayée par une action commune menée par l’ensemble des associations régionales d’éditeurs et de libraires.

Au niveau régional, les éditeurs souhaitent solliciter l’État (Drac) et la Région pour une aide exceptionnelle et conditionnelle ciblée sur lédition. Certes, il existe les dispositifs déjà mis en place, très appréciés, qui pourront être de nouveau mobilisés. Mais ces derniers ne peuvent l’être que sur des projets spécifiques (création de collection, achat de matériel…) Un appui à la conception et à la fabrication d’un prochain livre serait d’un grand soutien. Afin de manifester leur solidarité avec d’autres acteurs économiques de la filière, les éditeurs du Coll.LIBRIS sollicitant cette aide s’engagent à imprimer l’ouvrage concerné en Pays de la Loire.

Nous souhaitons aussi que les dispositifs d’aides locaux et régionaux puissent évoluer et s’adapter à la nouvelle donne engendrée par la situation.

Autre idée soumise à l’appréciation des institutions régionales, départementales et locales. La meilleure façon d’aider auteurs et éditeurs est d’acheter leurs livres. Dans le cadre de la politique publique d’accès pour le plus grand nombre à la lecture et à la culture, notamment locale, nous proposons de travailler avec les collectivités concernées pour voir comment nos livres peuvent être achetés en nombre et de manière plus systématique pour alimenter les fonds des bibliothèques et des établissements scolaires.

Sur chacune de ces propositions, ou d’autres favorisant le lien entre les différents acteurs et actrices de la filière, le collectif des éditeurs des Pays de la Loire, en lien avec Mobilis et l’Alip, est prêt à discuter. Des aides complémentaires nécessaires pour que les éditeurs en région puissent non seulement mieux aborder les difficiles mois à venir, mais également participer au développement économique et culturel d’une filière régionale du livre et de la lecture exemplaire.

Le maintien de la diversité éditoriale, le développement de la création par un soutien aux auteurs et aux artistes locaux, la préservation d’une singularité régionale sont en jeu.
Nantes, le 20 avril 2020

Pour le Collectif d’éditeurs en Pays de la Loire (Coll.LIBRIS), le conseil d’administration : Thierry Bodin-Hullin (Président), Louise-Anne Petit (Vice-Présidente), Françoise Plessis (Trésorière), Anaïs Goldemberg (Secrétaire), Cyril Armange, Daniel Bry, Bernard Martin, Albert de Pétigny, Sandra Todorovic

 

Atualitté du 29 avril 2020

 

Lettre à Franck Rester, ministre de la Culture

Paris, le 27 avril 2020

 

Monsieur le Ministre,


 

Vous avez annoncé que vous alliez rendre public, dans les jours qui viennent, un ensemble de mesures concernant la filière du livre.

Nous avons de sérieuses raisons de redouter les conséquences de la période que nous traversons sur la vie et l’activité de l’ensemble des acteurs de la chaîne du livre. 

La fermeture des librairies (qui met de nombreux libraires indépendants dans une situation délicate) a aussi un effet immédiat et direct sur nos maisons d’édition. Nous craignons qu’un certain nombre d’éditeurs d’indépendants n’y survivent pas. 

S’ils disparaissent, ce sont des catalogues qui vont disparaître des rayons des librairies. C’est avant tout la capacité de création éditoriale, la diversité et le pluralisme culturel de notre pays qui seront abimés. Dans certains domaines, en particulier ceux qui sont jugés non commerciaux, les petits éditeurs, les éditeurs indépendants qui sont animés avant tout par la passion du livre, jouent un rôle de création essentiel. C’est le cas notamment pour la poésie, la nouvelle, la philosophie, l’essai, la traduction, l’histoire régionale et sociale, le livre jeunesse… 

Parmi les mesures qui nous paraissent indispensables, il y en a une à propos de laquelle nous vous avons écrit dès les premiers jours du confinement et sur laquelle vous nous permettrez de vous relancer.

Les circonstances actuelles rendent en effet urgent la mise en œuvre d’un tarif postal préférentiel pour le livre, à l’image de ce qui existe pour la presse. 

Actuellement les tarifs postaux qui nous sont imposés quand nous envoyons nos livres aux libraires, aux bibliothécaires, aux lecteurs, pèsent très lourd dans l’économie de nos maisons.

Cette revendication qui est aujourd’hui soutenue par plus de vingt associations d’éditeurs, nationales et régionales, n’est pas une revendication catégorielle, voire « corporatiste ». Elle répond à une nécessité pour tous les acteurs de la filière du livre : qu’ils soient auteurs, éditeurs, distributeurs, libraires, bibliothécaires, lecteurs.

Elle a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs pétitions dont celle qu’avait lancée notre association et qui avait recueilli plus de 4 000 signatures.

D’autre pays européens, comme vous le savez, pratiquent une tarification spéciale. 

En France, il existe un tarif postal particulier, dit « livres et brochures » qui n’est appliqué que pour les envois à l’étranger, afin d’aider à la promotion de la culture française à l’étranger. 

Mais aujourd’hui, c’est ici même et maintenant qu’il faut soutenir la diffusion de la culture. 

Nous pensons donc qu’il faudrait sans tarder généraliser ce tarif aux envois de livres en France et dans les TOM-DOM. 

Il n’est pas dit qu’un tel tarif entraîne un manque à gagner pour la Poste, car il pourrait favoriser en retour une plus grande circulation postale des livres.

Ne pas donner droit à cette revendication serait par contre favoriser les géants du commerce en ligne qui risquent fort de profiter de la crise actuelle, au détriment des autres acteurs de la filière.

Vous remerciant par avance de l’attention que vous porterez à notre demande, nous sommes à votre disposition pour toute concertation et vous prions de croire en l’assurance de notre considération.


 

Francis Combes

président de l’Association l’Autre livre*

 

* L’Autre livre réunit actuellement 175 éditeurs indépendants.

 

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