l'autre LIVRE

Gabrielle WITTKOP

Usages de faux

Usages de faux

de Gabrielle WITTKOP

Verticales (VERTICALES) | Paru le 18/10/2018 | 17,00 €

Litanies pour une amante funèbre

Litanies pour une amante funèbre

de Gabrielle WITTKOP

Les Echappées (VAMPIRE ACTIF (LE)) | Paru le 27/05/2017 | 20,00 €

Publié initialement en 1977 en version bilingue chez l’éditeur italien Cegna, le seul recueil de poèmes connu de Gabrielle Wittkop, Litanies pour une amante funèbre, était depuis longtemps devenu totalement introuvable.

À l’occasion des 40 ans de sa publication initiale, Le Vampire Actif éditions redonne, en 2017, un deuxième souffle à l’ensemble des 31 textes qui s’offrent tels de maléfiques mantras et livrent une composition poétique au remarquable romantisme noir.

Ouvrage préfacé par Eric Dussert et illustré par des reproductions de collages de Gabrielle Wittkop totalement inédits.

Les départs exemplaires

Les départs exemplaires

de Gabrielle WITTKOP

Verticales (VERTICALES) | Paru le 27/09/2012 | 17,90 €

Ce qu'en dit Charybde 2 sur Charybde 27 le blog :

Le papillon restait immobile, ses yeux à facettes dirigés vers la végétation, ses yeux de velours peint braqués ronds sur l’homme qui sans bouger non plus l’observait. Très haut dans le triple baldaquin de feuillages qu’aucun soleil ne pénétrait, un oiseau jeta son cri d’alarme, un avertissement, un oracle. En route vers quelque charogne, une procession de fourmis longeait un arbre mort effondré dans un chaos de lianes et de fougères où, intactes encore, des bromélies épanouissaient leurs bouquets en calices luisants de sucs et de rosée. La stridulation des cigales dominait le tumulte de la jungle, la criaillerie des perroquets, le glapissement des singes et, lointain, le piaillement dérisoire des vautours planant sur la cime des arbres. Rien ne se perdait en ce cosmos où tout fructifie et se putréfie, avale, digère, rejette, lutte, copule, germe, éclot, périt et se dissout pour croître encore en d’immémoriales marées roulant les unes sur les autres. Les humeurs de l’insecte cheminent dans les veines de l’écorce ; liquéfié, le reptile renaît dans la pulpe fétide du fungus ; la plume devient feuille ; la fleur se change en écaille ; les œufs et les laitances éclatent en myriades vitales ; la mort embrasse la résurrection, toutes deux gémellées comme le jour et la nuit.(« Les derniers secrets de Mr. T »)

 

Cela faisait déjà quelque temps que l’excellent Romain Verger(dont on aime tant, sur ce blog et chez Charybde, les trois romans parus chez Quidam – « Zones sensibles » en 2006, « Grande Ourse » en 2007 et « Forêts noires » en 2010 -, celui publié chez Le Vampire Actif – « Fissions » en 2013 – et le recueil de nouvelles chez L’Ogre – « Ravive » en 2016) m’encourageait vivement à me lancer dans la lecture de Gabrielle Wittkop, qu’il considère comme l’une de ses influences importantes. Avec la réédition prochaine de ses « Litanies pour une amante funèbre » par Le Vampire Actif, justement (et une soirée y sera spécialement consacrée à la librairie Charybde le mercredi 12 juillet prochain), il était plus que temps de céder à cette sirène mélodieuse et potentiellement grinçante.

 

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Viendrait le temps où, en une image aussi relative qu’incomplète, Miss Idalia Dubb se comparerait à Bonnie Dundee, le Highlander fidèle au roi James et dont le sang était si ardent que l’eau bouillait dès qu’il y plongeait les pieds. « Hors ce qui venait de lui-même », rien ne pouvait atteindre Bonnie qui avait un pacte avec le Diable, aussi la balle qui mortellement le frappa était-elle faite d’un de ses boutons d’habit, vendu à l’ennemi par un valet félon. « Que je sois Dundee », disent les Écossais dans une catastrophe. Aussi, la situation catastrophique de Miss Idalia Dubb, dix-sept ans, son agonie et sa mort seraient-elles provoquées par ce qui viendrait d’elle-même, par son petit pied dans sa petite bottine, ainsi que par une tacite trahison. Examinons l’instrument d’une fatale chaîne de réactions. (« Idalia sur la tour »)

