l'autre LIVRE

Anne MONTEIL-BAUER

Ecchymose

Ecchymose

de Anne MONTEIL-BAUER

hors collection (A PLUS D'UN TITRE) | Paru le 15/03/2010 | 16,00 €

 

Cette réédition du roman d’Anne Monteil-Bauer, nous a paru nécessaire, presque vitale. Car dans une époque si sûre que l’évolution de sa civilisation implique forcément son humanisation, ce texte nous interroge sur cette part d’ombre terrifiante qui mutile les corps et les esprits, sur l’emprise et la possession de l’autre, sur l’éclatement d’une violence qui dénie l’amour jusqu’à le vider de son sens. Ce livre n’est pas un récit cru, la médiation des personnages, la construction narrative entremêlant trois récits, crée un espace où l’expérience devient à la fois témoignage et poétique de la douleur. Jeanne, une femme blessée se livre à une étrangère - Laura, écrivain publique, elle-même en pleine crise existentielle et amoureuse - pour quelle écrive ce qu’elle a si longtemps retenu dans un mutisme coupable. Une parole devient possible. L’écoute pudique de l’écrivain, qui à la fois questionne et retranscrit, permet une résonnance dans laquelle la compassion joue les notes de la douceur et propose une réconciliation avec l’autre. Relations homme/femme, mais aussi amitiés et solidarités féminines, Ecchymose arpente les terres sur lesquelles germent les histoires de nos vies, nous invitant à les travailler et à les retourner. Mais Ecchymose, c’est aussi l’histoire de la genèse d’une fiction, du passage du réel à la littérature. Une proposition littéraire, un désir d’échapper à l’autofiction et de renouer avec le roman, à réinventer toujours…

 
Alfred Dreyfus, un homme court dans la nuit

Alfred Dreyfus, un homme court dans la nuit

de Anne MONTEIL-BAUER

hors collection (A PLUS D'UN TITRE) | Paru le 05/01/2009 | 11,00 €

 

 

Une traversée poétique inspirée du journal tenu par Alfred Dreyfus durant les cinq années de sa déportation sur l’île du Diable en Guyane.

  « Car enfin, il n’y avait pas seulement le procès Dreyfus. L’erreur judiciaire avait un corps. Là-bas, à des milliers de kilomètres, un innocent torturé succombait sous une accumulation presque inouïe de souffrances. Il fallait délivrer ce malheureux en même temps que la vérité. La vérité aurait pu attendre, à la rigueur, pas l’homme  ».

                                                                                   Léon Blum

  C’est qu’Alfred Dreyfus n’est pas seulement gênant parce que spectaculairement incorrect, il l’est aussi parce qu’il refuse de se poser en victime de la haine antisémite, jamais il n’entrera dans le discours des antisémites, il se bornera inlassablement aux faits qui lui sont reprochés, on l’accuse de trahison, il n’a pas trahi, point. On aurait voulu qu’il pleure, il se tient droit et raisonne. C’est un être profondément rationnel, profondément laïque, ses valeurs sont celles de la justice et de la démocratie, c’est à elles qu’il s’accroche. La laïcité ne nous dit-elle pas que si nous avons des convictions religieuses, celles-ci sont du domaine du privé, de l’intime ? La démocratie ne se porte-t-elle pas garante d’une justice appliquée équitablement à tous ? 

 

Extrait...

Monsieur le Président de la République,

 

Accusé, puis condamné sur une preuve d'écriture...

 

Monsieur le Président de la République,

Je ne viens solliciter ni grâces, ni faveurs, ni convictions morales ;

Je demande, je supplie qu'on fasse la lumière pleine, entière sur cette

machination.

Je vous demande justice !

 

Monsieur le Président de la République,

Je ne parle pas des souffrances physiques, elles ne sont rien ; les peines

du coeur sont tout.

 

Il est pris d'un vaste fou rire.

Comme dans les glaces des fêtes foraines, une image démultipliée de lui-même, des lettres tendues dans les main, s'échappe à l'infini sous son regard.

Tout son corps est chahuté par un hoquet nerveux, entre la fièvre et les larmes, il se lève, il plie la lettre, il sourit, fractions bleu ciel gagnées sur l'enfer, ses yeux sont brûlants, droits, perdus dans le

lointain ; il tend l'enveloppe à ses gardiens.

On a enfin prévenu ma famille que les lettres devaient passer par la voie du ministère!

Toujours rien, le coupable n'est pas découvert.

Mais je ne lâcherai pas pied !

Il pleut, les pluies torrentielles de Guyane que la chaleur dessèche mais qui pourtant transpercent.