l'autre LIVRE

OGRE (DE L')

Avec l’Ogre, nous souhaitons défendre des livres qui, d’une manière ou d’une autre, mettent à mal notre sens de la réalité, traitent de ce moment drôle ou terrifiant où les choses et les gens ne semblent plus être ce qu’ils sont d’habitude, où le dehors arrête d’être sage et bien rangé. Cette interruption du flux de la normalité peut se produire de deux façons : soit dedans, avec l’altération du sensible et de la subjectivité, parfois jusqu’à la folie, soit dehors, avec l’altération du réel objectif, c’est-à-dire l’irruption d’éléments appartenant au fantastique. Notre ligne éditoriale veut donc rassembler sous une même bannière une certaine littérature du glissement de la perception, de l’effritement ou de la saturation du réel, que nous appelons, en référence à Max Blecher, la littérature de l’« irréalité » : quand dans ce monde normalement accueillant, tout devient objet. Nous pensons à des auteurs comme Kafka, bien sûr, mais également Musil, Gombrowicz et Blecher pour les étrangers, ou Hardellet et Pons pour les Français, et dans un registre plus contemporain, à tous ceux qui entreprennent un rapport singulier à la réalité et à la langue, tels que Rodrigo Fresan, Antoine Volodine, Éric Chevillard, Juan Francisco Ferré ou encore Jacques Abeille.
 

L’Ogre publiera huit romans par an, français ou étrangers (2 en janvier / 2 en mars / 2 en mai / et 2 à l’automne).

Adresse : 40 rue de Montmorency
75003 Paris
Site web :http://www.editionsdelogre.fr
Courriel :nous contacter
Diffusion :Harmonia-Mundi
Distribution :Harmonia-Mundi
Représentant légal :Benoit Laureau
Forme juridique :SAS
Racine ISBN :979-10-93606
Nombre de titre au catalogue :6
Tirage moyen :1000
Spécialités :Littérature française et étrangère
Data Transport

Data Transport

de Mathieu BROSSEAU

hors collection (OGRE (DE L')) | Paru le 05/05/2015 | 19,00 €

Quand M. est un beau jour repêché par un cargo en pleine mer, ni lui ni personne ne sait qui il est, ni ce qui l’a mené ici. Muet et amnésique, il trouve une emploi dans un service de courriers non adressés à la poste et semble progressivement recouvrer la mémoire ainsi que le langage par l'intermédiaire des lettres qu'il lit et classe toute la journée. Cette découverte de lui-même, de son histoire, celle d’un être confronté à la difficulté d’incarner à la fois son corps et son verbe, et condamné dès sa naissance à une mystérieuse seconde de retard, va le mener jusqu'à la source de ses crimes – réels ou illusoires – et de sa propre disparition.

Dans un univers éthéré et poétique, et avec une précision poétique chirurgicale, Mathieu Brosseau interroge dans Data Transport ce que la langue fait au corps. Comment reprendre corps, mémoire et langue ? Comment distinguer ce qui, dans cette reconquête de la langue et de la mémoire, appartient à l’identité ou aux lettres que lit M., sorte de Bartleby qui serait passé de l’autre côté du miroir.

L'Orage et La Loutre

L'Orage et La Loutre

de Lucien GANIAYRE

hors collection (OGRE (DE L')) | Paru le 05/05/2015 | 18,00 €

Dans un village du Périgord, après un étrange orage, un instituteur découvre que le monde qui l’entoure, ainsi que tous les êtres vivants, sont figés, immobiles comme si le temps s’était définitivement arrêté. Il suffit de les toucher pour qu’ils se réchauffent, reviennent à la vie, et, au bout d’une fraction de seconde, meurent et pourrissent. Livré à lui-même et évoluant en permanence sur une scène de théâtre dont les acteurs et le décor seraient aussi froids et fragiles que du verre, l’instituteur essaye dans un premier temps de mener une vie normale dans son village, et, tant bien que mal, de survivre à la folie qui le guette. Il décide finalement de rejoindre Paris à pieds pour tenter d’y retrouver son seul ami d’enfance. C’est en chemin qu’il rencontrera un autre être mouvant, une loutre, qu’il tentera d’apprivoiser...

Roman fantastique, mais également récit exaltant et cruel du voyage d’un homme laissé seul avec son esprit et ses souvenirs, L’Orage et la Loutre, écrit au sortir de la guerre, fut à sa publication qualifié de « dernier roman réaliste », en ce sens où est conféré une dignité aux activités les plus banales de la vie quotidienne (certes bouleversée par un événement surnaturel). Si on peut à bon droit y voir une allégorie de la guerre (il suffit de penser auxreprésentations cinématographiques – inédites à l’époque – de la solitude du soldat, évoluant au ralenti, sur un champ de bataille), L’Orage et la Loutre est avant tout une méditation profonde sur l’impossibilité de l’amour et du contact humain.

