l'autre LIVRE

Virginie SYMANIEC

Les Enfants d'Alendrier

Les Enfants d'Alendrier

de Alhierd BACHAREVIC

200 000 signes (VER À SOIE (LE)) | Paru le 11/10/2018 | 18,00 €

Premier roman traduit du biélorussien en français, Les Enfants d'Alendrier pourrait ne narrer que l'histoire de deux enfants en fuite, après que leur père les a libérés d'un camp de redressement où on les avait enfermés pour les "soigner" de leur "drôle" d'accent impropre au sein de La Grande Langue littéraire. Mais Les Enfants d'Alendrier sont aussi l'histoire d'une fuite en avant dans la question de la langue en Biélorussie, où le lecteur devra, comme dans un conte, affronter Baba Iaga - ou bien serait-ce la sorcière d'Hansel et Gretel ? -, et nombre d'adultes prêts, comme elle, à les croquer tout cru ; mais aussi apprendre à évoluer, comme les Biélorussiens, entre les langues, ici présentées dans tous leurs états :

"À cette époque déjà, ce docteur en devenir se passionnait pour la biologie. C’était sa matière préférée. Même si son institutrice ne lui plaisait pas trop, il suivait ses cours complémentaires. L’institutrice en savait peu. Il en voulait plus. L’institutrice ne parlait pas non plus correctement. Il brûlait toujours d’envie de la corriger. Mais une ou deux choses de sa vie dépendaient directement d’elle. Il regardait sa bouche, son dentier et voulait savoir ce qu’il y avait derrière. Les professeurs, ce sont ceux qui ont le droit de prononcer des sons et de dire des mots sans que personne ne puisse les interrompre. Il aimait écouter l’instructeur militaire, celui-là n’était pas d’ici, il parlait proprement et distinctement, comme on frappe sur un tambour – mais la vie dans la petite ville avait commencé à le corrompre. Il faisait de plus en plus souvent des fautes de prononciation en parlant comme les vieilles du marché. Il ressentait physiquement de la douleur, comme si on lui avait luxé un bras ou brûlé un dessin sur la peau à l’aide d’une loupe – c’était un de leurs jeux à l’école. Mais d’où venait le son ? Comment naissait-il ? Quels obstacles devait-il franchir pour être entendu, prononcé ? Des lèvres de l’institutrice sortait La Langue. Et le docteur avait très envie de la recevoir comme elle le méritait".

La Construction idéologique slave orientale : Langues, races et nations dans la Russie du XIXème siècle

La Construction idéologique slave orientale : Langues, races et nations dans la Russie du XIXème siècle

de Virginie SYMANIEC

Sociétés et cultures post-soviétiques en mouvement (PÉTRA) | Paru le 01/01/2012 | 36,00 €

Virginie Symaniec est docteure de l'Institut d'Études théâtrales de Paris III et habilitée à diriger des recherches en sciences Sociales de Paris. Elle est l'auteure de nombreuses contributions sur les relations entre culture et politique en Russie, en Biélorussie et dans les républiques du Caucase.

CET OUVRAGE A BÉNÉFICIÉ D'UNE AIDE À L'ÉCRITURE ATTRIBUÉE PAR LE CENTRE NATIONAL DU LIVRE


RÉSUMÉ
Comment a-t-on patiemment élaboré les principales entités modernes qui fondent aujourd'hui les trois piliers de la slavicité orientale (Russie, Biélorussie, Ukraine)? Comment a-t-on fini par légitimer l'existence de frontières entre elles dans ce qui, pour le XVIIIe siècle, appartenait aussi au vaste domaine de la langue ruthène? Dans ce livre qui décrit pas à pas et de façon minutieuse la manière dont, tout au long du XIXe siècle, la notion de langue a été instrumentalisée au miroir des thèses de l'école de raciologie européenne pour créer, puis pour élargir, la notion de "race russe", Virginie Symaniec montre ce qui a motivé l'invention de la Biélorussie. Regardera-t-on l'image de ce pays de la même manière après avoir lu ce livre, qui nous révèle que, loin d'être une terra incognita ou un pays méconnu, sa création à cet endroit de l'espace mer Baltique-mer Noire a été, au contraire, l'enjeu de réelles stratégies de conquête, elles-mêmes sources d'âpres débats entre savants des grandes puissances? C'est ainsi une véritable plongée dans l'histoire européenne des idées que nous propose La Construction idéologique slave orientale, où l'on percevra l'importance du bagage de luttes, de conflits, de ressentiments, voire de haines que quelques mots peuvent charrier lorsqu'ils sont invoqués dans le déni quasi total de leur histoire.

