l'autre LIVRE

Sexus nullus, ou l'égalité

de Thierry HOQUET

«De la maternelle au baccalauréat, l’école est mixte, les enfants sont élevés ensemble, sur des programmes communs, avec des examens communs. Il est révolu le temps où, pour obtenir le certificat d’études, les filles devaient subir une épreuve de couture et les garçons de travaux manuels. À la majorité, qui est la même pour tout le monde, il n’y a plus en France de service militaire. Tous les citoyens de plus de dix-huit ans ont le droit de vote et paient leurs impôts de la même manière. L’instauration, en 2013, du mariage pour toustes a supprimé le dernier bastion où la différence des sexes pouvait faire sens: aujourd’hui, nos concitoyens et concitoyennes se marient avec la personne de leur choix, à l’exception de leurs consanguins. Ainsi, dans de multiples composantes de la vie publique la République se passe très bien de connaître le sexe des individus. Pourtant, on le fait toujours figurer à l’état civil. Au nom de quoi?»

 

Lancée lors d’une morne campagne présidentielle, l’idée fit son chemin. Et si cet hurluberlu d’Ulysse Riveneuve avait raison? Si le grand problème de l’égalité femme-homme tenait à un si petit détail? À la fixation sur une identité sexuée au demeurant accessoire et sans pertinence pour les actes de la vie civile…

Les médias avaient besoin de nouveau grain à moudre, ils se jetèrent sur la proposition. Et c’est ainsi que les dirigeants politiques et les médecins, juristes, féministes, virilistes, philosophes et psychanalystes, religieux de tous bords et anonymes de tous poils s’engagèrent passionnément dans le débat, et que le vieux pays, arraché à sa morosité, ouvrit au monde la voie de l’égalité universelle.

 

Philosophe, spécialiste de la  philosophie des sciences naturelles et des Lumières, Thierry Hoquet est professeur à l’Université Lyon 3. Dernier ouvrage paru: Cyborg philosophie. Penser les dualismes.

Sommaire

Où l'on découvre, non sans étonnement, que «sexe» rime avec «pouvoir», 8. — Où sont les Gauloises? 11. — Où l'on évoque le plafond de verre, 13. —  Qui est donc Ulysse Riveneuve? 16. — 13 juin. Premier discours du candidat Riveneuve, 20. — Revue de presse du 14 juin, 24. — Ce qui se passa rue de Solférino, 25. — En route vers Villepinte, 29. — Quid du trans? 34. Où Riveneuve convainc sa maman, 36. — 13 juillet. Manifeste unisexe, 39. — Comment l'idée de Riveneuve troubla les lectrices des magazines, 41. — Comment les athées s'emparèrent de l'idée de Riveneuve, 47. — Comment les médecins basculèrent, 50. — Comment les notaires con­­­­clu­rent que l’effacement du sexe ne change rien à l’ordre civil, 57.  — Comment le mariage pour toustes a changé la France, 59. — 31 juillet. Où un pâté de caillettes fait déraper Riveneuve, 61. — Où, s’interrogeant sur ce que dit le droit, on juge utile de revenir à l’étymologie du mot testicule, 66. — La disparition des abeilles, 70. — Victoire aux échecs, 73. — «Il y a du sexe». Tribune parue dans le quotidien Le Monde le 25 août, 77. — Un goûter d'anniversaire, 78. — Où Riveneuve invente le paradoxe des toilettes et triomphe aux States, 82. — «Pour un monde Barbapapa». Manifeste pluraliste, 90. — 24 octobre. Quand trois petits singes chahutent Riveneuve, 93. — Les sciences humaines contre l'angélisme ? 97. — Où Riveneuve, visitant les prisons, se prend pour le nouveau Tistou, 104. — 19 décembre. Où, commençant à être crédible, Riveneuve devient une cible, 109. — Comment Riveneuve fit croisade sur les terres des trois monothéismes, 114. — 8 janvier. Le mouvement riveneuviste envahit les rues, 120. — Ce que drainent les mots, 125. — Liste des couleurs proscrites ou admises. Établie par décret en l’an 1 du règne d’Épicène Riveneuve, 131. — Génération Riveneuve, 132. — 8 Mars. Où des femmes riveneuvistes sortent du bois, 137. — 20 mars. Où Riveneuve passe au crible des journalistes politiques, 141. — Où Riveneuve revient sur son côté obscur, 149. — Comment fleurirent des utopies ultra-­riveneuvistes, 151. — Où l’on se demande comment on s’insultera dans le monde de demain, 153. — Quand le grand capital se met à imaginer des niches, 154. — Comment les parents devinrent riveneuvistes, 156. — Dernier discours de Riveneuve avant le premier tour de l’élection, 158. — 11 avril. Un micro-trottoir devant une maternité à Paris, 162. — 23 avril. Riveneuve au second tour, 164. — Comment la crise des partis politiques amplifia le succès de Riveneuve, 166. — 8 mai. Riveneuve président, 171. — Remerciements, 172.