 

Les cinq nouvelles des « Départs exemplaires », publiées en 1995 aux éditions de Paris et rééditées (dans une version entre temps revue et augmentée) chez Verticales en 2012, sont littéralement, et fort logiquement au regard du titre du recueil, infestées par la mort. Toutefois, cette omniprésence se dissimule sous plusieurs masques, dont un seul in fine se révèlera être celui de la mort rouge. Qu’elle affecte de nous parler de la disparition d’un aventurier retraité aux lisières pourtant anodines, entre thé et parcours de golf, de la jungle thaïlando-malaisienne (« Les derniers secrets de Mr. T »), de la tragique escapade quasi-involontaire d’une jeune fille écossaise de bonne famille, en vacances dans l’Allemagne rhénane de 1850 (« Idalia sur la tour »), des derniers jours d’un poète alcoolique en perdition dont la fabuleuse célébrité sera décidément bien posthume (« Les nuits de Baltimore »), de la dégringolade sociale et humaine d’un presque brave homme (« Une descente »), ou de la vie de deux jumeaux hermaphrodites sous Louis XV (« Claude et Hippolyte ou l’inadmissible histoire du feu turquois »), Gabrielle Wittkop excelle d’une manière rare et radicale à se glisser dans une narration classique au style particulièrement adapté à son propos (organisant les copulations fiévreuses de Joseph ConradGraham Greene et Somerset Maugham – qu’elle cite d’ailleurs sans hésiter – pour la première nouvelle, de William Thackeray, de Lord Byron et d’E.T.A. Hoffmann pour la deuxième, de H.P. Lovecraft, de Pierre Mac Orlan et de Baudelaire pour la troisième, de Charles Dickens, de Mark Twain et de Nathanaël Westpour la quatrième, et même de Mme de Lafayette, de Denis Diderot, du marquis de Sade et de Bernardin de Saint-Pierre pour la dernière) pour y distiller avec une grâce terriblement macabre son venin bien personnel.

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On m’observe. Ils me poursuivent. Je vais raser ma moustache pour mieux dépister leurs recherches… J’avais créé le funèbre oiseau pour que son vol accompagne celui du scarabée, mais l’oiseau a mortellement grugé l’insecte.
Il se sentait défaillir parce qu’à côté de lui un bûcheron vêtu de cuir – à moins que ce fût un boucher – tétait sa bouteille de bourbon et que la seule odeur de l’alcool répugnait indiciblement à l’homme en noir. Car c’était toujours horripilé de désir et d’effroi que lui-même approchait le satanique élixir dont une gorgée suffisait à l’enivrer. Ses rapports avec l’alcool, avec l’opium, avec les autres et surtout avec son âme et son esprit étaient un esclavage stigmatisé de dégoût, le forçant à s’échapper hors de lui-même. (« Les nuits de Baltimore »)

 

Ne gardant du fantastique supposé rôder dans les marges que les traces les plus infimes et subtiles, Gabrielle Wittkop mélange explosivement les hasards des existences et les pentes sombres des êtres, les innocences perdues et les malignités perverses pour organiser de somptueux chocs tragiques des coïncidences intimes et des possibilités vénéneuses que recèlent, pour certains êtres dans certaines situations, les circonstances même les plus apparemment ordinaires. Du très grand art qui donne envie de découvrir bien d’autres textes de cette même écriture redoutable. Et il faut lire ce qu’en dit justement Romain Verger sur l’Anagnoste, ici.

