l'autre LIVRE

Rencontres et débats

 

TARIFS POSTAUX : LE TIMBRE NOUS MET SUR LES DENTS

La Poste vient d’annoncer une augmentation importante du « prix du timbre » et, en fait, de l’ensemble de ses tarifs colis et courriers.

La Direction de l’Entreprise argue de la diminution des volumes (d’objets acheminés) au profit d’Internet pour justifier cette augmentation, qui n’est pourtant pas la première depuis l’irruption massive des NTIC dans notre vie quotidienne, et semble vouloir ignorer que l’augmentation des tarifs postaux peut elle aussi engendrer une baisse des volumes…

Pour ce qui concerne le livre, la position de notre association est simple : « Vous voulez du volume ?... c’est possible ! »

Il faut pour cela créer un tarif spécifique pour les envois de livres, que ces envois soient le fait de professionnels – éditeurs, auteurs, libraires… - ou de « simples » lecteurs. En bref, un tarif étudié, le plus bas possible, réservé à l’objet transporté – exception culturelle oblige – plutôt qu’à une catégorie d’utilisateurs, un tarif accessible à tous les usagers.

Pour ce qui concerne l’édition indépendante, nous soulignons ici que cette augmentation ne peut manquer d’avoir de lourdes conséquences pour des petites structures déjà fragilisées comme les nôtres.

 

 

 

 

Pour faire suite aux contacts de L’Autre Livre avec l’ADML (Association de Défense des Métiers du Livre) et notamment à notre participation, à ses côtés, à sa rencontre avec la Commission des finances de l’Assemblée Nationale, nous portons à votre connaissance le communiqué de presse et autres documents de l’ADML et de la Fédération des industries du livre, du papier et de la communication CGT.

Documents à télécharger :

 

 

 

  • Comment conforter la chaîne du livre et par quoi est-elle menacée??
  • Le « Plan Livre » bientôt à l'assemblée

    Par Aymeric Monville

     

    En 1981, la loi dite Lang sur le prix unique du livre (de fait une loi Jérôme Lindon) avait rassemblé les métiers du livre contre ce qu'elle avait clairement perçu comme une menace : la « Fédération Nationale d'Achat des Cadres » et les « grandes enseignes » qui s'emparaient alors des « produits culturels ». La réplique démocratique des métiers du livre fut si efficace que, trente ans après, la spécialiste du livre au New York Times observait que le pays de l'étatisme jacobin faisait mondialement figure de « pays de cocagne » de la librairie, et donc de la diversité et de la qualité du livre et de la lecture. En trente ans le marché du livre et sa distribution ont évolué. Les prédateurs de jadis sont devenus les victimes de plus gros et plus avides, plus cyniques aussi, et bien plus efficacement destructeurs : chaque emploi de précaire sous-qualifié créé dans « l'amas zone » et ses émules détruit vingt postes qualifiés et gratifiant en librairie[1].

    À terme, en considérant la compulsion numérico-nihiliste des bibliothèques publiques et la stratégie revendiquée au nom du redressement productif (« les licenciements d'aujourd'hui sont les emplois précaires de demain ») ce sont les 200 000 emplois de la filière livre qui sont menacés aussi bien que la diversité éditoriale qu'elle rend possible.

    Face à cette évolution inquiétante, la puissance publique, toutes orientations politiques confondues, manifeste (là comme ailleurs) sa parfaite impotence. La dernière « mesure phare » en date étant l'annonce d'une nouvelle sinécure bureaucratique (aux frais du contribuable) : la création d'un « médiateur du livre ». En France « l'exception culturelle » se manifesterait donc par la nécessité d'appointer des médiateurs … pour faire respecter la loi !

