Poisson dans l'eau

Albane Gellé & Séverine Bérard - Poisson dans l'eau. Les Carnets du Dessert de Lune. Mai 2018. Collection jeunesse Lalunestla. ISBN 9782930607825. 10 €

Une journée d’enfant peu sage, d’enfant curieuse, la journée de Marguerite. Une journée c’est onze étapes : l’habillement au lever, l’école, la récréation, la cantine, la classe, la sortie des classes, le chemin du retour au bercail, à la maison, le dîner, l’heure de se coucher, bonne nuit. Les dessins de Séverine Bérard œuvrent en complément et en approfondissement du texte, l’illustrant et parfois en articulant des parties. C’est le signe que l’imagination doit reconstituer la journée de Marguerite et ainsi, évoquer, dans le for intérieur de la lecture personnelle sa propre journée. Les situations quotidiennes sont présentes, rehaussées, un peu comme chez Boris Vian, par une surréalité née des mots et des jeux de mots qui s’interpellent les uns les autres. Alors récit ou poésie ? Un récit poétique ou bien une poésie narrative ? Nous opterions plutôt pour cette dernière caractérisation. En effet, le travail du langage est souligné par l’autrice elle-même et les assonances, allitérations, parataxes diverses prennent suffisamment de relief pour que l’enfant y soit sensible. Mais ce travail plus spécifiquement poétique est mis au service d’une suite chronologique d’actions formant unité de temps, la journée et de lieu, de la maison à l’école. Le livre devient alors une propédeutique à prendre le temps qui passe comme une survenue non de l’ordinaire des rendez-vous journaliers mais de l’extraordinaire qu’ils renferment. La poésie narrative se veut peut-être plus proche de la vie que la poésie ou que la prose poétique. La poésie narrative cherche, en quelque sorte à s’enraciner dans le banal pour y pro-voquer l’évocation de l’inouï. N’est-ce pas une contribution à l’éducation à la sensibilité et donc à l’éducation du regard esthétique chez l’enfant que ce recueil comme d’ailleurs tout livre de poésie peut mettre en chantier ? Créer pour son plaisir personnel, fouiller dans la vie des espaces de bonheur là où, au quotidien, on ne voit qu’habitude et ritournelles comportementales, ce serait sortir du langage stéréotypé pour aller à la rencontre de ce que disent les mots au-delà de la signification que nous leur donnons et donc ce serait aussi aller vers les autres. La poésie narrative souligne cette direction de recherche esthétique de sym-pathie c’est-à-dire de rencontre des autres : « Sentir juste et dire juste, cela suppose que la Personne tout entière soit concernée » (1) et la personne tout entière comprend l’autre qui nous parle et à qui on parle, l’autre qui nous a fait et que nous faisons partenaire. Ainsi, Poisson dans l’eau ouvre le langage à l’enfant. Sa poésie n’est ni tout à fait ouverte ni tout à fait fermée, juste invitant l’enfant lecteur ou auditeur à se rendre un peu plus accueillant au langage et donc un peu moins défiant à l’égard de l’attention à porter à la langue : « et les mots “j’oublie pas” à ne pas oublier, et les doigts sur la bouche pour faire le silence de la nuit » La poésie, faut-il le redire, est une éducation contestataire de la scolastique qui sévit encore trop souvent à l’école et notamment à l’école secondaire. Faire que l’enfant soit en poésie comme un poisson dans l’eau pour qu’il soit au quotidien attentif aux vies qui l’entourent et à la sienne propre, aussi. © Philippe Geneste in blog http://lisezjeunessepg.blogspot.com/ (1) Charpenteau, Jacques, Enfance et poésie, Paris, les éditions ouvrières1972, 200 p.-p.161

Il y a fort à parier que la Marguerite que nous présentent Albane Gellé (texte) et Séverine Bérard (illustrations) dans le très agréable petit format "Poisson dans l'eau" (Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 48 pages) ne regardera pas la finale de foot demain. Toujours en rouge et blanc, Marguerite n'en fait qu'à sa tête, dans le bon sens du terme. Elle a ses manies et ses habitudes qui nous sont joyeusement contées et qui la rendent terriblement sympathique. On suit cette boule d'énergie durant toute une journée, le matin, à l'école, à la cantine, l'après-midi, à la sortie de classe, sur le chemin du retour, à la maison, au dîner, au coucher et quand elle s'endort. Marguerite est dynamique, originale, interrogative, observatrice. Elle râle parfois, sait ce qu'elle veut et surtout, elle ressemble terriblement à un enfant, plein d'amour pour sa mère. Le texte attachant est accompagné de jolies illustrations montrant combien Marguerite est bien dans sa vie. Pour tous à partir de 6 ans. Albane Gellé vit de ses deux passions, l'écriture et le cheval. Elle a déjà publié une vingtaine de livres, notamment aux éditions Le Dé bleu, Jacques Brémond, Cheyne, La Dragonne, Esperluète, L'Atelier contemporain... Architecte, Séverine Bérard est depuis une dizaine d'années médium-magnétiseur. L'illustration de "Poisson dans l'eau" signe son retour à la création artistique, pour un meilleur équilibre avec le monde invisible. © Lucie Cauwe in https://lu-cieandco.blogspot.com/

Marguerite est une petite fille qui sait ce qu’elle veut, elle a ses petits caprices, elle ne porte pas n’importe quoi, ne se coiffe pas n’importe comment, ne confie son élégance à quiconque. Elle fait du sport même dans le salon. Elle est vive, tonique et décidée mais elle se pose des questions importantes : la petite souris existe-t-elle ? Pourquoi les fakirs mettent la tête sur des clous ? Elle est aussi très occupée, elle joue sans prendre soin de la toilette qu’elle a minutieusement choisie. Elle ne mange pas tout ce qu’on lui propose, elle n’aime pas tout. Marguerite est une petite fille qui dévore la vie, elle est heureuse comme un poisson dans l’eau, elle vit à cent à l’heure et le soir elle dort bien même s’il faut scrupuleusement respecter le cérémonial du coucher pour qu’elle s’endorme pleine d’amour pour maman. C’est un très joli petit texte qu’Albane Gellé a écrit pour habiller les dessins en noir et blanc avec beaucoup de rouge quand même, un rouge bordeaux, ça confère une certaine élégance au livret, que Séverine Bérard a réalisé pour Marguerite. A travers le récit d’une journée de Marguerite, c’est un message d’amour, un gros câlin, que maman Albane destine à sa petite fille adorée. Un récit que chaque maman, chaque mamie, et même les papas et les papis, peuvent lire à leur bout de chou adoré, les garçons aimeront autant que les filles, et tous réclameront qu’on leur lise et relise cette histoire d’une petite fille adorable. Je n’ose pas croire que maman a écrit ce texte pour dépeindre la petite fille qu’elle rêve d’avoir, pour que la sienne rêve de devenir comme Marguerite. Non, toutes les petites filles sont adorables et comme les petits garçons, elles aiment les belles histoires. Mais attention si vous ne veillez pas au grain cette histoire pourrait bien venir allonger un peu plus le cérémonial du coucher. Et pourquoi ne pas donner ce texte à votre chère petite tête blonde quand elle commencera à lire pour qu’elle sache comment elle était quand elle plus petite encore, ça pourrait lui donner le goût de la belle écriture ? © Denis Billamboz, juin 2018 in http://mesimpressionsdelecture.unblog.fr/