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Le Nécrophile

Le Nécrophile

de Gabrielle WITTKOP

Lectures amoureuses (LA MUSARDINE) | Paru le 01/03/1998 | 5,70 €

Chaque jour est un arbre qui tombe

Chaque jour est un arbre qui tombe

de Gabrielle WITTKOP

Folio (FOLIO) | 7,40 €

«Le dernier jour fut gris et rose, d'un gris d'ombre plate, d'un rose chancreux. L'année, minime fragment temporel, est maintenant éparpillée en un mouvement centrifuge d'étoile, en un motif qui ne peut être saisi que par la force de sa propre dispersion. [...] 
1er janvier. Chaque jour est un arbre qui tombe. Comme si une voix m'avait éveillée par ces mots. Ma propre voix, celle de mes plus secrètes cellules, celles des oracles et des rêves, celle qui clame dans les ivresses et chuchote dans les agonies. Chaque jour est un arbre qui tombe. Et j'ai vu le déclin du jour et la chute de l'arbre…» 

Ce journal imaginaire tenu par une femme, Hippolyte, entremêle souvenirs d'enfance, d'amours, de voyages (en Inde, dans les îles de Krakatoa, Sumatra ou Java) et réflexions sur le Temps. Autoportrait d'une individualité exceptionnelle dont l'existence se déploie entre la naissance et la mort – ces deux bornes qui la limitent et lui ouvrent paradoxalement l'espace infini d'une vie superbe et éphémère. La cruauté froide et luxueuse qui anime l'écriture de Gabrielle Wittkop est dans Chaque jour est un arbre qui tombe à sa plus haute mesure.

Carnets d'Asie

Carnets d'Asie

de Gabrielle WITTKOP

Verticales (VERTICALES) | 23,00 €

«Mes carnets d’Asie ne sont rien que des notes personnelles, impressions griffonnées sur mes genoux, au bord d’une rizière ou dans un bus de fer-blanc, couvrant des pages et des pages barbouillées de sueur ou étoilées de pourpre par un moustique gorgé mais vaincu.» 

En revisitant ses souvenirs rapportés de Thaïlande et d’Insulinde, Gabrielle Wittkop a élaboré – avant sa disparition – ce parcours idéal où le temps s’incline devant une région à la richesse infinie. Carnets d’Asie oscille entre le journal de voyage et l’intime expérience extrême-orientale : chaque récit nous plonge avec une sensibilité exacerbée dans des cultures, des épopées mythiques, des instants de vie uniques.

La marchande d'enfants

La marchande d'enfants

de Gabrielle WITTKOP

Verticales (VERTICALES) | 16,25 €

Dans une série de lettres s’échelonnant entre mai 1789 et août 1793, Marguerite Paradis, tenancière d’un bordel d’enfants pour libertins, expose à son amie Louise, qui désire ouvrir le même type de commerce à Bordeaux, les divers tracas auxquels il lui faudra se confronter pour faire tourner sa maison : aménagement des locaux, domesticité, clientèle et marchandise, autant de questions qu’elle continue de résoudre dans sa maison de la rue des Fossés-Saint-Germain. Mais ces détails pratiques ne sont pas le seul intérêt d’une correspondance qui, dans une langue précise et imagée, restitue les interrogations d’une femme confrontée à la tourmente révolutionnaire qui va balayer le régime monarchique. Attentive aux moindres soubresauts de Paris, Marguerite jette un regard sans illusions sur le genre humain, dont elle connaît bien la veulerie et l’inconséquence. C’est d’ailleurs cette vision sans fard des sentiments humains qui donne au texte toute son intensité. Libertine dans l’âme, Marguerite explore les ressorts secrets du cœur, tant chez les autres qu’au plus profond d’elle-même. Passionnée par le bel hermaphrodite Tirésias, Marguerite tente de cerner, au plus près, la naissance de cet amour qui va l’arracher à la cruauté ordonnée des jeux libertins pour, la dépouillant de tout artifice, l’abandonner aux lisières de son être intime.

Chaque jour est un arbre qui tombe

Chaque jour est un arbre qui tombe

de Gabrielle WITTKOP

Verticales (VERTICALES) | 15,25 €

«Le dernier jour fut gris et rose, d'un gris d'ombre plate, d'un rose chancreux. L'année, minime fragment temporel, est maintenant éparpillée en un mouvement centrifuge d'étoile, en un motif qui ne peut être saisi que par la force de sa propre dispersion. [...] 
1er janvier. Chaque jour est un arbre qui tombe. Comme si une voix m'avait éveillée par ces mots. Ma propre voix, celle de mes plus secrètes cellules, celles des oracles et des rêves, celle qui clame dans les ivresses et chuchote dans les agonies. Chaque jour est un arbre qui tombe. Et j'ai vu le déclin du jour et la chute de l'arbre…» 

