l'autre LIVRE

Jean-Claude LEROY

Le Cafard hérétique n° 10

Le Cafard hérétique n° 10

de COLLECTIF

Revue (LUNATIQUE) | Paru le 16/03/2018 | 15,00 €

Ce numéro s’est élaboré sur la base d’une sélection de tableaux de Gilles Ascaso et de Saïd Mohamed. Mêlant, avec la désinvolture qui lui est désormais coutumière, genres littéraires, thèmes et écritures, Le Cafard hérétique partage ses pages entre talents confirmés – qu’il lui plaît de suivre et d’encourager – et voix nouvelles, grinçantes ou graciles.

Le Cafard hérétique n°10 ne déroge pas à la règle : couleur (peinture), saveur (écriture)... que du bonheur (lecture) !

Aimer de vivre

Aimer de vivre

de Jean-Claude LEROY

nouvelles (LUNATIQUE) | Paru le 24/10/2017 | 10,00 €

J’étais seul et sans mémoire depuis cinq ou six années. Je ne savais plus quoi, mais il avait bien fallu l’oublier. Mon nom même m’apparaissait comme une résonance plutôt étrange, je l’avais perdu sans doute pour gagner celui de fleurs et d’astres que je distinguais nouvellement – le monde me devenait familier, m’engloutissait. La vieille maison dont j’avais hérité souffrait de désolation, j’y errais dans un étroit périmètre de pénombre, entre des murs gris et des objets surannés. Une atmosphère mélancolique m’imbibait comme un mauvais vin, une piquette prise à contre-coeur. Cependant je vivais en continuant de vivre, ne méritant plus que de l’habitude. Rien de triste, en somme, simplement la vie de presque tout le monde. L’hiver venait souvent, j’avais froid. Des heures durant je me tenais sur le seuil, assis sur la pierre d’entrée, comme à attendre. Ainsi ce jour.

Jean-Claude Leroy signe avec Aimer de vivre un recueil crépusculaire, étranger au monde frivole, hors du temps – ensorcelant. Son écriture, subtilement poétique, se fait lascive, tumultueuse, mélancolique, intranquille, pour ciseler cinq récits, brûlants et vacillants comme la flamme d’une bougie, où se croisent, s’aiment, se désirent et se déchirent des corps, des coeurs, des frères et des âmes sœurs.

A la porte

A la porte

de Jean-Claude LEROY

le phare du cousseix (PHARE DU COUSSEIX (LE)) | Paru le 01/06/2014 | 7,00 €

– comment va ta mère depuis que tu renonces ? le ciel est saturé de radiations / c’est la victoire du vouloir-vaincre / je pleure sans savoir pourquoi exactement / juste d’être là ?

Entrée en matière

Entrée en matière

de Jean-Claude LEROY

nouvelles (LUNATIQUE) | 15,00 €

« Il était penché au-dessus de moi, comme pour lire aussi, mais c’est moi qu’il lisait plutôt que le livre ouvert. Il lisait mon cou où rien n’était écrit. Sa voix s’est mise à parler doucement à mon oreille comme s’il était ma mère. Je ne comprenais rien et j’avais très peur de ça. Je n’osais plus ni regarder ni respirer. Il me disait des gentillesses surnaturelles, peut-être comme on les dit à une femme de son âge ou de l’âge de maman, mais qui aurait une autre vie. »

Entre la série noire et le roman initiatique, onze récits pour onze vrais ou faux départs dans une nouvelle existence, sacralisée, expéditive. À chaque fois autre, la première personne du singulier est ici livrée à elle-même, jusqu’au bord de la folie ou de la révélation…

Le lecteur se retrouve tour à tour dans la peau d’un délinquant xénophobe, d’une gamine harcelée, d’un érèmiste entreprenant, d’un clochard anti-pathique, d’un auto-stoppeur gigolo, d’une banlieusarde amoureuse, d’un bébé terrifiant…

Onze voix exacerbées sortant de l’ombre d’un même monde oppressif où les mal-partants ont peu de chances d’arriver à leurs fins.

Le Temps pour Laure

Le Temps pour Laure

de Jean-Claude LEROY

romans (LUNATIQUE) | 12,00 €

« Le mystère de chacun grandit pour l’œil intime comme pour le cœur fantasque. »

Dans « Cairo la victorieuse », capitale égyptienne tiraillée entre hédonisme sommaire et discipline religieuse, la narrateur part à la recherche de Laure, jeune femme qu’il a aimée ici d’une passion dévorante.

Les tourments de l’attente, de l’impuissance, se chargent de désirs, de visions. Les corps écartés se lavent d’amour, d’inconscience.

Au cours d’errances fébriles se nouent le souvenir et la prégnance de ces instants où la vie et le rêve s’entremêlent, se nourrissant l’un de l’autre pour ouvrir les portes d’un nouvel espace, intime, inquiétant, dans lequel l’être humain retrouve l’état initial d’incertitude et de songe.

Dans la nuit citadine, des enfants des rues accompagnent et guident les amants perdus. La maison féerique et désertée d’un fonctionnaire de la culture devient le nid d’une renaissance. Et, dans la figure du peintre Heykal à qui le modèle disparu retournera son art sous forme de portrait absolu, surgit peut-être en filigrane l’image du narrateur et de sa quête...