Une moisson en hiver

Une moisson en hiver

de COLLECTIF

L'ESPACE D'UN INSTANT (L'ESPACE D'UN INSTANT) | Paru le 01/06/2011 | 19,00 €

Que sait-on des écritures dramatiques contemporaines de Biélorussie ou des questionnements qui traversent les oeuvres des jeunes auteurs biélorussianophones et russophones de ce pays ? Dans ce panorama, inédit en son genre, où neuf auteurs nous parlent de la société biélorussienne post-soviétique qu’ils voudraient voir entrer en scène, c’en est fini des jeunes filles courant au ralenti dans les champs de blé vers l’avenir radieux, coiffées d’une couronne de fleurs dans leurs habits blancs brodés de rouge. Point de paysans assujettis ne rêvant jamais d’émancipation sociale ou de héros positifs se sacrifiant pour la collectivité au son de L’Internationale. Finies aussi la langue policée ou les images d’Épinal sur les vertus des sociétés « propres » et bien ordonnées. Désormais, le sexe existe, l’absurdité des rapports sociaux suscite un rire salvateur, le harcèlement moral est enfin dénoncé, les violences physiques sont transcendées en ballets classiques, la jeunesse urbanisée entretient un rapport délirant avec la cueillette des pommes, les personnages en costumes expriment leur malaise devant les plats de champignons qu’on leur sert et c’est à se demander si les moissons ne vont pas finir par se pratiquer en hiver. Dans l’attente, le jeune théâtre biélorussien post-soviétique semble s’être enfin emparé du réel, montrant que ses auteurs ne se posent pas tant des problèmes d’identité que d’humanité.

Textes de Timofeï Ilievski, Viktar Jyboul, Andreï Kareline, Andreï Koureïtchik, Pavel Priajko, Pavel Rassolko, Nikolaï Roudkovski, Dmitri Strotsev et A.Tchas.

La Montagne des langues

La Montagne des langues

de COLLECTIF

L'ESPACE D'UN INSTANT (L'ESPACE D'UN INSTANT) | Paru le 01/06/2009 | 19,00 €

Le Caucase. Djebel el’issani, la « montagne des langues », comme l’ont surnommée les Arabes. Une montagne de mythes et de légendes : Prométhée, la Toison d’or, les Amazones… Un formidable conservatoire de langues et de cultures, perché sur le toit de l’Europe. Une montagne sur laquelle les empires s’affrontent et s’effondrent : perse, tsariste, ottoman, soviétique… Une montagne de terreur et de tragédies : le génocide contre les Arméniens, les prises d’otages de la Doubrovka et de Beslan, l’assassinat d’Anna Politkovskaïa… Cette anthologie, inédite en son genre, vous emmènera pour une traversée le long de ses multiples versants, entre barils de poudre et barils de pétrole, à la découverte des théâtres arménien, azéri, géorgien, mais aussi abkhaze, balkar, ossète, tchétchène… de leurs origines à nos jours. Vous y croiserez des guerrières héroïques, des trafiquants de queues de loup, un certain nombre de représentants du Parti, un botaniste parisien, un dératiseur lesghine, des épouses infidèles, quelques popes, mollahs et soldats ivres, des vaches candidates à l’immigration et, bien sûr, les caravanes de passage.

Ouvrage conçu et réalisé à l’initiative de la Maison d’Europe et d’Orient, aux éditions l’Espace d’un instant, en coédition avec Non Lieu, avec le concours du Centre national du Livre, et à l'occasion du 32ème festival de cinéma de Douarnenez (2008).