Ce journal imaginaire tenu par une femme, Hippolyte, entremêle souvenirs d'enfance, d'amours, de voyages (en Inde, dans les îles de Krakatoa, Sumatra ou Java) et réflexions sur le Temps. Autoportrait d'une individualité exceptionnelle dont l'existence se déploie entre la naissance et la mort – ces deux bornes qui la limitent et lui ouvrent paradoxalement l'espace infini d'une vie superbe et éphémère. La cruauté froide et luxueuse qui anime l'écriture de Gabrielle Wittkop est dans Chaque jour est un arbre qui tombe à sa plus haute mesure.

Le nécrophile

Le nécrophile

de Gabrielle WITTKOP

Verticales (VERTICALES) | 14,90 €

Fille illégitime de l'archéologie, mais moins chanceuse que sa mère, la nécrophilie transcende l'homme au-delà de son animalité. Moins radicale que le suicide, mais comme lui acte de transgression, elle a l'avantage de pouvoir se répéter sans toutefois tomber dans la routine, les difficultés pratiques s'opposant à ce que l'assouvissement peut avoir de machinal et d'irréfléchi. Si la pulsion se déclenche à la faveur des circonstances, elle ne peut parvenir à ses fins sans inventer des ruses qui, ardues à concevoir et périlleuses à exécuter, haussent le nécrophile au rang des grands amoureux.
Inventif et héorïque comme eux, il est aussi profondément isolé et, fier de son impériale solitude, brave les dangers et la morale bien-pensante. L'amour nécrophilique est sans doute le seul qui soit vraiment pur puisque même amor intellectualis entend être payé de retour. Pas de contrepartie pour le nécrophile, le don de lui-même n'éveille aucun écho. Par surcroît, il est asocial et apolitique, condamné non seulement au nom des moeurs conformistes, mais, de plus, confondu avec les profanateurs de tombes qui agissent par idéologie raciste, dans le cadre d'une psychologie de masse.
Désireuse de rompre le silence d'un hypocrite interdit et d'apporter de nouvelles facettes à la littérature érotique de notre siècle, je résolus donc en 1972 de créer le personnage de Lucien N. Ce fut alors comme si hors de moi-même et sous l'impérieuse dictée de ma créature, je me fus identifié à elle en décrivant ses extases et son calvaire passionnel.
La critique de l'époque fut d'emblée favorable au livre qui fut traduit en espagnol et en italien, puis porté à la scène par le Centre Dramatique National en 12997 et 1998. Aujourdh'ui, les nouveaux lecteurs, en la sensible réceptivité desquels je place ma confiance, vont prendre contact avec ce texte inquiétant.
Alors qu'il s'est accoutumé aux descriptions physiologiques, - accoutumance survenant d'ailleurs avec une surprenante promptitude et comme s'il suffisait simplement d'accepter l'inacceptable - le lecteur se sent alors proche du nécrophile dont la pathétique humanité éveille la sympathie, la compassion aussi. Car le personnage de Lucien N. suit une voie paraboliquedont, connaissant le focus et la ligne directrice, on peut automatiquement prévoir la courbe d'un mouvement continu. C'est à dire que dès l'expérience qui dans l'enfance détermine sa future nécrophilie, la destinée de Lucien N. se dessine d'inéluctable façon et que sa fin n'est rien d'autre que la justification de sa carrière vitale. Alors, dans les dernières pages, les jumeaux suédois et la mer adoptent une dimension mythique, préludant immédfiatement la mort de Lucien N.promis comme eux, mais surle seul plan métaphysique, à l'absorption dans ces eaux originelles dont tout provient et où tout doit retourner.
Les personnes qui pourraient être choquées par ce texte n'auraient alors pas saisi que la mort est indissociable de la vie et que refuser obstinément l'idée de celle-là, c'est ne pas savoir traverser heureusement celle-ci.
Peut-être est-ce pourquoi la bague des courtisanes élisabéthaines figurait une tête de mort, afin que le signe de Thanatos voisine avec les fomentations d'Eros. Les affres de l'anéantissement cessent aussitôt que leur notion est désamorcée par les rythmes quotidiens. Lorsque Hamlet s'étonne de la gaîté du fossoyeur creusant une tombe, Horatio lui répond simplement, V, I : "Custom hath made it in him a porperty of easiness" : l'habitude lui rend la chose indifférente. On ne saurait mieux dire. 



