l'autre LIVRE

Hélène DASSAVRAY

Le dimanche je m'appelle Olivier

Le dimanche je m'appelle Olivier

de Hélène DASSAVRAY

A CHARGE (A PLUS D'UN TITRE) | Paru le 17/03/2011 | 14,50 €

 

Extrait... 

Rentrée à la maison, sans prendre la peine d'allumer, je traverse l'entrée, la cuisine, le salon, monte une volée de marches, frappe discrètement à la porte d'une chambre, l'ouvre en douceur si le silence me répond. J'écoute une respiration et referme sans bruit. Un dernier escalier et j'enlève enfin mes chaussures. J'apprécie cette tradition provençale d'une pièce à chaque étage, des escaliers qui n'en finissent pas et musclent les fesses. Juste un peu dur quand je rentre du boulot.

J'ai mes habitudes, me laisser choir, rouler une cigarette, verser une tasse du thé toujours prêt dans le Thermos et jouer le disque du moment : Morcheeba, Dive Deep, avec ce morceau que j'adore Enjoy the Ride. Album programmé en boucle.

Je goûte l'instant, la perspective de pouvoir dormir demain matin, donc encore quelques heures devant moi et de toute façon pas sommeil. Les heures heureuses. Celles où je fais ce que je veux : passer l'aspirateur si ça me chante, manger une tablette de chocolat, repeindre les murs – c'est déjà arrivé, un soir, comme ça, en rentrant du bar – ou jouer au portrait-robot du prochain homme qui partagera ma vie. Pleurer aussi. Parfois c'est nécessaire. 

Je me sens bien dans mon nid, j'en ai choisi les couleurs, connais l'histoire de chaque objet. Personne d'autre n'y a mis son grain de sel. Je ne reviendrai pas en arrière sur ce plan-là : ce besoin d'un espace qu'on ne partage pas. Entre deux histoires, on établit la liste des pièges dans lesquels on ne tombera plus, mais elle est écrite sur une ardoise magique, un regard de velours suffit à l'effacer. 

Réfugiée dans la familiarité de la nuit, je me retrouve. Pas d'interférence, loin des intoxications et manipula-tions qui sont notre quotidien, ne jouer aucun rôle, n'avoir d'autre fonction qu'être soi. 

J'enfile un vieux pyjama, une robe de chambre, troués, décolorés. Je mets à niveau le thermos de thé, prépare une autre cigarette avec nos délicieuses herbes de Provence, choisis quelques CD et, à moins qu'un livre en cours me passionne, m'assieds au bureau pour dessiner.

Je m'arrête quand la douleur enflamme mes épaules, quand les lignes commencent à flotter, que je ne sais plus très bien où accoster. Je cueille dans le dessin des sensations qui n'existent pas ailleurs - mon seul but. Je ne dessine pour personne d'autre que moi. Ainsi je me maintiens debout, ne succombe pas à la folie de ce monde, je ne finirai pas enfermée ou dans la lutte armée – ce qui revient au même. 

 Chacun a ses raisons de se lever le matin. Il en faut au moins une pour quitter la douillette trêve du lit et arpenter le monde hostile, les dents brossées. 

Pour moi c'est le désir d'une cigarette. 

Quant à savoir ce que je fais dans la vie… Il m'arrive de répondre que je suis infirmière de l'âme, me déclare barmaid quand la question est officielle et dans l'espace de mes nuits je dessine des jardins secrets.

 Chacun a sa façon de se lever le matin. 

Parfois elle change.

Qu'on le veuille ou non. 

Comment savoir à quel moment précis commence une histoire ?

Pour la nôtre, disons ce fameux vendredi de décembre…

 
Les ruines de la future maison

Les ruines de la future maison

de Hélène DASSAVRAY

A CHARGE (A PLUS D'UN TITRE) | Paru le 15/05/2008 | 12,50 €

 

“ Auprès d’un cerisier au tronc bleu, une femme a élu domicile dans une cabane, entourée de ses enfants et de leurs pères ; parce que les gens qui entrent dans mon cœur n’en ressortent jamais. Une vie sur pilotis qui grandit plus sûrement que la construction de cette maison qu’elle espère. Cette chimère que les enfants surnomment les ruines de la future maison, c’est aussi le défi d’une mère, d’une amante, plus déterminée à sauvegarder l’Amour, à veiller à ce qu’il se ramifie à ciel ouvert, qu’à l’ensevelir dans une existence conformiste. Dans ce récit drôle et tendre, on apprend ce qu’est la quête de chaque jour pour manger, boire, réclamer le R.M.I ou des aides à la Caisse d’allocations familiales, chercher entre les planches disjointes du plancher la monnaie qui manque pour le pain… Précarité, pauvreté, misère ne sont que des mots pour travailleurs sociaux. Rien de cela ne flotte sur la corde à linge autour de la future maison. C’est l’art de la débrouille qui prime et permet à la narratrice d’offrir aux siens une flambée d’amour quotidienne car elle semble plus apte à célébrer la vie sous toutes ses formes qu’à la domestiquer. On maraude aussi dans ce campement de fortune, des bonheurs à portée de mains, les nuits d’amour dans la caravane, le vin de l’amitié, les mots d’enfant. Les saisons et les fêtes se suivent au rythme des surprises de la nature… et des visiteurs au grand cœur qui approvisionnent le frigidaire et nourrissent les rêves des enfants autour de la grande tablée. Une belle liberté revendiquée et honorée par une femme qui n’est pas près de vieillir. “

                                                          Paola Pigani