Dans la maison qui recule

Dans la maison qui recule

de Maurice MOURIER

hors collection (OGRE (DE L')) | Paru le 05/03/2015 | 19,00 €

Dans un futur proche, dans une région incertaine (mais évoquant fortement les Cévennes), un jeune journaliste – le Jeune Homme Blet – cherche à pénétrer une communauté fermée, une forteresse, pour y rencontrer le Saint, prétendu guide spirituel qui a su préserver ce lieu du monde extérieur. Chemin faisant, il rencontrera une foule de personnages qui joueront avec son esprit et ses nerfs, sans le rapprocher une seule fois de ce Saint qui semble terriblement absent de leur vie quotidienne : le docteur Rubbe, monsieur Loyal versé dans la pétomanie, Evelyne, pré-adolescente surdouée et nymphomane, Faux-Derche, Noir haut placé dans la mystérieuse hiérarchie du groupe et imitant à la perfection l’accent antillais, ou encore Bellétron, malheureux éditeur transformé en cheval.

Tandis que le jeune journaliste s’épuise physiquement et nerveusement, balloté par les manipulations, mensonges et mises en scène de cette étrange communauté, le lecteur se retrouve sans cesse confronté à une terrible question : cette communauté qui a su radicalement renouveler son rapport à la connaissance et au sexe relève-t-elle de l’utopie ou de la contre-utopie, ou, pour le dire en des termes résonnant plus directement avec l’ouvrage, le pauvre journaliste pénètre-t-il dans le Château (de Kafka) ou dans l’Abbaye de Thélème (de Rabelais) ?

Avec Dans la maison qui recule, Maurice Mourier propose une relecture grotesque, absurde et souvent hilarante du Château de Kafka, servie par une langue follement inventive qui emprunte autant à la langue de Lewis Carroll qu’à l’imaginaire de Rabelais. Truffé de références et d’allusions littéraires dissimulées aussi bien dans la langue que dans la trame narrative, ce texte permet plusieurs niveaux de lectures, de la plus naïve à la plus érudite.

Un deuxième tome est actuellement en cours d’écriture.

Ma Fille Folie

Ma Fille Folie

de Savina Dolores MASSA

hors collection (OGRE (DE L')) | Paru le 05/03/2015 | 21,00 €

Ma Fille folie, qui a fait scandale à sa sortie en Italie, déprogrammé pour ses propos censément pornographiques, est un roman étrange et drôle. Sans dénouer ce qui des propos et constatations de Maddalenina relève du délire ou de la réalité, il propose à la fois une lecture du corps féminin dénué de tout fantasme – un corps malade, dur et sec en opposition totale avec celui sain, tendre et généreux de la Mère –, empêtré dans un fantasme de maternité –, et un tableau des villages sardes des montagnes qui, fermés sur eux-même, marginalisent les faibles. 

 

Femme marginalisée par les habitants du village sarde où elle habite, Maddalenina, analphabète, dont le seul revenu est une pension d’invalidité, vit, après la mort de ses parents, dans une solitude joyeuse. Le jour de son cinquantième anniversaire, elle comprend que le moment est venu pour elle d’enfanter. Après avoir entendu les noms chantés de trois géniteurs impossibles (le premier a été émasculé par un taureau, le deuxième est un vieux professeur qui a toujours préféré les marins violents aux femmes et le troisième un adolescent de 15 ans qui cherche par tous les moyens d’échapper à la malédiction familiale qui voit tous ses membres vivre jusqu'à cent ans) et avoir recueilli les conseils de Maria Carta, une « guérisseuse », Maddalenina voit son ventre grossir et pense son rêve en bonne voie de réalisation. 

Les langues que Savina Dolores Massa déploie dans ce récit burlesque mettent en lumière les différentes réalités qui composent la vie de Maddalenina. Plus encore, elles mettent en scène, au travers de l’instrumentalisation des figures religieuses – la Vierge, la Trinité et le cierge –, les rapports ambigus qu’entretiennent ces êtres perdus et en marge avec la société conservatrice et religieuse qu’ils hantent. Ainsi le langage simple et accidenté des questions de Maddalenina répond à celui abstrait et construit de ses interlocuteurs, reflétant ainsi les relations qu'entretiennent les croyants et leur texte, ceux qui ne savent pas et ceux qui savent, les dominés et les dominants.