    Pourtant chacun (et tout particulièrement les ex-libraires de Virgin, Chapitre et bientôt .. la FNAC) a parfaitement compris que le problème vient notoirement des « agitateurs culturels » dématérialisés, délocalisés et défiscalisés (et pourtant subventionnés), et que la raison pour laquelle chaque mois des librairies indépendantes disparaissent ou licencient, c'est l'absurde politique d'achats publics (18% du marché de la librairie). Le «?livre?» numérique ne correspond pourtant à aucune demande réelle du public (1,8?% du marché français, soutenu « à bout de bras » par 80?% de commandes publiques?!)

    Huit mois après avoir alerté le président du Centre national du livre, la ministre de la Culture et le Syndicat de la librairie française (SLF), au fil de brochures argumentées qui circulent désormais dans toutes les librairies[2], une Association de défense des métiers du livre (ADML) s’est constituée. Elle a immédiatement proposé un «?plan livre?» à la mission mandatée par l’Inspection générale des affaires culturelles[3], puis à la commission des Finances de l’Assemblée nationale, visant d'abord et au titre de premières mesures d'urgence, permettant de rétablir des conditions commerciales et d'exploitation pérennes pour les librairies indépendantes, débouché essentiel de la diversité éditoriale :

    - Rétablir la « compétitivité » concurrentielle par la qualité de service et valoriser le service et la fréquentation des librairies. Grâce à un comptoir national des libraires, fédérant toutes les librairies indépendantes et les éditeurs indépendants de France, sous forme de coopérative d’intérêt public, permettant à chacun de ces libraires et éditeurs de proposer à ses clients, au même prix unique du livre, le service «?demain chez votre libraire?», qui garantira aux lecteurs de disposer en vingt-quatre heures du livre de leur choix (dans la librairie qu’ils auront géolocalisée sur le site du comptoir)? ;

    - compléter et préciser la loi sur le prix unique du livre, notamment pour interdire les remises déguisées (frais de port gratuits pratiqués sur Internet)? ;

    - refondre démocratiquement les modalités des marchés publics des bibliothèques pour mettre un terme aux dérives qui, depuis quelques années, ont conduit au désastreux monopole clientéliste qui, partout, détruit les librairies indépendantes bien plus sûrement que les majorations de taux de TVA, en imposant le critère de proximité comme seul susceptible de discriminer les soumissionnaires en dehors du prix.

    En quelques mois l'ADML et son « Plan Livre » ont rallié les élus locaux ( Pascal Cherki et Danièle Pourtaud) de l'arrondissement parisien où ils virent le jour[4], la commission des finances de l'Assemblée Nationale, la Fédération des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication (Filpac) de la CGT, l'association des éditeurs indépendants « l'autre livre », qui ont rejoint les auteurs, éditeurs, libraires, lecteurs, traducteurs, correcteurs, imprimeurs, papetiers, commerciaux, transporteurs, magasiniers, typographes, artistes, etc. qui constituèrent l'association.

    La ministre de la Culture, déjà interpellée par Jean-Marie Beffara, rapporteur spécial de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, peut d'autant moins éluder le «?plan livre?» de l’ADML, que les mesures urgentes qu'il préconise  font désormais l'objet d'une proposition de projet de loi initiée par le député Pascal Cherki et instruite par l’ADML, et que cette proposition risque fort de devenir un projet soutenu par le groupe socialiste puisque elle sera l'objet de la réunion suscitée le 2 octobre prochain à l'Assemblée nationale par Bruno Le Roux (président du groupe socialiste à l'assemblée) , avec le groupe socialiste, Pacal Cherki et une délégation de l'ADML.

     

    [1]    Voir En Amazonie de Jean-Baptiste Mallet, Fayard 2013.

    [2]    Voir Correspondance avec la classe dirigeante sur la destruction du livre et de ses métiers, de Dominique Mazuet, Éditions Delga, juillet?2012 et tout dernièrement Critique de la raison numérique Delga 2013.

    [3]    Notifié fin octobre 2012 au cabinet de la ministre par le rapport de la DGIC qu'elle a mandaté dès sa prise de fonction.

