l'autre LIVRE

Polychrome

Journal d’un hittiste

Journal d’un hittiste

de Kamal GUERROUA

Polychrome (RESSOUVENANCES) | Paru le 04/09/2018 | 13,00 €

Les hittistes sont devenus depuis les années 1990, en Algérie notamment, une catégorie sociologique objet, selon les cas, d’empathie, d’indifférence, de suspicion ou de rejet. Déjà leur appellation marque une distance, une ironie qui peut être dépréciative. Ce sont les jeunes gens désœuvrés qui «tiennent les murs» (hit : mur en darija, dialecte algérien), sans débouchés, sans revenus qu’aléatoires – une importante proportion de générations successives.
Le présent recueil de nouvelles, qui constituent un tout, évoque différents plans de cette condition, vécue de l’intérieur. Dans un espace quotidien populeux, dysfonctionnel, nécessiteux, le monologue intérieur d’un hittiste récapitule les différents facteurs de sa paralysie. Il les retourne en vain, d’un autobus à un pauvre café : l’incompréhension de l’entourage, l’impossibilité de déployer des relations durables, l’absence de perspectives, les espoirs fantasmatiques retombant dans la routine des jours, les éclats de colères vains – avec comme seul appui la beauté d’Alger vers la mer. En arrière-plan, l’auteur évoque une ambiance délétère peuplée de machistes, de «barbus » ultras, de petits gangs. Au bout, comme un sortilège, l’exil devient le seul phare, qui renvoie au manque essentiel d’une attache viable là où l’on est né. Il est une tradition qui ne semble pas vouloir mourir.
Né en 1982, Kamal Guerroua est chroniqueur. Après des études universitaires à Alger puis à Toulouse, il publie poèmes, nouvelles, articles. Journal d’un hittiste, dit-il, «transporte sur les ailes de la fiction dans les entrailles de [son] pays, avec sa complexité et ses contradictions ». Il a déjà publié chez Ressouvenances Exil Nostalgie.

Les Maldormants

Les Maldormants

de Ivan de MONBRISON

Polychrome (RESSOUVENANCES) | Paru le 10/11/2014 | 26,00 €

On écrit à partir d’œuvres d’autrui, quand elles vous saisissent», dit en substance Ivan de Monbrison, évoquant le processus qui conduisit au présent «récit». Ce sont l’œuvre et le tourment de Nanaqui Artaud qui sont rap­pelés dans la résurrection onirique que devient l’épreuve de la lecture. Lecteur et auteur errent confrontés à l’univers d’une mégapole marine et solaire en cours d’apocalypse dans l’étirement des temps vécus par l’un et l’autre. Fureur et désarroi, incertitudes, ressentiments, nourrissent les fulgurances d’une écriture où des couleurs souvent diaphanes et les distorsions squelettiques et charnelles des formes se mirent dans les dessins jalonnant une poésie hallucinatoire.

Édition originale, accompagnée de 15 dessins de l'auteur in texte.

Poète, traducteur, dessinateur et peintre, Ivan de Monbrison, né en 1969, a publié des recueils de poèmes, parfois à l’occasion de ses expositions, et dans des revues (Phréatique, Arcane 18, Po&sie…). Ses œuvres plastiques ont été exposées depuis le début des années 2000, notamment à Paris, New  York, Bruxelles, Sienne… Il vit entre Paris et Marseille.

 

Autour du Cirque

Autour du Cirque

de Ramon GOMEZ DE LA SERNA

Polychrome (RESSOUVENANCES) | Paru le 10/09/2014 | 18,00 €

Les gregerías sont un genre spécifique, reliant aphorismes, touches pointillistes, liens inattendus, comparaisons méditatives plutôt que surréalistes, depuis une observation aiguë et ironique vers un certain fatalisme. L’auteur, qui signait Ramón, en est le créateur et l’artiste unique. Les notations réunies dans le présent volume sont choisies parmi le recueil Le Cirque, paru en France en 1927 avec la préface des Fratellini. Le cirque, dont Ramón s’affirmait le chroniqueur exclusif, apparaît comme le microcosme où se jouent selon des rituels énigmatiques et se condensent la peine et la fantaisie de la vie humaine. Dans le cercle social du public, les artistes réitèrent des drames primordiaux en s’offrant au rêve complice du notateur, l’écrivain qui ne s’exceptera pas du jeu et lira, du haut d’un trapèze, le long rouleau de ses notations.
Ce livre est imprimé dans la teinte qu’employait l’auteur pour ses manuscrits (vermillon soutenu), avec de ces ornements typographiques qui sont peut-être aux pages ce que la pirouette, la figure ou l’élan sont à la piste.

