l'autre LIVRE

Giorgio MANGANELLI

Salons

Salons

de Giorgio MANGANELLI

Essais sur l'art (ATELIER CONTEMPORAIN (L')) | Paru le 09/03/2018 | 20,00 €

À côté de sa prodigieuse fiction, Giorgio Manganelli a poursuivi avec assiduité une œuvre d’essayiste et de critique. Publié pour la première fois en Italie en 1987, « Salons » regroupe un choix de sa réflexion dans le domaine des Beaux-Arts, réalisé de son vivant par son auteur lui-même. L’ouvrage offre un choix de thèmes et d’artistes et de genres extrêmement variés : Edvard Munch, René Lalique, Honoré Daumier, Benedictus, Cecil Beaton, etc. À côté des grands artistes, il accorde une place importante aux arts dits « mineurs » : tabatières, peintures sur éventails, verreries, tissus, photographie, etc. De sorte que l’ensemble frappe par la variété de ses thèmes et la qualité proprement encyclopédique de son information. L’acuité du regard de Manganelli étonne : il n’imite jamais personne, ses analyses sont toujours fortement originales, dérogent à l’historicisme.

Hilarotragoedia

Hilarotragoedia

de Giorgio MANGANELLI

ZONES SENSIBLES (ZONES SENSIBLES) | Paru le 20/10/2017 | 15,00 €

«Le petit livre que l’on présente ici est, à proprement parler, un mini-traité, un menu manuel théorico-pratique?; et, en tant que tel, il aurait bien pu prendre place à côté d’un Dictionnaire abrégé du caviste de Bourgogne, et d’un Manuel de floriculture?: de textes, en somme, nés d’une longue et affectueuse fréquentation de la matière en question, compilés avec une diligente pietas par des érudits de province, de sociables misanthropes, tendrement fanatiques et abstraits?; et secrètement dédiés aux âmes fraternelles, en l’occurrence aux captieux dégustateurs, aux visionnaires botaniques ou, comme dans le cas qui nous occupe, aux rares mais constants adeptes de la lévitation descensionnelle. L’auteur, humble pédagogue, aspire à la gloire didactique d’avoir, sinon comblé, du moins signalé une lacune de la récente manualistique pratique?; car il lui semble extravagant que, parmi tant de complets et savoureux do it yourself, on ait négligé précisément celui-là, qui concerne sa propre mort, entendue de diverses façons. Ainsi qu’il est d’usage, et non sans hésitante componction, signalons ici quelques modestes vertus de ce petit ouvrage, qui le différencient peut-être d’autres traités semblables, dont certains plus solennels?: la définition de concepts que l’on donne trop souvent pour connus, comme ceux de balistique interne et externe, d’angoistique, d’hadèsdirigé?; le fait d’avoir proposé une nouvelle, et, à notre avis, pratique et maniable classification des angoisses ; enrichie, qui plus est, d’un Supplément sur les adieux, qui nous semble ne pas être la moindre des nouveautés de ce modeste opuscule?; l’inclusion du discours des cerfs et des amibes, qui vient souligner le caractère plus que simplement humaniste de l’approche adoptée?; et, surtout, le fait d’avoir réuni et présenté quelques diligentes et non négligeables documentations, non sans ébauche de commentaire, lesquelles permettront de vérifier les énoncés de la partie théorétique?; attendu que le livre se divise précisément en deux parties, que nous pourrions dénommer Morphologie et Exercices. Et si d’aucuns jugent ces documents arides et franchement notariaux, qu’ils n’oublient pas que leur prix est à rechercher dans leur minutieuse, acharnée fidélité au vrai?; et, par conséquent, ils sont proposés ici comme exemples de ce réalisme, moralement et socialement significatif, dont le compilateur entend être l’obséquieux zélateur.»

Hilarotragœdia, premier opus de Giorgio Manganelli publié en Italie il y a plus d’un demi-siècle, est enfin disponible en français, après de multiples tentatives de la part de plusieurs éditeurs. Inspiré d’un genre littéraire de l’antiquité tardive, l’hilaro-tragédie, où les personnages et les mythes de la tragédie étaient traités sur le mode comique, Hilarotragœdia est un livre inclassable et défie toute mimésis en hybridant essai et récit dans des segments laissés en suspens, présentant à chaque fois, à la manière d’Euclide ou de Spinoza, un postulat de départ, des gloses, des notes et des fragments narratifs. Ce sont les aventures du style et des Weltanschaungen qui nous sont proposées en lieu et place de celles des personnages du roman traditionnel, dont Manganelli refuse, à l’instar des autres néo-avant-gardistes du « Groupe 63 », qu’il fréquentait avec Umberto Eco et d’autres, les codifications canoniques. C’est ainsi que des âges stylistiques hétérogènes – du roman baroque du XVIIe siècle au symbolisme du subconscient junghien – s’allient dans un texte échevelé, ébouriffé et ébouriffant, qui se propose de gloser et d’analyser la « nature descensionnelle » de l’homme et qui constitue, selon Italo Calvino, un « théâtre doté d’une coupole zodiacale en guise de planétaire – à ceci près que cette coupole est retournée de bas en haut –, théâtre dédié aux virtuosités d’un seul et unique premier rôle : le langage ». Il y est question de mort, de gravité, d’angoisses et d’adieux, des différents synonymes ou équivalents du verbe « descendre », des métamorphoses des « les dirigés-vers-les-enfers » que sont les êtres humains, de la géographie même de l’Enfer, ainsi que d’innombrables tableaux et digressions ayant trait à ces questions, dont le cruel compte rendu d’une visite de la vieille mère du personnage-narrateur