Aventures dans l'irréalité immédiate, suivi de Coeurs cicatrisés

Aventures dans l'irréalité immédiate, suivi de Coeurs cicatrisés

de Max BLECHER

hors collection (OGRE (DE L')) | Paru le 06/01/2015 | 23,00 €

« De tous les textes rares, sombres et solaires, têtus et célibataires comme les machines grippées qui les engendrèrent, Aventures dans l’irréalité immédiate demeurera à jamais comme l’un des textes les plus inouïs qu’ait produit un jeune homme promu non à l’envol glorieux mais à la pétrification hurlante. »  - Claro

Souvent comparé à Schulz, Kafka, Hardellet ou Walser, Max Blecher est ce que l’on peut appeler un « écrivain du sanatorium ». Comme ses pairs, il a souffert dès son plus jeune âge d’une maladie, la tuberculose osseuse, le contraignant à faire de longs séjours en sanatorium. Il meurt en 1938 à l’âge de 29 ans, auteur de trois romans et d’un recueil de poèmes. Si son oeuvre,comme celle de Bruno Schulz ou de Thomas Mann, est irriguée par cet état singulier, l’altérité et le rapport aux corps et aux choses qui en découle,elle semble déployer toute son originalité dans un regard unique porté sur le rapport au monde. Aventures dans l’irréalité immédiate n’entreprend pas directement de rapport avec sa maladie, mais, dans une tentative hallucinée d’approcher d’une réalité autre, il met en scène les expériences sensorielles(potentiellement autobiographiques) d’un jeune garçon dans une petite de ville de province roumaine. C’est à travers sa fascination pour les lieux dits «maudits » et les objets baroques et bon marché qui composent son quotidien que Blecher explore toutes les failles sensibles de la perception et construit une langue unique à même de restituer un état sensoriel.

Coeurs cicatrisés est quant à lui le récit de sa maladie et de son séjour en sanatorium. Sans être un journal comme La Tanière éclairée, ce roman, à forte teneur autobiographique, est l’histoire d’un jeune étudiant en médecine qui, découvrant la maladie invalidante et incurable dont il souffre, quitte Paris pour la ville sanatorium de Berck afin d’y recevoir des soins et se reposer. Outre l’altération progressive de la perception de son corps et de son environnement, essentiellement provoqués ici par la maladie, Blecher explore sous un angle plus quotidien et matériel l’irréalité ou les chevauchements de réalités qui semblent composer son imaginaire.

Ces deux livres mis ensembles créent un effet miroir de deux réalités qui se complètent, s’irriguent et semblent être à l’origine d’une langue et d’un imaginaire unique.

Max Blecher a remporté le prix nocturne 2013 (pour Aventures dans l’irréalité immédiate).

Quelques rides

Quelques rides

de Fabien CLOUETTE

hors collection (OGRE (DE L')) | Paru le 06/01/2015 | 16,00 €

Un petit village en bord de mer, agrégé autour de l’hôtel de la famille de Capvrai. Les parents vieillissant, c’est le fils qui reprend la charge de l’établissement. Enfin pas directement, puisque ce dernier est convaincu que c’est son frère, le Chef, mort prématurément dans son enfance, qui assume cette responsabilité. C’est que Capvrai a deux personnalités : celle de son frère décédé et la sienne, perdue dans les brumes de l’enfance. Porté par l’ambition d’une famille de notables, le village change et s’ouvre progressivement au tourisme. La construction d’un deuxième hôtel met en péril le fragile équilibre de sa vie, et le pousse, par trois fois, à tuer. Un procès s’ensuit, accompagné d’une expertise psychiatrique. Cashon, un assistant médical plus intéressé par les ragots du village que par sa fonction, est chargé d’établir les résultats de l’expertise et de son enquête. C’est ce texte éclaté et taché de beurre de sandwich qui est donné à lire ici.

Dans une langue neuve, qui doit beaucoup au pouvoir d’évocation du cinéma, Fabien Clouette emmène le lecteur dans les méandres de la psyché de ses personnages, entre les réflexions hallucinatoires de Capvrai et les commérages de Cashon. Mais le réel, que le lecteur croit découvrir en reconstruisant l’histoire tapie sous le témoignage de Capvrai, semble sans cesse se dérober. Les habitants de ce village directement sorti de Twin Peaks s’agitent ainsi sous nos yeux, comme autant de marionnettes dont les mobiles demeurent incompréhensibles. À la manière d’un polar – mais d’un polar qui serait essentiellement roman noir, tragédie, huis clos à ciel ouvert – ce qui est donné à voir dans ce roman, ce sont seulement les quelques rides qui affleurent à la surface.