l'autre LIVRE

Éric CHEVANCE

Qu'allons nous faire de nos colères ?

Qu'allons nous faire de nos colères ?

de Éric CHEVANCE

Contrevues (IRE DES MARGES (L')) | Paru le 01/05/2020 | 21,00 €

Rassemblés ici sous la forme du journal, ces textes écrits entre 2013 et 2017 pour être initialement publiés sur un réseau social, pourraient n’être qu’un florilège de billets d’humeur, une chronique de notre temps, des questions et controverses qui l’ont agité.

Mais plus ou mieux que cela, ce recueil, récit au quotidien des luttes sociales et politiques d’une partie de la décennie passée, dresse un inventaire implacable des violences faites aux plus démunis, les sans logis, les sans-emploi, les sans-avenir, les sans-voix.

Au gré des indignations et des colères de l’auteur, parfois de ses bonheurs, ce journal trace en filigrane le portrait d’un citoyen et l’itinéraire d’un engagement.

 

L'extrait

 

9 février 2017,

Il y a 6 ans déjà, en 2011, atterrés par l’ état du monde et l’ incurie de nos dirigeants, avec plusieurs membres de l’association Artfactories / Autre(s)pARTs, nous avons entamé un débat informel, par mail. Je viens de relire ces échanges et nous pourrions les reprendre aujourd’ hui mot pour mot.

On pouvait y lire des choses comme celle-ci : « L'avalanche de toutes ces nouvelles immondes me satellise... Je les déteste de m'empêcher de penser. Ils m'obligent à faire de moi un crétin qui n'a que l'idée de les voir disparaître. » (Yves Fravega) ; ou comme celle-là : « La montée d'une colère sociale, doublée de son impuissance à se donner à elle-même sa propre fin (...) m' inquiète au plus haut point. » (Jules Desgoutte). Mais ce qui me reste avant tout de ces contributions a été formulé par Philippe Foulquié : « Qu’allons-nous faire de nos colères ? » Car c’est bien de colère qu’ il s’agit. (...)

Ces colères, je ne suis pas le seul à les éprouver, à les contenir souvent, à les laisser exploser parfois. Elles ne s’épuiseront pas, je le sais, dans les urnes de ce printemps et dans l’accession au pouvoir d’un nouvel homme providentiel, quel qu’il soit. Alors qu’allons-nous en faire ? Peut-être éclateront-elles, peut-être ex- primeront-elles d’abord nos craintes, nos peurs et nos indignations, pour ensuite se transformer, porter nos espoirs, et nous amener à rendre le monde un peu plus supportable...

Ferons-nous de nos colères des armes pour combattre l’ ignominie et des outils pour bâtir un avenir décent à nos enfants ?

L'arrivant et l'autre

L'arrivant et l'autre

de Éric CHEVANCE & Michel RICHARD

vies minuscules (IRE DES MARGES (L')) | Paru le 15/03/2018 | 8,00 €

« La meilleure arme contre l'oppression est la parole. Il faut donc prendre la parole, la prendre au sens propre du terme, car la parole ne nous est pas donnée. » Erri De Luca

C'est ce qu'ont fait à travers ce recueil de textes Éric Chevance et Michel Richard.

Au départ, c'est une simple proposition du second au premier : écrire, ou plutôt s'écrire, échanger des textes. Un essai, une tentative pour comprendre ce qui peut les rapprocher : « L'idée d'un monde qu'on n'accepte pas, dont on sait les urgences. Écrire pour ne pas céder à la panique. Écrire pour articuler ce que l'on a à se dire, ce qui bat en nous et ce pour quoi on se bat », lui écrit-il.

Très vite le sujet s'impose, tout simplement parce qu'on ne peut pas ne pas en parler. Les migrants.

Il ne s'agit là ni d'informer ni d'analyser. D'autres l'ont fait, le font. Ni même de faire preuve d'originalité, mais d'affirmer un point de vue. Celui d'Européens placés devant la détresse de ces personnes chassées de leur pays par la guerre, la misère, les persécutions, la ruine... Il s'agit de témoigner de ce qui nous bouleverse, brouille notre représentation du monde, trouble nos certitudes. Témoigner, non pas à proprement parler de la situation de ceux qu'on appelle les migrants comme s'ils avaient vocation à ne jamais trouver de point de chute, mais du miroir que nous tendent ces personnes qui, dans le plus grand dénuement, se présentent à nos frontières.

«?De qui parlons-nous ??», s'interrogent Éric et Michel. Étrangers, réfugiés, demandeurs d'asile : ces termes expriment avant tout une réalité juridique. Clandestins, sans-papiers, immigrés stigmatisent. Expatriés, ce n'est pas cela. Exilés, oui, mais pas seulement. 

Des arrivants. C'est Michel qui a proposé ce terme après l'avoir entendu à la radio, car tout de suite, il a parlé à son oreille et il a résonné dans sa bouche de comédien. Arrivant. Cependant, comme tous les mots, il ne leur  paraît pas tout à fait satisfaisant. Il a le défaut de sa qualité. Suffisamment neutre pour ne pas véhiculer de mauvaises interprétations, trop neutre pour être véritablement politique. Il est vrai au sens où il signifie une réalité, mais il est insuffisant. Ils l'ont cependant gardé, face à cet autre qu'est chacun de nous, dans l'attente que se révèle, s'il existe, le mot juste, celui qui dira tout à la fois le départ, le voyage et l'arrivée, la peur et l'espoir, la solitude, l'attente et la fatigue, la mer et les montagnes, les frontières à franchir, les passeurs, la police et, aussi, les solidarités qui naissent et qui s'affirment.

Ce travail d'écriture s'est poursuivi avec constance. D'avril 2016 à avril 2017, chacun, de son côté, a écrit à l'autre et continue de le faire. Éric en s'appuyant sur des réflexions personnelles et ses engagements, Michel, pour qui avant le mot il y a le geste, en suivant le principe du dialogue théâtral.

Invités à en lire quelques extraits en public, ils ont  imaginé avec la complicité du comédien Daniel Strugeon une mise en jeu pour ouvrir des espaces de parole, de rencontres, d'échanges, de débats.

Puis, ensemble, nous avons pensé que ce recueil de textes échangés qui tentent de dire humblement comment s'éprouve, se vit et ce que transforme en nous cette présence des arrivants qui frappent à nos portes, cela pouvait devenir aussi un livre.

1 € reversé en soutien à SOS Méditerranée - L'Aquarius