Comédie du suicide

Comédie du suicide

de Jean-Claude LEROY

nouvelles (LUNATIQUE) | 15,00 €

« Bien sûr, toute l’humanité cherche à entretenir sa souffrance, à la cultiver fièrement »

 

Composé de trois récits indépendants, Comédie du suicide explore trois regards sur la mort : le deuil amoureux, le deuil égoïste et la chute conjointe de deux êtres étouffés par la vie.

 Dans « Ce pont qui me traverse », récit onirique qui n’est pas sans rappeler ceux de Bosco, le narrateur, qui vient de perdre sa compagne, morte subitement, est submergé par le désespoir et refuse sa disparition. Cette attitude débouche sur une autre réalité, comme si l’amour au-delà de la mort déguisait les apparences de la vie jusqu’à en modifier les règles connues.

Dans « Comédie du suicide », qui donne son titre à l’ensemble, une tonalité plus cynique succède à la voix romantique empruntée dans le premier récit. Là, le chantage au suicide, propre à ceux qui tiennent discours, s’oppose à l’autodestruction muette, comme la frivolité et l’égoïsme masculin s’opposent à l’implication amoureuse, vitale, des femmes.

Au final, « L’Enfer du décor » présente la mort rendue inévitable par l’enfermement et la passivité. Un couple s’enferme peu à peu dans une existence subie et partagée où le délabrement grotesque qui s’établit faute de lucidité mènera jusqu’à un dénouement tragique. Tableau final aux allures de sinistre caricature…

Dans ce livre, Jean-Claude Leroy prolonge la démarche inaugurée dans Entrée en matière,notamment dans l’emploi d’un « je » narrateur, mais sans en reproduire tous les caractères. Quoique indépendants, les trois récits forment un triptyque où les relations amoureuses se font écho à travers des situations qu’illustre bien cette phrase de l’auteur : « Quand les femmes cessent d’avoir peur elles sont capables de tout, et elles nous font peur. »

Rien seul

Rien seul

de Jean-Claude LEROY

romans (LUNATIQUE) | 15,00 €

« C’est bien de cela qu’il s’agit, de faire vivant. »

« Cédric est encore un tout jeune homme mais il véhicule toutes les défaites transmises par des générations de perdants, toutes les humiliations qu’il a partagées avec son père quand trop de fatigue et d’abrutissement l’empêchaient de se tenir debout dans le regard de ses enfants. Cédric a hérité d’une force dénuée d’enthousiasme, une force tout juste bonne à supporter un homme et à le faire obéir aux lois diverses de l’exploitation. »

Jeune homme timide qui essaie de vivre dans un monde bruyant, il s’est enfui d’un carcan familial en ruine. Essaie de construire à partir de rien, de ses manques. Sans savoir. Un parcours qui le conduit à la rue, sur ce front passif de la guerre sociale où le climat peut se faire fraternel, mais où les combats sont souvent perdus d’avance. C’est dans la nature, près d’un esprit solitaire, que Cédric trouvera un certain calme, un début de réconciliation avec son passé, avec le monde. Un monde qui semble se laisser aller au pire…
Une fable certes pessimiste, située ici dans un cadre effrayant, mais où se dessine un chemin pour la vie, quand la douleur est investie, puis dépassée.
À propos de Comédie du suicide, Bernard Bretonnière écrivait dans Encres  de Loire « Honnêteté, à coup sûr : éthique, littéraire, intellectuelle. Est-ce si commun ? » Et à propos du style de Jean-Claude Leroy : « Un style souverain [qui] fait gagner l’alchimie permettant à toute littérature digne de ce nom de transmuer en or le plomb noir de ce que l’on appellera, pour dire vite, la mélancolie. »
Ces remarques valent pour Rien seul. Avec ce premier roman, Jean-Claude Leroy réalise comme une quintessence de ses livres précédents.

Retrait & Voyage autour de mon atelier

Retrait & Voyage autour de mon atelier

de Jean-Claude LEROY

nouvelles (LUNATIQUE) | 13,00 €

« Je n’ai pas vraiment mal

mais ça pique trop les yeux. »

 

S’enfermer pour observer le décor qu’on a choisi. S’enfuir pour tenter de se tenir en soi, dans son entier. L’espace est intérieur, d’où qu’on sorte.

Voyage autour de mon atelier d’Éric Pénard dessine un journal de bord. La « coque de noix » s’appelle l’« atelier », où l’artiste pose son réel, ses fantaisies. Il suffit d’engager la traversée, de s’attacher aux détails, aux visages qui surgissent des objets, à l’espace que découpe l’œil, et le monde s’ouvre.

Dans Retrait, Jean-Claude Leroy rapporte l’Inde rêvée, ici décrite à toute allure, comme un échec, et qui ne peut rien pour lui. Un exil impossible, vécu dans un lointain qu’il n’a pas suffi d’aborder, qui reste hors de portée. La parenthèse doit se refermer.

Par un secret agencement, qui ne révèle qu’après coup sa raison, deux rendez-vous intimes, étrangers l’un à l’autre, sont ici articulés. Comme si le jeu était de divertir la géographie, la distance – non pas la lecture –, dans une mise en regard inattendue, inaperçue.