l'autre LIVRE

Armel GUERNE

Fragments

Fragments

de Armel GUERNE

Essais (FÉDÉROP) | Paru le 05/02/2019 | 15,00 €

« Le monde est au plus bas, la terre se meurt, la nature est tuée. Le temps, comme un pouls d’agonie, s’accélère et bat dans le vide. L’espace est déchiré. On peut voir de partout cette double brisure, la verticale des fusées, l’horizontale des franchisseurs de son, parcourue par le feu, tracée par le poison comme une croix vivante de la mort. Le signe est dans le ciel. L’air que nous respirons est en agonie ; les espèces vivantes dans le règne animal, le règne végétal, dans le règne minéral même sont en agonie et beaucoup déjà ont disparu, laissant des trous irremplaçables, des hiatus et du chaos dans la pyramide évidente de l’équilibre et de l’enchaînement des choses. L’humanité est en agonie, à la fois comme sentiment et comme idéal, à l’intérieur de chaque être humain, dont on dirait qu’il s’est mis, tout au bout de sa rage pusillanime, à s’enorgueillir désormais de son ignorance et à s’interdire le respect de la vie dont il vit. »
                    Armel Guerne (1911-1980)

 

Le Poids vivant de la parole

Le Poids vivant de la parole

de Armel GUERNE

Paul Froment (FÉDÉROP) | Paru le 06/10/2007 | 15,00 €

 

     « Même si la plupart de ceux qui en font ne s’en doutent guère, il en coûte beaucoup d’écrire un livre et c’est un acte grave. Une œuvre, dès qu’on ne la tient plus pour un feuillet dans l’effarante cataracte de papier imprimé qui s’abat chaque matin sur la France, on doit se demander quel est son acte sur la terre ; et non seulement de quel esprit elle procède, mais aussi et peut-être surtout, dans l’angoissante tragédie de nos jours, quels esprits et quels cœurs elle encourage et décourage. Les temps sont trop tendus, où nous vivons si mal, et l’essentiel y est trop manifes­tement en péril, si près de chavirer bientôt, pour que – quelle que puisse bien être l’éloquence du prédicateur – si quelqu’un d’entre nous prend sur soi de gravir les degrés qui le mettent en chaire au-dessus du silence, nous ne l’attendions pas à l’efficace de sa parole. Et puisque nous sommes tous prisonniers de la même prison, de ce compagnon qui s’est mis au-dessus de nous pour prendre la parole, et à qui nous prêtons quelque chose de nous, peut-être un irremplaçable instant du temps humain de notre âme, pour l’entendre, c’est un enseignement utile ou un vrai pas vers la délivrance que nous attendons, non pas un bavardage qui épaississe la cloison ou une rhétorique qui nous distraie, fût-ce un instant, et nous détourne des verrous qui nous séparent du salut. Nous entendons en définitive qu’il n’abuse en aucune façon ni de notre misère ni de la sienne…»  
                                                                                                 Armel Guerne
 
 
     Poète, essayiste et traducteur, Armel Guerne est né en 1911 à Morges (canton de Vaud).?Il publie son premier ouvrage, Oraux, en 1934. Engagé dans la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté par la Gestapo, mais réussit à s’évader du train qui l’emmène à Buchenwald, et rejoint Londres. Rentré en France, il traduit de nombreux auteurs?: Novalis, Rilke, Hölderlin, les frères Grimm, Melville, Virginia Woolf, Dürrenmatt, Lao Tseu et Kawabata…pour n’en citer que quelques-uns, tout en poursuivant son œuvre personnelle. Il compte parmi ses amis Mounir Hafez, André Masson, Georges Bernanos, Cioran enfin avec qui il entretient pendant une vingtaine d’années une longue correspondance. Il meurt en 1980 à Marmande, à quelques kilomètres du moulin à vent de Tourtrès en Lot-et-Garonne, où en 1961 il avait choisi de se retirer.