l'autre LIVRE

Izabella BORGES

La femme qui a tué les poissons et autres contes

La femme qui a tué les poissons et autres contes

de Clarice LISPECTOR

Hors Collection (LES ÉDITIONS DES FEMMES - ANTOINETTE FOUQUE) | Paru le 02/12/2021 | 15,00 €

Traduit du portugais (Brésil) par Izabella Borges, Jacques et Teresa Thiériot
Illustré par Julia Chausson

Rappelant les légendes traditionnelles et les contes initiatiques, Clarice Lispector mêle le monde de l’enfance aux destins d’animaux. Ces derniers se voient pris dans un tourbillon d’évènements aussi anodins que mystérieux, inspirés de la vie quotidienne. Ainsi, le titre éponyme de ce recueil revient sur la mort de deux poissons rouges que son fils Paulo lui avait demandé de garder en son absence. Dans Comme si c’était vrai, on croise le chien Ulysse au regard humain, fidèle compagnon de Clarice Lispector, qu’elle ne remplaça jamais après sa mort. C’est avec un mélange exquis d’humour et de simplicité, de douce ironie et d’amour maternel, que C. Lispector déploie l’appréhension sensible et émotionnelle du monde, la recherche du sens ou le renoncement à le trouver. La maternité et l’enfance sont au centre de son œuvre : chez cette autrice incomparable, nulle opposition entre son rôle de mère et son travail d’écrivain. En témoigne son fils cadet, Paulo Gurgel Valente, qui se souvient de sa mère « avec une machine à écrire sur les genoux, tapant avec application au milieu de la pièce principale de la maison, au milieu des bruits des enfants […] ».

Après avoir publié en 2004 La vie intime de Laura suivi du Mystère du lapin pensant, les éditions des femmes-Antoinette Fouque présentent une nouvelle édition de ces deux contes, réunis en un volume auquel viennent s’ajouter deux titres : une nouvelle traduction de La femme qui a tué les poissons (Ramsay, 1990 et Seuil, 1997) et un conte inédit en français et publié pour la première fois, Comme si c’était vrai. Ce recueil est illustré par l’artiste graveuse Julia Chausson.

« Parce qu’au début et au milieu je vais vous raconter des histoires sur les animaux que j’ai eus, pour vous montrer que je ne pourrais pas avoir tué les poissons autrement que sans le faire exprès. J’ai bon espoir qu’à la fin de ce livre vous me connaissiez mieux et que vous m’accordiez le pardon que je demande pour la mort de deux tyrougets” – c’est comme ça qu’on les appelait à la maison, tyrougets” ». C.L

Ses yeux d’eau

Ses yeux d’eau

de Conceiçao EVARISTO

Hors Collection (LES ÉDITIONS DES FEMMES - ANTOINETTE FOUQUE) | Paru le 19/03/2020 | 15,00 €

Traduit du portugais (Brésil) par Izabella Borges
Préface d’Izabella Borges

Ses yeux d’eau, recueil de 15 nouvelles dont la première – hommage de l’autrice à sa mère – donne son titre au livre, raconte les destins de femmes, d’enfants et d’hommes des favelas, tous d’origine afro-brésilienne, qui affrontent courageusement la misère, la violence ou le vide de leur quotidien dans un désir vital de s’en sortir sans toutefois toujours y parvenir.

«Parfois, en fin d’après-midi, avant que la nuit ne devienne maîtresse du temps, elle s’asseyait sur le seuil de la porte et, ensemble, nous contemplions la danse des nuages dans le ciel. Les uns se transformaient en moutons ; les autres, en chiots ; d’autres encore, en géants endormis. Il y en avait qui restaient des nuages ou des barbes-à-papa. Ma mère étirait alors son bras jusqu’au ciel, capturait ce nuage, le coupait en tout petits morceaux et les mettait rapidement dans nos bouches. Il fallait faire vite avant que le nuage ne se dissolve et que nos rêves ne se dispersent avec lui. Mais de quelle couleur étaient les yeux de ma mère ? » C. E.

Transgression et généalogie. Le dialogue entre les arts dans la poétique de Sérgio Sant'Anna

Transgression et généalogie. Le dialogue entre les arts dans la poétique de Sérgio Sant'Anna

de Izabella BORGES

Littérature comparée / Histoire et critique (PÉTRA) | 23,00 €

Si l’œuvre foisonnante de l’écrivain brésilien Sérgio Sant’Anna (1941) met systématiquement en relation les arts plastiques, dramaturgiques et littéraires, Transgression et généalogie fait de ce dialogue le principe fondateur et singulier de sa poétique. Un dialogue où l’histoire de l’art trouve sa place, tout comme la tension entre création et critique.

C’est ainsi toute une tradition littéraire, dramaturgique et iconographique qui est ici exhumée, soigneusement ensevelie par l’auteur dans les méandres de sa fiction. D’Ovide à Nelson Rodrigues, de Vélasquez à Marcel Duchamp, en passant longuement par Marcel Proust, l’essai revisite quelques-uns de ces dialogues délibérément anachroniques et nous guide vers une question qui taraude depuis toujours artistes et critiques, qu’ils soient classiques ou d’avant-garde : comment faire l’art de son temps ?

L’exploration multidisciplinaire de la complexe écriture de Sérgio Sant’Anna, prend dès lors des tonalités mystérieuses, à l’instar de ses fictions. L’analyse textuelle et iconographique se fait enquête artistique et procès critique. Faudra-t-il acquitter a priori art et artistes, par manque de preuves ? Il revient au lecteur de Transgression et généalogie de donner son verdict.