La Chute d’Hypérion

La Chute d’Hypérion

de John KEATS

Polychrome (RESSOUVENANCES) | Paru le 10/09/2014 | 20,00 €

Texte iconique et testamentaire, ce poème abandonné in medias res par Keats est un défi en même temps qu’un hommage aux fondements de l’art poétique. L’auteur-narrateur y dialogue en direct avec une déesse, Mnémosyne, puissance féminine fondatrice du langage et mémoire tutélaire, et il a le privilège d’écouter le récit mythique d’un Saturne déchu.

Ce plongeon initiatique dans un fantastique romantico-antique est aussi l’occasion de redéfinir la nature du poète authentique et son rôle dans la société, rôle qu’a aussi assumé son contemporain et défenseur, Shelley, pour qui «les poètes sont les législateurs non reconnus du monde» (Défense de la Poésie, 1821) — ce monde traversé en étoile filante par Keats, mort à vingt-cinq ans. Aussi la présente traduction en vers, avec le texte original en regard, est-elle suivie d’extraits du poème de Shelley consacré à Keats, Adonaïs, et de La Nuée.

Édition bilingue, illustrée en couleurs.

Tableaux de la Nature

Tableaux de la Nature

de François-R. DE CHATEAUBRIAND

Polychrome (RESSOUVENANCES) | Paru le 10/06/2014 | 12,00 €

Ce recueil propose un choix large & essentiel des poésies de l’auteur, recueillies à l’origine dans le volume Poésies diverses de ses Œuvres complètes. Dans la Préface, Chateaubriand évoquait ses expériences prosodiques, fort peu publiques. Les considérations suivantes en sont extraites.

«Si vous avez écrit plus de vers que de prose, ou plus de prose que de vers, on vous range dans la catégorie des écrivains en vers ou en prose, d’après le nombre et le succès de vos ouvrages.?¶ Si l’un des deux talents domine chez vous, vous êtes vite classé.?¶ Si les deux talents sont à peu près sur la même ligne, à l’instant on vous en refuse un, par cette impossibilité où sont les hommes d’accorder deux aptitudes à un même esprit.??¶ On avait divisé les facultés de l’esprit comme les classes de citoyens. Nous avions nos trois ordres intellectuels, le génie politique, le génie militaire, le génie littéraire, comme nous avions nos trois ordres politiques, le clergé, la noblesse & le tiers-état : mais dans la constitution des trois ordres intellectuels, il était de principe qu’ils ne pouvaient jamais se trouver réunis dans la même chambre, c’est-à-dire dans la même tête.?¶ Il était tout simple que dans une monarchie militaire où l’on n’avait besoin ni de l’étude politique, ni de l’éloquence de la tribune, les lettres parussent un amusement de cabinet ou une occupation de collège.?¶ Je faisais des vers au collège, et j’ai continué d’en faire jusqu’à ce jour : je me suis gardé de les montrer aux gens. Les Muses ont été pour moi des divinités de famille, des Lares que je n’adorais qu’à mes foyers.»

L’esprit de ces poèmes se caractérise par une mélancolie lyrique & agreste, prévilégiant la solitude dans  une nature rousseauiste & presque baroque & le retrait du monde: le secret d’un génie jeté dans une société mondaine & politique qui ne lui correspond pas. Ces vers aux mètres changeants et, pour l’époque, assez libres (ainsi que Chateaubriand ne manque pas le suggérer lorsqu’il les publie après les bouleversements formels du romantisme) datent pour partie de sa jeunesse, des années 1790, et pour partie du début du dix-neuvième siècle.

Selon la forme de la collection Polychrome, ce livre présente une composition originale, une impression noir et pluri-couleurs sur un papier ivoire aux cahiers brochés, avec lettrines et ornements.

LES SONNETS À ORPHÉE

LES SONNETS À ORPHÉE

de RILKE & RAINER

Polychrome (RESSOUVENANCES) | Paru le | 20,00 €

Les cinquante-cinq Sonnets à Orphée furent écrits par Rilke en février 1922, en moins de quinze jours. Leurs thèmes centraux sont Orphée et son chant de louange ; ce qui est chanté est le «Dasein», l’«être-ici», la présence au monde.

Rilke tenait pour une trahison de sa poésie toute traduct?ion qui ne restituerait pas, en même temps que sa pensée, son mouvement intérieur, son rythme, ses rimes, sa musique. L’object?if du traduct?eur a été de faire « entendre » autant que possible cette orchestration en essayant de reproduire la struct?ure, rime et rythme, des Sonnets de Rilke, pour proposer des échos sonores des originaux. L'expérience se poursuit dans une édition trilingue (texte original en regard d'une traduction française et anglaise, chaque domaine prosodique permettant une approche différente des mêmes contraintes).