    [4]    Le XIVe arrondissement est actuellement le quartier de Paris ou le livre et la lecture sont les plus fortement soutenus par les élus qui y maintiennent les manifestations populaires que sont la « fureur des mots » et la « nuit des libraires » dont la candidate socialiste à la mairie, Anne Hidalgo, est décidée à s'inspirer.

     

     

    Tout le monde le sait : « le XXIe siècle sera numérique ou ne sera pas » comme le disait si bien Malraux.       (par Charles Mérigot)

     

    Une fois ce credo énoncé, nous pourrions peut-être examiner les choses de manière moins … religieuse.  Et nous demander si  « les livres numériques » sont l’avenir de l’homme. (Un de plus !)

     

    Il est parfaitement vraisemblable que dans les décennies à venir, une bonne partie de ce qui aujourd’hui s’imprime, s’édite et se vend sous forme de livres, sera transmis par les moyens de communications actuels, ou  à venir, d’un bout à l’autre de la planète.

     

     Je dirais même que ce peut-être parfaitement souhaitable dans certains cas. Le chef-d’œuvre du mois « Comment j’ai perdu ou gagné la campagne électorale de 2022» (par exemple) n’encombrera plus les poubelles et les étagères ?  Est-ce un mal ?

     

    Donc, réjouissons-nous, le XXIe siècle sera numérique et il sera.

     

    Je ne vois d’ailleurs pas comment nous pourrions nous y opposer, ni même qu’il soit nécessaire de s’y opposer. Trop de forces, trop d’argent sont en jeu pour que quelques individus, un peu isolés à vrai dire, et de plus, peu enclins par nature à hurler avec la meute ou à bêler avec le troupeau, puissent s’opposer à un mouvement d’une telle ampleur.

     

    La « révolution numérique » nous en profitons tous, nous l’aimons bien et nous la pratiquons depuis une bonne trentaine d’année, nous en sommes mêmes les pionniers, depuis que nous envoyons des fichiers, numériques donc, à nos imprimeurs afin qu’ils les couchent sur du papier.

     

    Vivent donc les livres « numériques » que nous fréquentons depuis trente ans.

     

    Maintenant est-ce notre métier que de fournir à des professionnels de l’informatique (très puissants et très riches) des fichiers informatiques rebaptisés pour la circonstance « livres » pour qu’ils en fassent ce qu’ils veulent, qu’ils les mettent ou non en ligne, qu’ils les placent sur un site qui ne vend pas ou au contraire en pleine lumière, bien en vue ? Je croyais qu’être éditeur c’était surtout faire la promotion des textes que nous jugions intéressants. Que c’était cela notre cœur de métier. Pas d’être sous-traitants de sociétés de communication.

     

    Il est d’autre part vraisemblable que ces mêmes professionnels de la haute technologie, dans quelques années, fourniront (contre paiement bien sûr) à tout un chacun une imprimante dernier cri, permettant, quand le lecteur le souhaitera, d’imprimer et de mettre en page le « livre numérique » qu’il souhaite conserver sous forme de « livre-papier ».

     

    La boucle sera bouclée. Et la consommation de papier partira en flèche.

     

    J’ai  connu l’époque (1980) où il était prévu de voir très vite « le bureau sans papier », j’ai eu le temps de constater que, depuis cette époque, chaque famille française s’est  dotée d’une imprimante et consomme des ramettes de papier, des cartouches d’encre, …  chaque mois.  Je me fais donc devin et je crois pouvoir annoncer que « le livre dématérialisé » donnera naissance, lui aussi à une profusion de « livres-papier », mais… édités, mis en page et imprimés par chacun de nous. Pour le plus grand profit de quelques-uns…  c’est-à-dire pour les actionnaires principaux des principales sociétés informatiques et de communication et des fabricants d’imprimantes qui sauront nous vendre également des cartouches de colle pour la reliure.

