l'autre LIVRE

L'arrivant et l'autre

de Éric CHEVANCE, Michel RICHARD

« La meilleure arme contre l'oppression est la parole. Il faut donc prendre la parole, la prendre au sens propre du terme, car la parole ne nous est pas donnée. » Erri De Luca

C'est ce qu'ont fait à travers ce recueil de textes Éric Chevance et Michel Richard.

Au départ, c'est une simple proposition du second au premier : écrire, ou plutôt s'écrire, échanger des textes. Un essai, une tentative pour comprendre ce qui peut les rapprocher : « L'idée d'un monde qu'on n'accepte pas, dont on sait les urgences. Écrire pour ne pas céder à la panique. Écrire pour articuler ce que l'on a à se dire, ce qui bat en nous et ce pour quoi on se bat », lui écrit-il.

Très vite le sujet s'impose, tout simplement parce qu'on ne peut pas ne pas en parler. Les migrants.

Il ne s'agit là ni d'informer ni d'analyser. D'autres l'ont fait, le font. Ni même de faire preuve d'originalité, mais d'affirmer un point de vue. Celui d'Européens placés devant la détresse de ces personnes chassées de leur pays par la guerre, la misère, les persécutions, la ruine... Il s'agit de témoigner de ce qui nous bouleverse, brouille notre représentation du monde, trouble nos certitudes. Témoigner, non pas à proprement parler de la situation de ceux qu'on appelle les migrants comme s'ils avaient vocation à ne jamais trouver de point de chute, mais du miroir que nous tendent ces personnes qui, dans le plus grand dénuement, se présentent à nos frontières.

«?De qui parlons-nous ??», s'interrogent Éric et Michel. Étrangers, réfugiés, demandeurs d'asile : ces termes expriment avant tout une réalité juridique. Clandestins, sans-papiers, immigrés stigmatisent. Expatriés, ce n'est pas cela. Exilés, oui, mais pas seulement. 

Des arrivants. C'est Michel qui a proposé ce terme après l'avoir entendu à la radio, car tout de suite, il a parlé à son oreille et il a résonné dans sa bouche de comédien. Arrivant. Cependant, comme tous les mots, il ne leur  paraît pas tout à fait satisfaisant. Il a le défaut de sa qualité. Suffisamment neutre pour ne pas véhiculer de mauvaises interprétations, trop neutre pour être véritablement politique. Il est vrai au sens où il signifie une réalité, mais il est insuffisant. Ils l'ont cependant gardé, face à cet autre qu'est chacun de nous, dans l'attente que se révèle, s'il existe, le mot juste, celui qui dira tout à la fois le départ, le voyage et l'arrivée, la peur et l'espoir, la solitude, l'attente et la fatigue, la mer et les montagnes, les frontières à franchir, les passeurs, la police et, aussi, les solidarités qui naissent et qui s'affirment.

Ce travail d'écriture s'est poursuivi avec constance. D'avril 2016 à avril 2017, chacun, de son côté, a écrit à l'autre et continue de le faire. Éric en s'appuyant sur des réflexions personnelles et ses engagements, Michel, pour qui avant le mot il y a le geste, en suivant le principe du dialogue théâtral.

Invités à en lire quelques extraits en public, ils ont  imaginé avec la complicité du comédien Daniel Strugeon une mise en jeu pour ouvrir des espaces de parole, de rencontres, d'échanges, de débats.

Puis, ensemble, nous avons pensé que ce recueil de textes échangés qui tentent de dire humblement comment s'éprouve, se vit et ce que transforme en nous cette présence des arrivants qui frappent à nos portes, cela pouvait devenir aussi un livre.

1 € reversé en soutien à SOS Méditerranée - L'Aquarius

 

Fiche technique

Prix éditeur : 8,00 €


Collection : vies minuscules

Éditeur : IRE DES MARGES (L')

EAN : 9791092173437

ISBN : 979-10-92173-43-7

Parution :

Façonnage : cousu

Poids : 58g