l'autre LIVRE

Micheline

Néons

de Denis BELLOC

Micheline (CHEMIN DE FER) | Paru le 24/03/2017 | 17,00 €

Dans la zone torride du Brésil

Dans la zone torride du Brésil

de Benjamin PERET

Micheline (CHEMIN DE FER) | Paru le 23/09/2014 | 15,00 €

“Bondissant de racine en souche pour s’affaler en grinçant dans des flaques qu’on dirait de sauce tomate, la jeep, tel un cheval monté pour la première fois, s’élance sur une piste se glissant dans une forêt si dense que l’œil, à trois pas, ne perçoit plus qu’un mur végétal. En moins d’un quart d’heure nous avons atteint le campement indien dont la proximité nous a déjà été signalée par deux douzaines d’enfants nus et rieurs qui ont jailli des fourrés pour saluer notre passage de grands cris joyeux et de gestes de bienvenue. Enfin la jeep s’immobilise dans une clairière que les Indiens ont ouverte ou agrandie dans la forêt.”

 

En 1956, Benjamin Péret séjourne à deux reprises chez les Indiens du Brésil, dont il partage l'habitat naturel et le quotidien. 

Dans la zone torride du Brésil réunit le récit de ce voyage et les photographies inédites qu'il en ramena, réalisant ainsi le projet qu'appelait de ses vœux le poète surréaliste à la fin de sa vie. S'y ajoute un article, inédit en français, qu'il publia dans le magazine brésilien Manchete

 

“Benjamin Péret regarde vivre les Indiens dans leurs difficiles conditions matérielles avec la délicatesse respectueuse de celui qui sait combien l’échafaudage de leur mode d’existence est fragile. Précieuses sont leurs manières propres de lutter contre la nature, de prêter considération aux autres, de laisser éclater de grandes bouffées de joie vive, de se comporter au quotidien avec leurs enfants, leurs femmes, de donner un sens légendaire aux événements. 

L’aptitude à la surprise de Péret lui-même n’est évidemment pas pour rien dans l’intérêt de son récit, qui joue à merveille du proche et du lointain, pour faire entrer le lecteur dans la zone torride du Brésil. Comment, sans son aide, nous engagerions-nous sur ces chemins gonflés “comme des boas repus”?? Qui d’autre nous ferait voir, comme lui, jusqu’aux entrailles spongieuses de la forêt, ces fleurs “à l’aspect inquiétant de foie de veau avarié”??” 

Jérôme Duwa

La double réfraction du spath d'Islande

La double réfraction du spath d'Islande

de Béatrix BECK

Micheline (CHEMIN DE FER) | Paru le 12/06/2014 | 19,00 €

“– Quel est pour vous le lecteur idéal??

– Quelqu’un qui lit ce qui est écrit, pas autre chose. Ni au-delà, ni en deçà. Quelqu’un qui n’écrit pas son nom sur l’écorce des arbres.

– Avez-vous changé de style au cours de votre vie??

– Oui, beaucoup. Quand j’étais enfant, mon écriture était pompeuse ou archaïsante. Après, ç’a été le style qu’on appelle blanc et que j’appelle incolore. Maintenant c’est n’importe quoi pourvu que ça me plaise.”

 

Disparue en 2008, Béatrix Beck aurait eu 100 ans le 30 juillet 2014.

Pour fêter cet anniversaire, les éditions du Chemin de fer publient le 11 juin 2014 La double réfraction du spath d’Islande, recueil de quarante-trois nouvelles et textes autobiographiques inédits ou parus en revue, qui retrace cinquante années d’écriture et dresse en creux le portrait d’un écrivain incontournable.

 

La main dans le sac

La main dans le sac

de Violette LEDUC

Micheline (CHEMIN DE FER) | Paru le 12/06/2014 | 13,00 €

J’allais chercher le sac à main de mademoiselle Godfroy dans la bibliothèque sanctuaire. J’ouvrais la porte d’une fable. J’entrais, j’avançais, je pénétrais, j’avançais encore. Un parfum de cigarette orientale encanaillait l’atmosphère. (…) J’avais la jouissance un instant d’un endroit qui avait été abandonné dans le bavardage, la légèreté, l’étourderie. Des professeurs avaient vécu ici une demi-heure d’insouciance mais cette insouciance était interdite aux élèves. J’observais l’endroit. Observer, c’est fournir du mystère. Je ne cherchais pas le sac à main, je ne bougeais pas. J’étais unie à l’endroit et à sa nouveauté. La fumée de leurs cigarettes subsistait en haut d’un volet. Les volutes languissaient dans la lumière. Une poussée de plaisir dans un vague dessin aérien qui ne peut ni s’épanouir ni se contracter, ni s’évader ni se fixer. Je saisis le sac à main sur une table puis je refermai la porte avec beaucoup de déférence. Je n’ouvris pas tout de suite la chose de mademoiselle Godfroy. La voix des professeurs résonnait dans le couloir. L’attention des élèves qui les écoutaient et que je ne voyais pas était énorme. Une liberté grandissait en moi.”

 

 

Pour la première fois, La main dans le sac donne à lire le début du manuscrit de Ravages, resté jusqu'alors inédit. 

Il s'agit du souvenir du premier émoi érotique de Thérèse (le prénom d'état civil de Violette Leduc) adolescente : lorsque mademoiselle Godfroy la désigne pour aller chercher son sac à main dans la bibliothèque des professeurs, Thérèse, en glissant sa main dans le sac, en l'explorant sans pouvoir résister à cette attirance, vit une véritable scène initiatique. 

Dans une lettre à Simone de Beauvoir, Violette Leduc affirme que cet épisode est l'un des trois événements les plus importants de sa vie. Il disparaît pourtant de Ravages, son roman autobiographique paru en 1955. Quand elle en propose le manuscrit  à Gallimard, l'éditeur lui impose en effet la suppression pure et simple de toute la première partie qu'il juge “d'une obscénité énorme et précise”. Violette Leduc ne s'en remettra jamais vraiment, qui écrit des années plus tard : “Ils ont refusé le début de Ravages. C'est un assassinat. […] La censure tranche vos feuillets. C'est une guillotine cachée.”