Thierry Radière, Les samedis sont au marché, Illustrations de Virginie Dolle, éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2017, 12 euros.

Malgré son format et le petit nombre de ses textes, Les samedis sont au marché est un livre qui ne manque pas de grandeur. Ce recueil en prose fourmille de ces « petits rien » qui forment la trame quotidienne de nos existences. Ils sont importants parce qu’ils expriment des atmosphères particulières et mélangent des époques différentes de la vie. L’âge adulte renvoie à des souvenirs d’enfance, à des odeurs précises, à des images qui prennent les contours du temps qui passe, tout en donnant l’impression qu’il ne passe pas. Oui, ces textes brefs nous font voyager vers un au-delà toujours recommencé. Les marchés ne sont pas seulement des étals de fruits et légumes, de poissons étalés sur leur lit de glace, de charcuteries appétissantes, mais des fragments d’une réalité qui nous touche, nous émeut, nous distrait, dans le bon sens du terme. Un marché, c’est un monde en soi, avec ses codes, sa foule plus ou moins bruyante, ses éclats de voix, ses couleurs chamarrées, voire même parfois sa musique d’accordéon. Et par de légères et subtiles touches de sensations et de lumières diverses, l’auteur nous entraîne dans ses rêveries. Car la poésie est toujours présente. L’écriture est concise, dansante, amicale. Elle nous prend par la main et nous acceptons qu’elle nous conduise vers des territoires partagés. Thierry Radière aime les gens qu’il rencontre dans les marchés, et il nous les fait aimer par la justesse de ses mots. Un recueil qui ouvre en grand toutes les portes des souvenirs que l’on croyait définitivement oubliés et qui ressurgissent à l’improviste, au gré des déambulations que nous menons à petits pas contre les certitudes et la folie des grandeurs. © François Teysssandier in Poésie première N°71.