Le Grand Tric

Le Grand Tric

de Georges DANGON

Polychrome (RESSOUVENANCES) | 15,00 €

TRIC ! fut le mot d’ordre par lequel les ouvriers imprimeurs, typographes et pressiers, «laissaient l’œuvre», se «débauchaient» (au sens de quitter le travail, contraire d’embauche), et initièrent en 1539 ce qui est considéré comme la première grande grève ouvrière de l’histoire de France. D’origine germanique (streik, ainsi que l’anglais strike) comme l’étaient bien des gens de ce métier créé à Mayence et dispersés ensuite en Europe, tric devint substantif lorsque ce que l’on nomma le Grand Tric eut troublé plusieurs années la paix déjà bien relative du royaume de François Ier. L’art du livre ne pouvait s’étendre sans conflits, dès ses débuts où il rencontra l’hostilité des copistes et enjoliveurs, qui durent soit évoluer vers l’ornementation des imprimés ou la gravure sur bois, soit disparaître.

La présente évocation réunit, à une illustration tirée des réalisations graphiques de l’époque, deux articles publiés en 1956 par Georges Dangon, républicain franc-maçon, l’un des principaux imprimeurs de Paris, qui fabriquait depuis les années 1930 des organes de presse radicaux-socialistes ou communistes, résistant de la première heure, et qui fut aussi un contributeur du magazine Le Courrier graphique durant les années 1950. On lui doit des aperçus originaux et peu évoqués sur l’histoire sociale de l’imprimerie.

Complétée des édits royaux qui attestent l’écho de ce tric et sanctionnent ses conséquences par l'interdiction des réunions et associations ouvrières (notamment dans l’Ordonnance de Villers-Cotterêts), cette réédition est composée en garamond dans les figures classiques de ce caractère.

Les Poèmes indésirables

Les Poèmes indésirables

de Armand ROBIN

Polychrome (RESSOUVENANCES) | 12,00 €

Ce recueil parut en 1945 aux Éditions anarchistes, Paris. Le cri révolté contre le totalitarisme dans ses versions surtout stalinienne, et aussi nazie, fasciste et capitaliste, émerge dans la nuit de la Seconde Guerre mondiale. Peuvent surprendre au prime abord la reprise de termes bolchéviques archétypaux et l’apparente prédilection pour des slogans prolétariens. C’est que l’auteur opère un renversement contradictoire de thèmes accaparés par la terreur dogmatique des bureaux et des massacreurs. Il détourne le messianisme de l’idéologie en épreuve d’une tragédie individuelle renvoyant à une crise de conscience collective. Cette tentative sape l’apanage ouvriériste fictif du Staline et la norme aragonesque d’une poésie utilitaire et inféodée, sous prétexte d’un «engagement», au conformisme et à la délation.

L’auteur de La Fausse Parole expérimente, à travers des vers fulgurants, la désubstantiation des mots et de la vie: « Votre pain, c’est du pseudo-pain, / Votre vin, c’est du pseudo-vin. / Vos mots sont tous truqués, / Vos vies sont toutes faussées. — Les épouvantes dont on vous parle / Ne sont pas la vraie épouvante.» Ce qui tient à la fois du constat et de la prémonition apparaît, au creuset d’une solitude confinée dans un univers de hurlements, en correspondance (comme des annonces-échos) avec maintes critiques modernes (orwellienne, debordiste…).

Le destin d’Armand Robin n’est pas sans analogie avec celui du Consul d’Au-dessous du volcan, quoique pour d’autres raisons – la mort que l’on est allé chercher dans un imbroglio avec des serviteurs de l’ordre, comme un absurde aléa et qui est un signe délibérément créé. Il est une clé, poignante, de ce recueil («Ne dites pas qu’on ne peut pas le faire», dit le «non-tué») : alors qu’il s’était déjà dénoncé, sans résultat, auprès de la Gestapo, le poète plus tard prit coutume de déranger, railleur, un commissaire de la République. Le «non-tué» eut gain de cause, une nuit de 1961.

La forme libre d’une parole dépouillée habite les vers, scandés au cours du rythme imprécateur bousculé de lettres capitales — seule façon, dans la dactylographie, de faire resortir graphiquement des notions et des mouvements passionnés. La typographie offre d’autres latitudes. Il est tenté, dans la présente réédition, d’accompagner ces pulsions rythmiques et formelles par un jeu sur les styles de caractères et sur leurs couleurs. L’ornementation, rendant compte de l’impossibilité d’orner ou d’illustrer, propose de mettre en regard une certaine désubstantiation de la typographie, la valorisation de héros-pères de la culture dominante d’alors, l’ombre projetée des «derniers seuls» (évoqués par Armand Robin) sur un univers d’objets-sigles.