Antiquaire à Paris, Lucien N. est amateur de netsuke japonais, ces statuettes burlesques mettant en scène de vigoureux ébats avec des morts. Lui aussi aime posséder les cadavres arrachés à leur sépulture. Dans un journal intime, ce collectionneur macabre distille l'histoire secrète de ses amours nécrophiles. Jeunes ou vieux, hommes ou femmes, chaque trépassé est l'objet d'une minutieuse ferveur érotique. Au fil des pages, l'inquiétant esthète remonte à l'origine de cette jouissance des corps au sexe glacé, à la chair bleue, au parfum de bombyx, où s'épanche sa profonde solitude. La langue de Gabrielle Wittkop, froidement sensuelle et débarrassée de toute tentation morale, offre le portrait d'un amoureux sans pareil. 

La mort de C.

La mort de C.

de Gabrielle WITTKOP

Verticales (VERTICALES) | 12,40 €

Ce récit (suivi d’un second texte, Le Puritain passionné) se situe en Inde où Gabrielle Wittkop a vécu. Il s’agit de plusieurs versions d’un même meurtre, de variations sur un seul thème, celui de la mort suspecte d’un homme pathétique, assassiné à Bombay. 
Que connaît-on de la mort ? Non pas la Mort symbolique, la Faucheuse au sourire de squelette qui balaie de son arme tranchante les terres fertiles de l’imaginaire. Non, que connaît-on de la mort de quelqu’un, d’un homme qui s’éteint dans une chambre du St. George Hospital, à Bombay ? Que sait-on de la mort de C., de cette mort matérielle et spirituelle qui «par hasard est la sienne» ? 
Dans Bombay, «ville sans âme», C. croise sa mort au détour d’une rue, triste conséquence d’une agression qui tourne mal. Aventure presque banale d’un être vivant rejoignant l’éternité. Mais de cet arrachement secret, Gabrielle Wittkop tire la matière d’un récit dont les détours empruntent, le temps d’une dernière fuite, les pas d’un homme qui se sera précipité vers sa fin. 
D’une plume aussi fine que le scalpel, elle dissèque le corps de C., fouille dans ce chaos de cellules qui sont autant de pièces d’un puzzle incompréhensible et les arrange indéfiniment. Car la mort de C. n’est qu’une répétition, une suite de décès contradictoires mais véridiques que l’imaginaire fixe en instantanés foudroyants. 
Dans cette rue de Bombay que C. s’est choisie comme décor, la lame d’un couteau déchire encore et toujours la peau d’un homme, achève d’un sifflement mat un travail commencé dès l’origine, dès le premier souffle. Car la mort de C. est aussi sa vie, une quête avide de morts et de résurrections qui l’auront conduit à cette scène finale, pour un dernier rôle solitaire. 
Saisissant d’un geste la vie de C., toute de dérèglements et d’effervescences, Gabrielle Wittkop rejoue pour nous le drame d’un être lancé vers la mort, ayant au cœur l’espoir d’une usure rapide de la corde qui retient notre machinerie de pantin, et dont la rupture jette les osselets à terre dans un schéma complexe. 
Que connaît-on de la mort ? De la mort physique et spirituelle d’un homme à qui était échu le rôle d’y tomber «comme Narcisse dans son image» ? Sombre invitation que le talent de Gabrielle Wittkop transcrit avec une langue précise, assurée, presque brutale dans sa netteté et qu’elle assume jusqu’à ses plus absolues limites, car «la vie et la mort sont unies à jamais», dans un baiser farouche que rien ne rompt. Sombre cheminement d’une destinée qui ne prit son sens que «par la mort, dans la mort», avant l’évanouissement vers d’autres rivages. 
Mais la question ou plutôt les questions demeurent sans solution. L’énigme reste intacte, l’énigme que C. aura été, qu’aura été elle-même la mort de C. avec tous ses décès accessoires. 
Ténèbres.