     

    Nous nous trouverons donc avec plusieurs cas de figure : le texte que le particulier lira sur un écran et qu’il effacera,  s’il le veut, après lecture ou dont il se déconnectera, le texte qu’il conservera sur un support informatique et celui qu’il imprimera.

     

    Simplement, ceux qui vivront de ce commerce, ne seront plus les mêmes et nous, les éditeurs, n’en feront pas partie. Et simplement aussi, ceux qui jugeront qu’un texte mérite les honneurs de la une seront surtout les actionnaires principaux des principales sociétés technologiques. C’est là que le bât blesse. C’est cela dont on ne parle pas.

    Le phénomène que l’on voit dans la presse et à la télévision où certains sujets ne sont pas abordés (ou si mal) parce qu’ils ne plaisent pas aux annonceurs, s’étendra à tous les textes.

     

    Bien entendu, il restera toujours la « liberté » de mettre sur un site que personne ne va voir, un texte subversif ou simplement original, ou simplement éloigné de la pensée unique. Condition essentielle pour que la « démocratie » soit respectée… dans les formes.

     

    Comme je le disais, nous ne pouvons (ce n’est d’ailleurs à mon avis pas souhaitable), nous opposer à ce mouvement irrésistible.

     

    Mais devons-nous y participer, l’aider, et proclamer partout que nous devons mourir en même temps que les libraires et tous les prétendus passéistes que nous serions parait-il ?

    Je ne le crois pas.

    Laissons les informaticiens faire leur métier, laissons les actionnaires décider de ce qui est le mieux pour leurs sociétés  de haute technologie innovante, et faisons notre métier : produire des livres comme toujours, organisons-nous pour les faire connaître et les vendre : ils le méritent.

     

    Lorsque le « grand public » sera lassé de consommer à l’écran des produits industriels et insipides, élevés en batterie,  « en provenance de divers pays de la communauté culturelle », produits sans matière grasse, sans sel, sans sodium, sans gluten, sans beurre d’arachide, sans huile de palme … sans rien, alors le « grand public » reprendra le chemin des « éditeurs bio » ou des « coopératives de producteurs de livres » et il retrouvera nos livres. Alors essayons de les faire bien et de mettre en avant des produits de qualité. L’avenir est à nous !

     

    Nous aurons sans doute perdu ceux parmi nos lecteurs qui rêvent de pouvoir conserver « définitivement » le même texte sous forme de cartes perforées, de bandes magnétiques, de cassettes magnétiques, de disquettes 5 pouces 1/4 , de disquettes 3 pouces et demi, de CD, de DVD, de mp3, de pdf, d’epub, et des autres formats ou moyens de stockage à venir tout aussi « universels » et « définitifs ». (Je plains les archivistes du futur !)

     

    Quant à moi pour lire et conserver le texte de « Don Quichotte », quelques feuilles de papiers, lisibles encore pendant 5000 ans, par tout un chacun, sans piles, sans téléchargement de la dernier mise à jour du dernier système d’exploitation super-innovant, sans connexion, sans « 23G ultra rapide »,  me paraissent plus sûres et ne risquent pas d’être dépassées,  et je préfère en effet lire Don Quichotte, quand je veux, où je veux,  sans « veuillez télécharger la dernière mise à jour » sans « mettez à jour votre antivirus », en bref sans tout le tintouin de la technologie. Le papier inusable, ça c’est de la technologie réellement innovante et écologique et accessible à tous, en plus. Et Don Quichotte, ça, c’est un texte ! (Pas besoin de le retirer du site ou de la vitrine au bout de deux mois !) Et qui se vend toujours !

     

    Revenons donc à notre métier, ne nous laissons pas influencer dans le choix de nos textes par « la grande distribution », organisons-nous pour les faire connaître et laissons les ingénieurs s’ingénier. Nous sommes éditeurs de livres, pas « numérisateurs ». Chacun son truc

 

Page mise à jour le