Connexion

l'autre LIVRE

l’autre LETTRE

Cette rentrée littéraire 2023, plus encore que les années passées, nous démontre que la promotion d’un livre qui vient de paraître est devenue décisive pour trouver des lecteurs dans ce monde où tout tourne autour de la médiatisation.

 

En dehors de la poésie, où de nombreuses petites revues existent encore de nos jours, même si elles sont souvent confidentielles, elles ont le mérite d’exister et de faire circuler le bouche à oreille, et cela même si la poésie mériterait un meilleur traitement, il en est tout autre pour la littérature, les sciences humaines. Il est difficile pour un éditeur indépendant de faire parler de ses livres, de ses auteurs, contrairement aux grands groupes de l’industrie du livre, qui, directement ou par leurs actionnaires, ont des prises de participation dans les grands médias, écrits et audiovisuels. Ce sont donc ces mêmes qui éditent, promeuvent, diffusent et donc font acheter aux lecteurs ce qu’ils ont décidé de leur faire lire, de leur vendre.

 

Tout cela fait qu’un bon livre, même publié chez un éditeur lié à l’industrie du livre et aux médias, peut soit avoir du succès, soit rester dans les cartons livrés aux libraires (n’oublions pas les envois d’office, mais c’est un autre sujet), tout dépend du budget de lancement que l’on aura décidé de lui consacrer pour le médiatiser.

 

Conséquence, cette marchandisation du livre noie la plupart des livres dans un océan d’invendus et, à l’aide des médias, permet à quelques livres et auteurs (attention, en plus de la plume, il faut avoir pour l’auteur un look et le verbe bien pendu pour bien passer dans les médias, surtout depuis que les talk-show ont remplacé les émissions littéraires) d’être le livre qu’il faut avoir lu et l’auteur dont tout le monde parle à la machine à café.

 

Peut-on y changer quelque chose dans une société basée sur le « paraître » et sur la marchandisation ? bien sûr que non ! Néanmoins, on est en droit de demander aux pouvoirs publics des comptes dans ce domaine. En effet, les télévisions et radios publiques qui bénéficient des dotations de l’Etat, donc de nos impôts, et qui ont une mission de service public, devraient être obligées d’avoir au minimum autant de temps d’antenne et de radio pour les ouvrages édités par l’industrie du livre que pour ceux des éditeurs indépendants. Et que l’on ne nous objecte pas que les médias sont libres et que ce n’est pas aux pouvoirs publics de leur dicter ce qu’ils doivent programmer, car ils restent libres d’inviter qui ils veulent chez les éditeurs indépendants. Leur choix serait donc élargi et non dicté (ce qui n’est peut-être pas vraiment le cas aujourd’hui puisque l’on retrouve les mêmes auteurs sur toutes les chaînes, radios et presses). Il faut seulement, pour ce faire, un contrôle (type C.S.A) pour que soient traités en toute égalité les livres de l’industrie du livre et les livres des éditeurs indépendants.

Gérard Cherbonnier

Vice-Président de l’autre LIVRE

www.lautrelivre.fr