 

Bonus

13 juillet. «Manifeste unisexe»


Quelque chose m’intrigue: pourquoi les personnes entichées de religion sont-elles les plus attachées à LA différence entre les femmes et les hommes? La première préoccupation des religions est apparemment que chacun occupe sa juste place sexuelle. Je les croyais attachées au salut de l’âme. L’âme aurait elle un sexe? On pourrait le croire, au vu des manifestations anti-mariage pour toustes de 2013, des crispations autour du voile, dans les années 1990, développées en anathèmes contre le voile intégral, le niqab et le foulard. Et tous ces garçons qui prétendent protéger la pudeur de leurs «sœurs». Tous ces queutards qui exigent la virginité de leur épouse quand la leur est perdue depuis longtemps. Tous ces conservateurs qui prétendent enrégimenter les manières de vivre au motif qu’eux seuls sauraient ce qui est bien.
Platon disait que les individus qui se seraient mal tenus pendant leur vie se réincarneraient en porcs. Les individus qu’on voit aujourd’hui vivre dans un corps de femme, quel crime ont-ils commis dans une vie antérieure qu’il leur faudrait expier par un redoublement de sainteté et de souffrance dans leur vie actuelle ici bas?
La société matérialiste ne me paraît pas moins obsédée par le sexe des individus. Les sexes sont marqués par les modes, le maquillage, le string, le rouge à lèvres, la pornographie. Non, personne ne nie la différence des sexes, les matérialistes pas plus que les religieux. Si bien que les féministes ont toujours dû se battre contre les pouvoirs patriarcaux, de quelque bord qu’ils soient. Le conservatisme est de tous les partis et de toutes les confessions. Une inquiétude monte: dès lors qu’on ne marquera plus les sexes, l’uniformisation règnera, redoute-t-on. En réalité, l’effacement des sexes de l’état civil fera surgir mille différences. Mille et mille différences qui ne seront plus rabattues sur une dualité qui, si elle a bien une signification biologique (la reproduction), n’autorise pas à classifier les individus humains.
L’humanité est une espèce antiphysique. Biologique dans son origine, mais culturelle dans sa vie, son histoire, ses modes d’organisation. Il n’y a pas d’humains nus. Il y a des phénomènes biologiques que l’on peut et doit comprendre. Nul ne doute qu’il faille deux gamètes, un ovule et un spermatozoïde, pour faire un enfant. Mais ces connaissances biologiques nous sont indifférentes dès lors qu’il s’agit de régler nos usages.
Pourquoi, quand il s’agit du sexe, veut-on s’en remettre à la nature? Dans la nature, il n’y a ni tribunaux, ni musées, ni palais, ni prisons, et cela n’empêche pas les humains d’en bâtir. Pourquoi la même liberté, la même souveraine indépendance ne nous serait-elle pas permise relativement au sexe? Peu importe ce qui se passe dans la nature. Il nous revient de construire le monde humain, un monde de beauté, de justice et de liberté.
Alors que le sexe humain est un organe biologique, les sociétés humaines l’érigent en institution. Nous proposons plutôt d’instituer une société indifférente aux sexes, une société unisexe qui chatoiera de mille et mille couleurs.

Fiche technique

Prix éditeur : 17,00 €


Collection : iXe' prime

Éditeur : IXE

EAN : 9791090062269

ISBN : 9791090062269

Parution :

Façonnage : broché

Poids : 150g

Pagination : 176 pages